C’est en ces termes que Guillaume Toublanc, Directeur d’EIT Digital France, à ouvert la conférence européenne “The Rise of Digital Cities - A European Endeavour - Learnings from Helsinki to Paris” qui s’est tenue à Paris.

Souvenez-vous, en début de semestre nous avons rencontré EIT DIgital, l’European Institute of Innovation & Technology, qui organisait à Bruxelles sont troisième rendez-vous annuel (lire “EIT Digital : bras armé de l’Europe pour la transformation et la formation numérique”).

EIT-DigitalBras armé de l’Union européenne sur les DeepTech, les technologies issues de la recherche scientifique, fondamentale et industrielle européenne, EIT Digital a pour mission de conduire des projets concrets de création d’écosystèmes et d’accompagnement des startups et des scaleups, ainsi que de formation des entrepreneurs et ingénieurs, qui contribuent à la transformation numérique de l'Europe dans le but de maintenir sa compétitivité à l’échelle mondiale.

Créé en 2009, disposant d’un budget de 94 millions d’euros par an, EIT Digital, à la manière d’un MIT européen, mobilise un écosystème paneuropéen de plus de 150 partenaires (grandes entreprises, PME, scaleups, universités et instituts de recherche), dont 35 en France, autour de projets éducatifs (20 universités en Europe), d’innovation et d’accélérations de scaleups.

L’objectif est d’attirer et/ou de maintenir les meilleurs créateurs en Europe, en leur proposant des programmes d’éducation, et en favorisant la création d’écosystèmes européens de DeepTech autour de l’innovation. Comme l’a indiqué Guillaume Toublanc, Directeur d’EIT Digital France, “C’est une impérieuse nécessité et une ambition légitime”.

EIT Digital porte les valeurs de l’Europe sur l’innovation, l’éducation au-delà des sciences, de l’ingénierie et des mathématiques où nos écoles se distinguent, et sur le mindset de l’entreprenariat. Une mission qui part du constat de l’absence de l’Europe dans de nombreuses technologies où pourtant nous disposons de savoir-faire, ainsi que de la faiblesse de l’investissement dans le logiciel. Sans oublier la fragmentation géographique, culturelle et économique de nos marchés.

Si nous constatons régulièrement le boom des technologies européennes, force est de constater également que les DeepTech restent en retrait. Comme le rappelle Guillaume Toublanc, se pose en fait la question de savoir comment passer des labs aux marchés ?  

  • Pour Jean-Marc Bailly, Managing Partner de l’investisseur Aster Capital, l’Europe dispose de beaucoup de labs et de chercheurs, mais manque d’objectifs. “C’est très compliqué d’aller aux objectifs. Les éléments clés ne sont pas dans la finance. Aux Etats-Unis, tout est ‘customer centric’. Alors cessons de parler de technologies, trop de startups européennes sont concentrées sur la techno. Il manque le marketing, c’est un mot oublié… (...) Et le focus sur la techno et les brevets ! Pour obtenir de bons retours sur les DeepTech, il faut construire un business model pour passer du produit à l’offre, et miser sur la reconnaissance par l’adoption des clients. Le numérique drive les gens à être plus customer focus. et le problème du hardware, c’est qu’il coûte très cher pour sortir le démonstrateur… (...) Les 20 dernières années ont été catastrophiques pour les VC en Europe, alors qu’aux Etats-Unis, elles ont rencontré le succès.
  • Marko Turpeinen, Director Finland d’EIT Digital, rappelle que le risque financier des DeepTEch avec des développements sur 10 ans et plus. Il constate que “La recherche publique est assez proche des DeepTech. La question est plutôt de savoir comment vendre, et de répondre à un marché. Les développements sont souvent éloignés de la démarche commerciale. C’est une question de timing, quand est-il temps de passer du lab et de la recherche au client ?
  • Régis Hourdouillie, Head of IoT Partnerships Smart City & Government d’Ericsson, souligne les avantages traditionnels de l’Europe, par exemple dans les télécoms. Il faut “chercher des modèles plus distribués, qui sont une chance pour l’Europe”.
  • Pour Nicolas Lan Hing Ting, Innovation & Value Advisor, Public Sector de SAP (qui vient d’implanter un centre de R&D en France), “Nous devons trouver des réponses innovantes à de vieille questions, pour vivre mieux ensemble, développer de nouveaux services à partir d’une plateforme de données en temps réel. Investir dans l’économie circulaire, trouver de nouveaux moyens et business models pour produire et consommer, adopter le machine learning et la blockchain pour créer innovation, trouver comment travailler ensemble dans un écosystème, comment supprimer les silos, regrouper la data et faire des prévisions. Il faut abaisser le niveau élevé de mortalité infantile de nos startups, et pour cela changer l’orientation des investissements publics !
  • Guillaume Toublanc de conclure : “Il n’est pas trop tard pour l’Europe, qui est une place attractive. Tout vient de la vitesse du ‘go to market’. Il est de la responsabilité de la finance de financer le scaleup et le marketing. Aujourd’hui, l’Europe dispose de plus de capacités de devenir meilleure, d’apporter de la valeur. Le succès ne demande que plus d’attention. Et puis, la plupart des grandes entreprises ne font pas ce que font les startups…

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