Bien que les effets du confinement sur la progression de la pandémie soient bénéfiques selon les études, son impact psychologique peut être plus ou moins désastreux pour les télétravailleurs. Voici comment faire face à cette disruption mentale et des habitudes de travail.

Le monde s’est soudainement grippé et la fluidité des échanges de toutes sortes (sociaux, commerciaux, culturels…) qui le caractérisaient sont à l’arrêt. Nos références habituelles sont bouleversées et nous devons concilier plusieurs sphères de vie (travail, famille, socialisation, loisirs…) en une seule. Si l’on y ajoute les peurs irrationnelles édifiées de génération en génération sur les récits des catastrophes précédentes, comme la grippe espagnole du début du siècle dernier et les épidémies de la peste noire du moyen âge, le psychisme est durement touché et, chacun selon ses capacités, nous essayons de nous adapter. Le confinement peut alors devenir un facteur aggravant.

Mais, en ces temps apparemment apocalyptiques, il y a quelques bonnes nouvelles qui rendent les crises plus supportables. Les générations du début du 21ème siècle ne sont pas aussi démunies que celles des temps anciens. Nous pouvons nous appuyer sur des ressources externes pour nos besoins fondamentaux, c’est-à-dire notre santé et notre approvisionnement en nourriture. Alors que les anciens devaient se battre pour leur survie tout en essayant d’éviter la contamination, nous bénéficions d’une société organisée et d’un gouvernement qui peut actionner des leviers d’atténuation pour répondre aux besoins les plus urgents : se soigner et se nourrir.

La résilience, c’est mobilier nos ressources internes pour guérir

En plus de cette assise rassurante, nous disposons de technologies nous permettent de continuer à travailler et de garder le contact avec nos proches et nos amis. Nous avons largement de quoi éliminer le désespoir de l’isolation et de l’absence de nouvelles des êtres aimés. Nous pouvons même organiser des activités sociales à distance, comme des apéros et des réunions de famille en visio. Les services de streaming et les livres électroniques nous permettent des moments d’évasion, ceci en plus des activités sportives d’intérieur, pour ceux qui le peuvent (yoga, tapis de course, vélos d’intérieur…).

Cependant, lorsqu’il s’agit de notre propre résilience, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Personne ne pourra faire le travail d’adaptation à notre place. La clé est à l’intérieur de nous-mêmes et il s’agit de la trouver pour déverrouiller nos peurs et notre désespoir face à l’écroulement général de la vie telle que nous la connaissions.

Dans la première partie de cet article, nous avons abordé les vertus du bouleversement lorsque celui-ci est accepté, utilisé même, pour revoir nos schémas mentaux et nos habitudes. Nous avons expliqué que l’anxiété est une réaction de défense naturelle et un révélateur d’une adaptation qui ne s’est pas encore faite. Nous continuons dans cette deuxième partie à explorer nos ressources intérieures et les bonnes pratiques pour les utiliser au mieux pour activer nos mécanismes de résilience. L’être humain est une machine psychobiologique extraordinaire, pour peu qu’il accepte de modifier ses points de vue, de s’adapter.

Soyez attentifs à vos réactions et schémas mentaux

Lorsque la conscience est tendue comme la corde d’un arc, toute exposition à la négativité et à la peur peut servir de détonateur. Il est donc impératif de rester vigilants par rapport à tout ce qui rentre dans notre champ de conscience. Les explorateurs du monde intérieur que sont les méditants appellent cela la présence à soi. Elle nous permet de déceler les signes avant-coureurs de crises et de réguler nos émotions par la distanciation. Car, si nous prenons consciences des sentiments négatifs qui montent en nous, nous n’allons pas nous identifier à eux et par conséquent ils n’auront pas de prise sur nous. C’est la première étape, la seconde est d’éviter toutes les influences négatives extérieures. Il ne s’agit pas de nier la réalité, mais surtout de prendre de la distance avec la négativité générée, même si elle fait écho à une réalité indéniable.

Les messages rageurs sur les réseaux sociaux de tous ceux qui s’efforcent de désigner des coupables pour tel ou tel manquement, les tensions palpables chez certaines personnes dans les commerces… sont porteurs des germes de stress et de colère. De même que les flots d’informations déversées par les chaînes d’information continue, les débats polémiques sur les décisions qui auraient dû être prises ou pas, sur les pénuries de masques… Ils ajoutent à la confusion et sont de bons vecteurs de colère et de frustration. C’est bien connu, les mauvaises nouvelles sont vendeuses. C’est pour cette raison que nous voyons très peu, ou pas du tout, de reportages sur des personnes qui sont guéries ou immunisées contre la maladie par exemple.

Fuyez les oiseaux de mauvais augure, car ils prolifèrent en période de crise. Pour exorciser leurs propres angoisses, beaucoup se mettent, sans même s’en rendre compte, à chercher des coupables. C’est une réaction naturelle et il s’agit de ne pas se laisser entrainer dans cette spirale. Elle est non seulement génératrice d’émotions négatives, mais aussi de division. Elle divise la société et nous-mêmes, car elle crée en nous l’accusateur ou le juge et la victime. Le processus est bien connu des thérapeutes.

Communiquez, communiquez, communiquez…

L’homo sapiens est un animal social qui dépérit sans interactions avec les autres. Toutes les études ont démontré les effets négatifs de l’isolement sur les individus, ceci même s’ils sont en groupe. Des tensions finissent par se faire jour à la longue. Pour éviter ces désagréments qui peuvent aller jusqu’à la rupture, il est impératif de garder des interactions sociales en dehors du groupe restreint avec lequel nous sommes en vase clos. En confinement, la communication à distance passe essentiellement par les appareils électroniques et les réseaux sociaux. Et elle ne doit pas seulement concerner le travail et l’organisation de celui-ci.

Cependant, la communication conseillée ici ne concerne pas seulement les personnes distantes. Elle est impérative avec les personnes qui partagent notre confinement. Confier ses peurs et ses doutes à ses proches est un bon moyen de les évacuer tout en resserrant les liens et l’entraide. Mais attention, cette communication ne doit pas tourner exclusivement ou majoritairement autour des difficultés du moment. Il ne s’agit pas de ruminer en couple ou en famille ses angoisses. Le risque est de tomber dans une dépression ou un désespoir collectif.

… et pratiquez toutes sortes de communications

C’est pour cette raison qu’il faut pratiquer toutes les formes de communication possibles. Par le jeu par exemple. En famille, il est recommandé de pratiquer des activités de groupe, comme des jeux de société ou des jeux éducatifs. Outre les jeux, certaines activités sont aussi récréatives qu’éducatives. Une fois n’est pas coutume, je citerai mon propre exemple avec ma fille qui est en première.

Nous sommes férus de cinéma et de littérature et un de nos jeux préférés est de décortiquer les procédés narratifs et les structures des récits de films et de grands classiques de la littérature. S’ensuivent des discussions infinies sur les ressorts psychologiques des personnages, les intentons des auteurs, les thèmes abordés, les époques historiques durant lesquels se déroulent les récits… Ces discussions sont autant d’échanges enrichissants que des prétextes à d’autres activités comme la recherche d’informations sur Internet et des lectures complémentaires.

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Photo du profil de Mourad Krim
Journaliste, IT Social

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