L’émergence des Superagents et des réseaux d'agents propulsés par l’IA amorce une recomposition profonde des ressources humaines. Ces agents autonomes automatisent la gestion administrative, optimisent la gouvernance des talents et imposent aux DSI comme aux directions RH une refonte accélérée des architectures, des métiers et des référentiels de conformité. L’étude de la Josh Bersin Company en éclaire les ressorts technologiques.
L’année 2026 s’annonce comme l’un des plus grands bouleversements de l’histoire récente des ressources humaines avec la généralisation des Superagents propulsés par les dernières avancées en intelligence artificielle. C'est le constat des travaux de la Josh Bersin Company, acteur de référence mondial en analyse de la transformation numérique des RH et des métiers. Installée à Oakland, la Josh Bersin Company a acquis une solide réputation auprès des décideurs et des éditeurs grâce à la profondeur de ses enquêtes menées chaque année auprès de milliers d’entreprises sur les cinq continents.
La société croise dynamiques technologiques, usages organisationnels et impératifs de gouvernance pour délivrer des recommandations à forte portée opérationnelle. Le marché français, encore marqué par la prudence et l’hétérogénéité des pratiques, découvre à travers cette étude les fondements d’une mutation qui s’impose à l’ensemble des niveaux hiérarchiques.
Les Superagents modifient les fondations de l’organisation RH
Plus de 100 cas d’usage recensés témoignent de la capacité des Superagents à s’emparer des tâches historiques comme la gestion des congés, le suivi administratif, l’intégration des nouveaux arrivants, la conformité ou la mesure de l’engagement. Josh Bersin estime que l’automatisation des activités transactionnelles RH atteindra 40 % d’ici 2026, ce qui dégagera de nouvelles marges de manœuvre pour l’accompagnement humain et l’analyse stratégique.
Cette génération d’agents s’appuie sur des architectures d’IA intégrées, des interfaces de programmation applicative, des moteurs de traitement du langage et des bases de données consolidées capables d’interagir avec les solutions héritées des grands éditeurs, parmi lesquels SAP SuccessFactors, Oracle Fusion et Workday. L’autonomisation du pilotage impose une transformation de la gouvernance qui requiert de nouvelles compétences en supervision, en gestion de la qualité des données et en pilotage de la conformité.
La pression exercée par cette agentification modifie sensiblement le marché des solutions RH, selon le cabinet. Les fournisseurs enrichissent désormais leurs plateformes de Superagents spécialisés, l’assistant paie, le coach numérique, le gestionnaire de formation ou le superviseur de conformité, tout en développant des architectures modulaires, ouvertes et sécurisées capables de gérer la montée en charge et de maîtriser les flux de données. L’automatisation quitte ainsi le seul terrain de la robotisation des tâches pour prendre en charge l'orchestration intelligente, où l’intelligence artificielle pilote l’ensemble de la chaîne de valeur interne.
Des avancées sur la productivité, la performance et l’expérience collaborateur
L’intégration des Superagents améliore déjà la productivité sur les tâches à faible valeur ajoutée, comme le confirment les directions RH qui constatent une réduction des délais de traitement comprise entre 15 % et 20 % et une baisse des coûts opérationnels estimée entre 25 % et 30 %. La fonction RH se repositionne ainsi sur le pilotage stratégique et consacre davantage de ressources à la gestion des compétences rares, à l’innovation organisationnelle et à l’accompagnement des transformations internes. Selon Josh Bersin, « il ne s’agit plus de réduire les effectifs mais de repositionner les métiers RH en architectes de l’expérience collaborateur ».
Ce repositionnement s’accompagne d’une évolution rapide des compétences, les équipes participant désormais à la gestion de l’automatisation, à la sélection des agents, à la sécurisation des flux et à l’audit continu des processus. Les intégrateurs et cabinets de conseil ajustent leurs offres pour accompagner cette mutation, proposant diagnostics de maturité, modules de formation et accompagnement dans la refonte des processus métiers. Les plateformes d’orchestration s’imposent comme le nouveau socle, associant intelligence contextuelle, personnalisation des parcours et traçabilité renforcée.
La gouvernance des données et la conformité, pivots de l’agentique
La généralisation des Superagents place la gouvernance des données, la gestion des identités et la traçabilité au cœur des priorités des DSI et des responsables conformité. D’après l’étude, la sécurité et la conformité réglementaire constituent le critère principal pour 80 % des entreprises lors de l’adoption d’agents intelligents artificiels. Les obligations européennes, notamment le RGPD, le Digital Markets Act et les différentes directives sectorielles, exigent une documentation exhaustive des traitements, une gestion stricte des incidents et un contrôle rigoureux des transferts hors Union européenne. Les fournisseurs, de leur côté, renforcent leur stratégie de certification, développent la modularité de leurs offres et proposent des tableaux de bord d’audit adaptés aux besoins des responsables conformité et des délégués à la protection des données.
Le cabinet rappelle que la réussite de la transformation agentique passe par une supervision humaine rigoureuse, seule capable d’expliquer, de tracer et de contrôler les décisions générées par les Superagents. La gouvernance algorithmique devient ainsi une compétence critique, les directions générales exigeant des garanties de fiabilité, de transparence et d’équité dans toutes les décisions automatisées. La collaboration renforcée entre équipes RH et DSI permet de structurer la gestion des accès, d’assurer la supervision des agents et d’auditer en continu la qualité des recommandations, autant de leviers pour limiter le risque de contentieux et préserver la confiance interne.
Une DRH augmentée pour la création de valeur et la confiance
La lecture de l’étude de la Josh Bersin Company montre que l’intégration des Superagents dépasse la simple modernisation technologique. Cette transformation redéfinit la chaîne de valeur RH, repositionne les équipes et renforce la gouvernance. Les bénéfices mesurables, réduction des coûts, accélération des délais, amélioration de l’expérience collaborateur, s’accompagnent d’une montée en compétence rapide et d’un pilotage accru des processus critiques. L’enjeu ne réside plus dans l’adoption de l’intelligence artificielle mais dans la capacité à piloter une transformation durable, en alignant automatisation et objectifs stratégiques tout en préservant la confiance des collaborateurs.
Les directions générales engagent désormais des investissements dans la formation continue, redéfinissent leurs indicateurs de performance et encouragent le rapprochement entre RH et systèmes d’information. Lorsque la transformation agentique est conduite avec rigueur et anticipation, elle devient un levier de performance durable qui sécurise la compétitivité, attire les talents et accompagne l’organisation face à l’accélération des mutations économiques et technologiques.























