L’IT hybride en entreprise est d’abord apparue comme une réponse aux initiatives DevOps. Les organisations qui ont investi pendant des décennies dans leurs infrastructures informatiques, naturellement réticentes à placer leurs données dans le cloud, sont soudainement obligées de composer avec une partie non négligeable de leur nouvelle infrastructure effectivement dans le cloud. En effet, les caractéristiques d’une infrastructure traditionnelle ne sont pas suffisantes pour faire face aux besoins des développements en mode agile, poussant à une demande de l’infrastructure en mode IaaS/PaaS (Infrastructure-as-a-Service).

Ceci conduit à l’adoption d’un mixte entre une infrastructure cloud et traditionnelle, donc à la naissance d’une IT hybride. Cependant il convient d’analyser les conséquences de la gestion d’une IT hybride sur l’organisation informatique.

DevOps et OpsDev

Les exigences sur le système d’information en matière d’évolutivité, de résilience et de sécurité ne disparaissent pas simplement parce que l’on souhaite gagner en rapidité. Les pratiques DevOps doivent évoluer et embarquer l’Ops (et l’implicite Sec) car l’entreprise digitale, aujourd’hui soumise à davantage de réglementations, peut avoir gros à perdre.

Maintenir une séparation « bimodale » entre d’une part les systèmes traditionnels, de l’autre des systèmes transformationnels (on parle aussi d’ancien et nouveau monde) est le meilleur moyen d’être inefficace et d’aller au-devant de nouvelles difficultés. Il y a notamment des politiques communes qui s’appliquent sur l’ensemble de ces systèmes sur le domaine de sécurité et de résilience. Il existe également des dépendances entre l’ancien et le nouveau monde dans la livraison des services IT aux utilisateurs.

Il est ironique que le phénomène DevOps, ainsi nommé parce qu’ayant brisé les silos entre les équipes de développement et opérations, soit à l’origine de nouvelles barrières entre les équipes IT du monde traditionnel et du nouveau monde. Chaque monde a beaucoup à apprendre de l’autre.

La nécessité d’une approche intégrée

Pour tenir les promesses du DevOps au sein de l’entreprise, il est nécessaire de soutenir toute la chaîne de valeur et d’éliminer les contraintes qui pèsent sur de nombreuses équipes, plateformes et processus. Cette nouvelle approche orientée utilisateur n’est pas compatible avec les silos technologiques, puisque les données de l’entreprise comme les comptes, les clients ou encore les commandes, sont généralement stockés dans des systèmes décentralisés, voire des technologies encore plus anciennes.

C’est pourquoi, au sein d’une IT hybride, il convient d’adopter une approche de gestion du cycle de vie des applications intégrée et de redéfinir le terme « application ». On parle d’ailleurs plus de produit que d’application, un produit étant un ensemble de composants et services

En pratique, cela signifie que les outils utilisés sur toute la chaine de valeur doivent pouvoir être utilisés par plusieurs équipes, ou à minima permettre un partage d’information. Par exemple, afin d’améliorer la précision des estimations sur les temps de développement, de couverture des tests et au final de la livraison d’une nouvelle version du produit, il est critique de disposer d’une visibilité de bout en bout sur les différents pipelines, en particulier lorsqu’il existe des dépendances entre ces derniers.

Cela peut conduire à redéfinir l’outillage existant sur cette chaîne ou d’intégrer ces outils, souvent open source. Néanmoins il faut garder en tête l’objectif, à savoir d’éliminer les contraintes existantes sur toute la chaine. La réponse se trouve dans la mise en place d’approches shift-left, « everything as code », automatisation sur toute la chaine, de nouvelles architectures en micro-services et la transformation de l’IT traditionnelle.

Le DevOps concerne également le mainframe

Le qualificatif de traditionnel (on parle aussi de legacy) porte souvent une connotation négative lorsqu’il s’applique aux technologies de l’ancien monde. Pourtant, on peut changer de regard sur ces technologies qui ont su résister à l’épreuve du temps, et les qualifier d’« éprouvées ». Par exemple, la technologie mainframe et le COBOL prospèrent toujours et sont mis à jour car ils fonctionnent, sont sécurisés et qu’il serait trop cher de les remplacer. Les entreprises qui essaient de mettre en place des approches DevOps et qui ne prévoient pas d’étendre cet investissement sur ces technologies s’exposent à des coûts supplémentaires et à des reports de projets, dans la mesure où ils nécessitent d’avoir accès aux données stockées sur le mainframe.

Pour moderniser les applications et les infrastructures, au lieu d’essayer de recréer des applications mainframe, il est possible d’étendre les pratiques DevOps dans un environnement mainframe. La culture est souvent un obstacle, mais les développeurs mainframe peuvent accélérer les cycles de release de ces applications par exemple en tirant parti de méthodes agiles ou en reliant les chaînes d’outils aux autres pipelines de l’entreprise.

Les développeurs mainframe peuvent également se servir de l’IT hybride, en transférant le développement et les tests dans le cloud. Ainsi, il est possible de réduire les coûts de ces applications. Enfin, il existe des technologies permettant de migrer des charges de travail mainframe directement vers des conteneurs ou directement dans le cloud.

L’émergence du DevOps et par extension de l’IT hybride, a grandement bouleversé le statu quo des entreprises en matière d’informatique. Il est temps que les équipes traditionnelles et transformationnelles trouvent les moyens d’œuvrer vers l’objectif commun consistant à proposer des services plus rapidement, en intégrant la sécurité et la qualité à chaque étape de la chaine de valeur de l’IT.

Tribune de Eric Chaussier, ITOM Presales Manager chez chez Micro Focus

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