Contrairement à ce qu’on peut lire dans beaucoup de comptes-rendus, les chiffres d’une exploitation réussie de l’IA sont encore assez faibles selon l’enquête réalisée par Qlik et Accenture. La faute à un manque de formation des employés estime le rapport. Mais est-ce la seule raison ?

Dans une économie où l’intelligence artificielle prend de plus en plus d’ampleur, la collecte et l’exploitation de la donnée sont devenus des impératifs pour atteindre le statut d’entreprise augmentée. Des investissements colossaux sont réalisés pour identifier et débloquer de nouvelles opportunités à partir des données. « Cependant, la technologie s’étant développée beaucoup plus rapidement que la capacité de l’employé type à exploiter ses connaissances, certains employés déclarent se sentir dépassés par ces pratiques de travail changeantes, ce qui affecte leurs performances ».

C’est le constat dressé par Qlik et Accenture dans une étude mondiale menée pour le compte du Data Literacy Project, en interrogeant 9 000 décideurs et employés d’un échantillon de secteurs d’activité et de fonctions, dans neuf pays d’Amérique du Nord, d’Europe et de la région Asie-Pacifique.

Considérant la nécessité d’aller de l’avant pour ne pas se faire distancer, les entreprises investissent massivement dans les technologies de la donnée et de l’intelligence synthétique. Pour se réorienter vers un fonctionnement axé sur la donnée, les plus avancées investissent également dans les compétences en matière de données, afin de contribuer à améliorer les performances des individus et de leurs organisations. Cependant, les résultats restent mitigés.

Un coefficient d’acceptation assez faible parmi les employés

Le rapport The Human Impact of Data Literacy souligne le fait que seulement 32 % des chefs d’entreprise interrogés ont déclaré qu’ils étaient capables de créer une valeur mesurable à partir des données, alors que seulement 27 % ont déclaré que leurs projets de données et d’analyse produisaient des informations exploitables.

Plus d’un tiers des employés a déclaré qu’il trouverait une autre méthode pour accomplir la tâche sans utiliser de données, et 14 % ont déclaré qu’ils éviteraient complètement la tâche. La faute à un manque de formation affirme le rapport. Mais ce problème d’acceptation n’est pas uniquement imputable à un manque de compétences.

La crainte d’être dépassé provoque le malaise

Pour des raisons que l’on peut comprendre de la part d’entreprises parties prenantes dans la diffusion de l’IA et des outils d’exploitation de la donnée, l’enquête n’aborde pas le mal-être des employés et leur crainte d’être dépassés par les applications cognitives. Le rapport dresse un constat sur le malaise créé par le datanalphabétisme et son impact sur la productivité, sans rien dire des réticences et des interrogations face à l’invasion de l’intelligence synthétique et ses effets psychologiques.

Les seuls prismes de la productivité et des compétences n’expliquent pas toute l’étendue du trouble. Il y a aussi le degré d’acceptation, ou de rejet, de cette technologie tout comme il y a eu le degré d’acceptation de la transformation numérique. Face à une intelligence autre que la sienne, synthétique de surcroît, l’homme ressent immanquablement un malaise, que la littérature et le cinéma ont largement, et à juste titre, contribué à soutenir. L’appréhension de certains data scientistes sur les risques de dérapage de l’IA, voire de son hégémonie, n’est que la partie émergée de l’iceberg (ce malaise fera l’objet d’un article prochainement dans nos colonnes).

Une super-intelligence distribuée

L’intelligence des ordinateurs repose sur des caractéristiques qui dépassent de loin les capacités humaines. La vitesse vertigineuse avec laquelle ils peuvent passer en revue des milliards de probabilités, grâce à l’accès simultané à d’énormes quantités d’informations, n’est qu’un aspect de leur supériorité. Car si les ordinateurs peuvent apprendre et raisonner, en attendant de pouvoir ressentir (ce qui est une étape essentielle sur le chemin de la conscience de soi), ils sont également capables de se transmettre des informations, voire des instructions, créant ainsi une super-intelligence distribuée.

De grands noms des sciences et de l’industrie, comme Stephen Hawking et Elon Musk, ainsi que des experts de l’intelligence artificielle considéraient, dans une lettre ouverte datant de 2015, que l’IA peut être « une menace existentielle pour l’humanité », si elle est déployée sans garde-fous.

Si en plus d’être autonome, cette super-intelligence distribuée développe une conscience d’elle-même, alors nous pourrons dire que le mythe de la boîte de Pandore n’est pas une allégorie, mais un avertissement.

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Journaliste, IT Social

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