Tous les secteurs et toutes les entreprises sont concernés. Qu’elles opèrent dans la finance, l’assurance, le BTP ou encore l’agroalimentaire, qu’il s’agisse de grands groupes ou de PME, les organisations font de plus en plus face à des environnements incertains. Invasion de l’Ukraine, guerre à Gaza, dérèglements climatiques, crises sanitaires, cyberattaques… Ces dernières années, les menaces se sont nettement diversifiées tout en s’intensifiant. Autrefois, la gestion des risques était le plus souvent cloisonnée aux départements spécialisés, en charge de la sûreté des collaborateurs et de la conformité aux réglementations. Aujourd’hui, la veille stratégique s’impose comme un outil transversal, permettant d’anticiper les risques et d’adapter les stratégies d’entreprise.
Une diversité de risques à surveiller : de la géopolitique aux catastrophes naturelles
Première constatation : le spectre des risques auxquels sont confrontées les entreprises est vaste. Parmi les plus préoccupants figurent les risques géopolitiques, qui impactent actuellement les chaînes d’approvisionnement et l’économie mondiale. Les conflits récents ont entraîné une flambée des prix de l’énergie et des matières premières, touchant directement les industriels européens. Son évolution, les incertitudes dont il est porteur– notamment depuis l’élection présidentielle de 2024 aux Etats-Unis – fait l’objet de toutes les attentions. Dans ce contexte, la veille géopolitique devient essentielle pour anticiper les perturbations à venir et adapter les stratégies d’achats et d’investissement.
Les catastrophes naturelles constituent un autre défi majeur à relever. Si les risques climatiques ne sont pas nouveaux, leur intensification due au réchauffement global de la planète pose de nouvelles problématiques. La multiplication des sécheresses, inondations et incendies (pensons par exemple aux feux qui ont dévasté la Californie en janvier 2025) met en péril les infrastructures, fragilise les entreprises et pousse les assureurs à revoir leurs modèles de couverture des sinistres. Nous savons aujourd’hui que l’ouragan Ian, qui a frappé les États-Unis en 2022, a causé des pertes estimées à plus de 112,9 milliards de dollars (108 M€ ; source : National Hurricane Center). Face à de tels événements, les organisations sont mises en demeure d’affiner leur veille environnementale et d’adapter leurs politiques de résilience.
Les risques économiques et sociaux viennent compléter cette mosaïque d’incertitudes. Inflation, instabilité des marchés financiers, tensions sociales et grèves sectorielles impactent les entreprises au quotidien. Dans un secteur déjà en tension comme le BTP, par exemple, les acteurs doivent surveiller de près la disponibilité des matériaux et la fluctuation des prix, sous peine de voir leurs projets ralentis, voire stoppés.
L’émergence de nouveaux risques : cybersécurité et compliance sous haute surveillance
Si les entreprises ont appris à composer avec les risques traditionnels, de nouvelles menaces émergent et prennent une ampleur considérable. En tête de liste figure le risque cyber. Avec l’explosion des attaques informatiques – rançongiciels (ransomwares), vol de données, sabotage –, la cybersécurité est devenue un enjeu prioritaire. En 2023, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a recensé une augmentation de 30 % des attaques par rançongiciels en France par rapport à l’année précédente. Certaines entreprises, comme Michelin, vont jusqu’à recruter leurs propres hackers pour tester la robustesse de leurs systèmes, une forme proactive de veille et d’auto-contrôle.Parallèlement, la compliance (ou conformité réglementaire) prend une importance croissante. Les organisations doivent s’assurer que leurs partenaires commerciaux respectent l’intégralité des normes éthiques et financières en vigueur – et elles sont nombreuses. Dans le secteur bancaire, par exemple, des outils de veille permettent de vérifier qu’un partenaire n’est pas impliqué dans des activités illicites (blanchiment d’argent, corruption…). Cette vigilance est indispensable pour éviter des sanctions et préserver la réputation de l’entreprise.
Enfin, la gestion des risques s’étend aussi à la sûreté des collaborateurs lors de leurs déplacements internationaux. Les grandes entreprises surveillent de près les zones à risques avant d’y envoyer leurs employés en mission. Elles s’appuient pour cela sur des données issues d’organismes spécialisés, croisées avec leurs propres analyses ou connaissances du terrain pour anticiper d’éventuelles crises (attentats, instabilité politique, pandémies, conflits sociaux ou ethniques…). Cette veille peut aboutir à des mesures concrètes : interdiction de déplacement, ajustement des contrats d’assurance, renforcement des protocoles de sécurité.
Dans un monde où les menaces se multiplient et évoluent rapidement, la veille stratégique est devenue un pilier incontournable de la gestion des risques. De la surveillance des tensions géopolitiques à la protection des biens et des personnes, elle permet aux entreprises de s’adapter en temps réel et d’anticiper les crises. Plus qu’un simple outil d’information, la veille devient ainsi un levier de résilience et de compétitivité. Dans les années à venir, il est envisageable de penser que son rôle ne fera que se renforcer, au rythme des défis qui ne manqueront pas de se poser aux entreprises.
Par Arnaud Marquant, Directeur des opérations chez KB Crawl SAS