Le syndicat professionnel Numeum dresse un bilan nuancé du marché numérique français en 2025 et annonce une inflexion plus optimiste pour 2026. Après une année marquée par une croissance limitée mais réelle, les signaux collectés en fin d’exercice traduisent une remontée progressive de la demande, stimulée par l’industrialisation de l’IA générative, par l’essor du SaaS et par les premiers investissements liés à la souveraineté numérique. Les entreprises du numérique anticipent ainsi une accélération de l’activité en 2026 à 4,3 %.

Au cours des deux dernières années, le secteur numérique français a évolué dans un environnement économique tendu, entre incertitudes budgétaires, arbitrages financiers plus prudents et étalement des projets. Pourtant, 2025 ne s’inscrit pas dans un cycle de stagnation durable. Les données consolidées mettent en évidence une amélioration progressive des indicateurs opérationnels au second semestre, en particulier pour les entreprises de services numériques. Cette amélioration repose sur une mécanique désormais identifiable également ailleurs en Europe et qui gagne en force en France en fin d’année.

Cette réorientation du marché est alimentée par trois ressorts convergents. Les directions des systèmes d’information recommencent à engager des projets ciblés, orientés valeur métier et continuité opérationnelle. Les éditeurs de logiciels confirment leur rôle de locomotive, portés par le SaaS, la donnée et la cybersécurité. Enfin, l’intelligence artificielle générative cesse progressivement d’être une promesse abstraite et commence à transformer les modèles d’affaires, les cycles de production et la productivité opérationnelle. Autrement dit, la confiance revient lentement et se matérialise par des décisions d’investissement concrètes.

Une année 2025 contrastée, mais haussière en fin d’exercice

Les chiffres livrent une photographie contrastée. Le marché global progresse de 2 %, avec une contraction des activités de services et des infrastructures de communication, tandis que les éditeurs de logiciels et plateformes enregistrent une croissance soutenue de 8,2 % pour atteindre 29,1 milliards d’euros. Les ESN reculent de 1,8 % à 34,3 milliards d’euros, une baisse finalement moins sévère que redouté en début d’année, grâce à une amélioration sensible des taux d’occupation, des carnets de commandes et de la visibilité commerciale au second semestre. Les infrastructures ICT reculent de 2,5 % à 7,7 milliards d’euros, reflet d’arbitrages prudents sur certaines dépenses matérielles.

Surtout, les indicateurs qualitatifs font état d’un climat d’activité mieux orienté. Les entreprises sondées mentionnent une amélioration des marges, une dynamique commerciale plus favorable et une augmentation des budgets informatiques déclarée par les directions informatiques. Ces budgets progressent à la fois sous l’effet mécanique de l’inflation et, surtout, sous l’effet d’un plus grand nombre de projets lancés dans des domaines désormais incontournables que sont l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la modernisation des systèmes hérités. Cette demande mieux structurée constitue l’un des éléments les plus déterminants pour apprécier la trajectoire 2026.

Les éditeurs consolident leur rôle moteur

La vigueur du segment éditeurs constitue l’un des enseignements essentiels de ce bilan. La migration accélérée vers le SaaS modifie durablement l’économie des projets et des relations contractuelles. Plus des trois quarts des nouveaux projets basculent désormais vers ce modèle au second semestre 2025, contre un peu plus de la moitié quatre ans plus tôt. S’ajoutent les effets cumulatifs des exigences réglementaires avec NIS2, l’IA Act ou encore les obligations d’accessibilité, qui contraignent les organisations à transformer leurs outils et à industrialiser leurs pratiques numériques.

Le mouvement ne se limite pas à une évolution technique. Les éditeurs constatent également des gains de productivité internes imputés à l’intégration de l’IA générative, évalués à 12,5 % en 2025, avec une projection à 17 % en 2026. Il ne s’agit plus uniquement d’automatisation incrémentale, mais d’une réorganisation progressive des chaînes de valeur logicielles, avec des effets directs sur la cadence de développement, la personnalisation des solutions et la capacité à absorber davantage de projets. Cette transformation place les éditeurs dans une position d’entraînement pour l’ensemble de l’écosystème.

Le GeanAI, désormais un levier économique mesurable

Près de 40 % des entreprises du secteur déclarent un impact direct et positif de l’IA générative sur leurs marges et sur leur chiffre d’affaires. Cette proportion traduit un basculement symbolique et concret. Le discours sur l’expérimentation laisse place à des usages qui influencent réellement la compétitivité. La création de nouvelles offres commerciales, l’accélération des cycles de livraison, l’amélioration de la réactivité dans les réponses aux appels d’offres et la capacité à personnaliser plus finement les solutions alimentent cette dynamique économique.

Ces avancées modèlent également la relation client. L’amélioration de la satisfaction contribue à une fidélisation renforcée et à des contrats plus longs, ce qui fiabilise les revenus récurrents. L’IA générative devient une variable stratégique qui intervient à la fois dans la structuration des offres, dans l’organisation interne des entreprises numériques et dans la création de valeur pour les clients finaux. Cela explique pourquoi l’année 2026 est anticipée comme une étape d’industrialisation plus large des usages.

Souveraineté numérique, une dynamique déjà structurante

La souveraineté numérique apparaît comme un levier d’investissement en formation. Près de la moitié des entreprises du numérique accompagnent déjà leurs clients dans ce domaine, même si le volume de projets reste encore limité en 2025 et principalement concentré sur des phases préparatoires. Les tickets moyens, compris entre cent et cent cinquante mille euros, illustrent une structuration progressive plutôt qu’une vague massive.

Néanmoins, la tendance est significative. Les organisations publiques et privées commencent à organiser leurs stratégies de confiance, de conformité et de protection des données. Cette maturation crée une dynamique appelée à s’intensifier. À mesure que les dispositifs réglementaires européens deviennent plus opérationnels et que la pression géopolitique demeure, ces projets devraient monter en volume, en complexité et en impact économique pour l’écosystème.

2026, une reprise franche, portée par les services, l’IA et la confiance

Pour 2026, Numeum et PAC anticipent une croissance de 4,3 % pour l’ensemble du marché. Les ESN repasseraient en territoire positif avec 1,4 % et un marché évalué à 35 milliards d’euros, les éditeurs continueraient d’afficher une dynamique élevée avec 8,4 % et un chiffre d’affaires porté à 31,6 milliards d’euros, tandis que les activités ICT renoueraient avec une progression d’environ 1 %. Ces projections reposent sur la combinaison d’investissements IT plus affirmés, d’une industrialisation plus mature de l’IA générative et d’une structuration progressive des projets de souveraineté.

Dans sa déclaration, Véronique Torner, présidente de Numeum, rappelle que cette reprise encourageante ne doit pas masquer l’exigence de continuité d’investissement. Si la France veut rester compétitive dans une économie mondiale profondément remodelée par le numérique, l’engagement dans l’IA, dans le SaaS, dans la cybersécurité et dans la confiance numérique doit s’inscrire dans la durée. Pour les entreprises utilisatrices, l’enjeu devient concret et mesurable en productivité, en performance opérationnelle et en capacité à supporter des transformations industrielles rapides.

Méthodologie

Les résultats de l’étude s’appuient sur les modélisations de marché de PAC et sur une enquête en ligne réalisée auprès de plus de trois cents entreprises du numérique en France, interrogées entre octobre et novembre 2025. L’échantillon couvre un spectre représentatif des acteurs du secteur, permettant d’identifier des évolutions chiffrées ainsi que des tendances d’activité ressenties sur le terrain.

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