Une étude commandée par Reply et réalisée par Forrester Consulting auprès de 536 dirigeants IT en Europe et aux États-Unis révèle une convergence de facteurs structurels, coûts cachés, risques de conformité réglementaire, dette technique, qui fragilisent durablement le modèle de l'offshoring logiciel face à la montée en puissance de l'IA agentique dans le cycle de développement.
L'étude documente une transition en cours dans les organisations où les assistants de développement basés sur l'IA cèdent progressivement la place à des équipes d’agents autonomes capables d'orchestrer l'ensemble du cycle de vie logiciel (SDLC), de la conception initiale aux tests de recette en passant par le déploiement. Ce glissement fonctionnel redéfinit les équations économiques sur lesquelles repose l'externalisation traditionnelle.
L'étude Forrester met en évidence deux lignes de fragilité distinctes dans le modèle d'offshoring. Sur le plan réglementaire, 78 % des décideurs interrogés estiment que le recours à des équipes offshore complique la conformité au RGPD — une proportion qui reflète les difficultés concrètes de traçabilité du code, de localisation des données de développement et de gouvernance des accès dans des environnements distribués entre plusieurs juridictions. Sur le plan technique, 76 % signalent une hausse mesurable de la dette technique et des problèmes de qualité du code : bugs récurrents, reprises coûteuses, perte de cohérence architecturale au fil des itérations. Ces deux facteurs, longtemps acceptés comme coûts de friction inhérents au modèle, sont désormais mis en regard d'une alternative dont le coût marginal s'effondre.
93 % des organisations s'orientent vers l'IA agentique
Forrester recommande aux DSI d'établir une feuille de route sur 90 à 120 jours structurée autour d'une approche Zero Trust appliquée au code généré par l'IA — c'est-à-dire une validation systématique des sorties des agents avant intégration dans les bases de code de production — et d'une recomposition du portefeuille de compétences internes en faveur de l'expertise architecturale plutôt que des tâches de codage répétitives à faible valeur ajoutée.
Le chiffre central de l'étude est sans ambiguïté : 93 % des organisations interrogées prévoient d'adopter l'IA agentique dans les deux à trois prochaines années en tant qu'alternative stratégique à l'externalisation logicielle traditionnelle. 81 % des décideurs anticipent que ces systèmes — capables de prendre des décisions autonomes et d'orchestrer des flux de travail complexes — deviendront une nécessité concurrentielle dans les trois à cinq ans. Ce niveau de convergence dépasse le stade de l'expérimentation ciblée : il signale une recomposition structurelle du marché des services de développement.
L'écart de maturité actuel entre les organisations nuance toutefois la trajectoire. Si 76 % des entreprises ont déjà intégré l'IA à certaines étapes du SDLC, seules 20 % ont atteint une couverture généralisée couvrant l'ensemble du cycle. La majorité des DSI se trouvent donc dans une phase intermédiaire où les bénéfices restent partiels et les risques d'incohérence entre les composants gérés par des agents et ceux maintenus manuellement demeurent élevés.
La recomposition des modèles de delivery
L'adoption de l'IA agentique dans le développement logiciel ne se limite pas à substituer un modèle économique à un autre. Elle redéfinit la nature des compétences stratégiques pour les DSI. Lorsqu'un agent autonome peut générer, tester et déployer du code en réponse à des spécifications fonctionnelles, la valeur des équipes internes se déplace vers la capacité à définir des architectures de qualité, à gouverner les environnements d'exécution des agents, et à auditer la conformité des sorties produites automatiquement.
Pour les organisations qui maintiennent encore des engagements contractuels importants avec des prestataires offshore, la transition soulève des questions de gouvernance de portefeuille : comment répartir les charges de développement entre agents autonomes, équipes internes et prestataires externes sans créer de zones grises en matière de responsabilité sur la qualité du code et la conformité réglementaire ? L'étude Forrester ne tranche pas cette question, mais elle fournit aux décideurs IT un cadre d'arbitrage fondé sur des données de marché actualisées.
Un signal qui dépasse le seul secteur des services IT
Les implications de l'étude dépassent le seul périmètre des directions IT. Le marché mondial des services d'externalisation logicielle, structurellement dépendant de l'arbitrage de coûts de main-d'œuvre entre pays à hauts et bas salaires, voit son modèle menacé par une technologie dont le coût à la requête continue de décroître. L'IA agentique ne supprime pas le besoin d'expertise technique, mais elle le relocalise : vers la définition d'architectures robustes, la supervision des environnements d'exécution, et la gouvernance des pipelines de développement automatisés.
Pour les DSI engagés dans des programmes de transformation logicielle à moyen terme, l'étude constitue un signal de réorientation budgétaire dont les effets se feront sentir bien au-delà des directions informatiques.























