En 2026, l’intelligence artificielle n’est plus un programme d’innovation, mais un programme de performance. Selon l’étude Dataiku / Harris Poll, près des trois quarts des DSI estiment que leur poste sera menacé si l’IA ne génère pas de gains mesurables dans les deux ans, tandis qu’une quasi-unanimité constate une pression accrue du conseil d’administration pour démontrer un retour sur investissement. La question n’est plus de déployer des modèles, mais de prouver, tracer et défendre leurs effets à grande échelle.
L’étude Dataiku / Harris Poll montre que 2026 marque un basculement pour les directions informatiques. Pression accrue des conseils d’administration, lien direct entre résultats IA et trajectoire professionnelle, déploiement massif d’agents sans supervision complète, regret fournisseur élevé et difficulté à relier les projets à des gains mesurables composent un tableau où l’IA devient un indicateur de performance exécutive.
L’enquête a été réalisée entre décembre 2025 et janvier 2026 auprès de 600 DSI aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, aux Émirats arabes unis et en Asie-Pacifique. Tous dirigent des organisations dont le chiffre d’affaires dépasse 500 millions de dollars. Ce périmètre cible les grandes entreprises déjà engagées dans des programmes IA structurés, et non des expérimentations marginales. La bascule décrite par l’étude est organisationnelle. Après une phase d’expérimentation en 2024 et une phase de déploiement en 2025, 2026 marque l’entrée dans une phase de justification. Les DSI ne sont plus évalués sur leur capacité à innover, mais sur leur capacité à transformer l’IA en résultats mesurables et défendables.
L’IA devient un indicateur de performance exécutive
La pression est d’abord personnelle. Neuf DSI sur dix déclarent que leur réputation professionnelle ou leur trajectoire de carrière dépendra de leur succès en matière d’IA. La rémunération est également concernée puisque 85 % indiquent qu’elle sera liée aux résultats IA, et 81 % affirment que celle de leur directeur général suivra la même logique. L’IA quitte ainsi le registre technologique pour entrer dans celui de la responsabilité exécutive.
Le signal le plus structurant reste le risque de poste. Près des trois quarts des DSI estiment que leur rôle sera menacé si leur entreprise ne délivre pas de gains mesurables issus de l’IA dans les deux prochaines années. Cette donnée transforme l’IA en échéance stratégique. Le pilotage des programmes ne peut plus reposer sur des indicateurs d’activité. Il doit s’adosser à des indicateurs de création de valeur traçables, sous peine de requalification budgétaire en centre de coût.
Explicabilité et traçabilité bloquent l’industrialisation
La difficulté principale réside désormais dans la capacité à défendre les décisions produites par les systèmes. Une large majorité de DSI déclarent que des lacunes de traçabilité ou d’explicabilité ont retardé ou empêché des projets IA d’atteindre la production. Par ailleurs, près d’un tiers indiquent avoir été sollicités à plusieurs reprises au cours des douze derniers mois pour justifier un résultat IA qu’ils ne pouvaient pas expliquer complètement. Le point de friction se situe donc dans la capacité à documenter et expliquer les décisions automatisées.
Cette fragilité technique devient un risque opérationnel. Plus de la moitié des DSI estiment qu’une explicabilité insuffisante pourrait déclencher une crise érodant la confiance des clients ou la crédibilité de la marque. Lorsque les décisions IA influencent des processus critiques, l’absence de traçabilité transforme un défaut technique en exposition réputationnelle. La maturité ne se mesure plus au nombre de cas d’usage déployés, mais à la robustesse des mécanismes de suivi, d’audit et de justification.
Agents déployés plus vite que leur supervision
La quasi-totalité des DSI interrogés indiquent que des agents IA sont déjà intégrés dans des workflows critiques, et un quart les décrit comme l’ossature opérationnelle de nombreux processus clés. Les agents ne sont plus expérimentaux. Ils interviennent dans des flux qui déplacent des budgets, modifient des décisions et interagissent avec des clients.
La capacité de supervision ne suit pas le même rythme. Seul un quart des DSI affirme pouvoir surveiller l’ensemble des agents en production en temps réel. Cet écart entre déploiement et visibilité constitue un risque structurel. Plus l’influence des agents s’étend, plus la capacité à reconstituer ce qu’ils ont fait, pourquoi ils l’ont fait et avec quelles données devient déterminante pour la gouvernance et la responsabilité.
Multi-LLM et regret fournisseur fragilisent la pile IA
La stabilité technologique n’est pas acquise. Près des trois quarts des DSI regrettent au moins un choix majeur de fournisseur ou de plateforme IA effectué au cours des dix-huit derniers mois. Par ailleurs, 40 % déclarent que le verrouillage fournisseur ou les variations de prix des modèles de langage ont un impact budgétaire majeur. Les décisions prises dans l’urgence de 2023 et 2024 produisent aujourd’hui des contraintes financières et architecturales.
Dans ce contexte, plus de huit DSI sur dix anticipent que leur organisation dépendra d’au moins deux fournisseurs de modèles de langage en 2026, et une large majorité reconnaît que différents modèles sont plus performants selon les cas d’usage. Le multi-modèle devient une condition d’exploitation. Or chaque ajout de fournisseur complexifie la gouvernance, la supervision et la gestion des coûts. La flexibilité de la pile technique devient une exigence opérationnelle, non un choix d’architecture.
Retour sur investissement sous contrainte de calendrier
La pression budgétaire est quasi unanime. La quasi-totalité des DSI déclarent que la pression du conseil d’administration pour démontrer un retour sur investissement mesurable a augmenté depuis 2024, dont une large majorité parle d’une hausse modérée ou significative. Plus de sept DSI sur dix estiment probable que le budget IA soit gelé ou réduit si les objectifs de performance ne sont pas atteints d’ici la fin du premier semestre 2026.
Moins de quatre DSI sur dix indiquent pouvoir relier au moins la moitié de leurs initiatives IA à des économies de coûts ou à des revenus mesurables. Ce décalage entre activité et valeur explicite expose les programmes à une requalification rapide. Lorsque la patience des conseils d’administration s’érode, les projets sans métriques consolidées deviennent les premières lignes budgétaires ajustées.
L’étude met en évidence un changement de nature du débat. L’IA n’est plus évaluée sur son potentiel, mais sur sa capacité à produire des effets traçables, mesurables et défendables. Les DSI qui structurent leur dispositif autour de la supervision des agents, de la flexibilité de la pile technique et de la mesure systématique de la valeur transforment l’IA en levier durable. Les autres s’exposent à une double sanction, budgétaire et exécutive, dans un calendrier désormais clairement identifié.























