Le rapport Analysis and forecast to 2026 de l’Agence Internationale de l’Energie (AEI) détaille l’impact prévisible des nouveaux usages de l’IT sur la consommation d’énergies, renouvelable et non renouvelables. Celle des centres de données pourrait atteindre plus de 1 000 TWh en 2026, soit approximativement la consommation électrique du Japon.

Le rythme d’accroissement de la demande d’énergie, supérieur à celui de la production des énergies renouvelables, est un premier enseignement de ce rapport édifiant. Si l’IA peut jouer un rôle positif dans l’optimisation des réseaux de distribution d’électricité via les smartgrids, cela ne compense qu’à la marge son empreinte énergétique croissante. Le CEO d'Alphabet (Google) indiquait en février 2023 que l'interaction de son moteur de recherche avec un modèle de langage d’IA (LLM) pourrait probablement consommer 10 fois plus qu'une recherche standard par mot-clé. La demande moyenne en électricité d’une requête à ChatGPT, soit 2,9 Wh par requête, nécessiterait près de 10 TWh d’électricité supplémentaire en un an pour un volume de 9 milliards de recherches par jour.

Côté datacenters, le rapport de l’AEI mentionne une consommation mondiale de
460 terawattheures (TWh) en 2022, un chiffre qui pourrait atteindre plus de 1 000 TWh en 2026. Cette demande équivaut à peu près à la consommation annuelle d'électricité du Japon. C’est considérable.

Le graphique ci-dessous indique la consommation électrique estimée pour les Etats-Unis, l’Europe et la Chine en 2022 et 2026 et la part de ces entités dans la demande mondiale (losange rouge)



Le cas des cryptomonnaies, Bitcoin surtout et Ethereum, est plus nuancé car les déboires des plateformes de cryptoactifs et la grande volatilité des ces monnaies rend la prévision plus difficile. La tendance actuelle reste néanmoins préoccupante avec une augmentation possible de la consommation de 40 % ce qui serait équivalent à la consommation
des Pays-Bas.

Montée des énergies renouvelables et maintien du nucléaire mais cela ne dispense pas de contrôler les consommations des nouvelles technologies

Certes, les énergies renouvelables vont continuer leur croissance mais l’augmentation de la consommation indiquée dans le rapport de l’AEI devrait alerter tous les acteurs de l’IT. En témoigne, cette prévision de l’agence pour l’Europe « Nous prévoyons que la demande d'électricité augmentera de 2,4 % par an en moyenne au cours de la période de prévision 2024- 26 en Europe, soutenue par une reprise progressive de l'activité industrielle, la poursuite de l'électrification des secteurs du chauffage et des transports,[…] et l'expansion du secteur des centres de données »

Autre prévision instructive de l’AEI, la consommation mondiale d'électricité des centres de données, crypto-monnaies et de l'intelligence artificielle se situerait entre 620 et
1 050 TWh en 2026, soit une demande d'électricité supplémentaire de 160 TWh à 590 TWh en 2026 par rapport à 2022. Pas moins donc que la consommation électrique d’un pays comme l'Allemagne, soit 539 TWh en 2022. De plus, face à cette demande accrue, il faudra augmenter significativement les capacités des réseaux de distribution d’énergie.

La réduction impérative de la consommation d'électricité se heurte à l’impact croissant de l’IA générative ou pas, des cryptomonnaies et de la croissance du volume des données dans les datacenters. Même si ces derniers ont mis en place des processus performants de diminution de l’énergie consommée. Un véritable défi, un de plus.