Le progrès a toujours été synonyme de productivité, d’espoir et de richesse. Mais aujourd’hui, avec l’IA, les technologies et l’innovation, la mesure économique du progrès technique marque un recul des valeurs humaines. Ce que les économistes nomment le ‘paradoxe de la productivité’.

Depuis des siècles, la productivité a été marquée par des ruptures techniques, comme la plomberie ou le moteur électrique, dont les effets sur le capital et la main-d’oeuvre ont entrainé une croissance de la richesse et de la productivité. Et avec elle une hausse des salaires et une abondance des emplois.

Mais que se passe-t-il aujourd’hui ?

Depuis 2004, la croissance de la productivité dans les pays riches s’est assombrie. On peut certes évoquer la crise économique. Mais jamais le progrès n’a autant foisonné. Les smartphones, le cloud, les voitures autonomes, l’ordinateur qui bat l’humain, l’innovation et la technologie n’ont jamais parus aussi riches.

Seulement voilà, la hausse de la productivité, des salaires et des emplois n’est pas au rendez-vous. Et dans les pays riches, la courbe de la croissance de la productivité est en berne… Nous pensons que la technologie est source de croissance, mais la mesure du progrès technique est en réalité pathétique.

En 1987, Robert Solow, prix Nobel d’économie, faisait le constat que « l’âge de l’ordinateur est visible partout, sauf dans les statistiques de productivité ». Les années suivantes allaient lui donner tord, la productivité augmentait dès le milieu des années 90. Tout du moins jusqu’au milieu des années 2000 et le virulent retour de bâton que nous subissons aujourd’hui.

Le paradoxe de la productivité

Les économistes avancent quatre interprétations pour expliquer ce phénomène :

  • De nombreuses technologies sont utilisées pour simplement remplacer des travailleurs, et non pour créer des métiers ou de nouvelles tâches.
  • Les technologies qui pourraient avoir le plus d’impact ne sont pas largement utilisées.
  • Les percées technologiques récentes ne sont que des avancées modestes, et peu avantageuses sur le plan économique.
  • Nous ne savons pas mesurer la valeur délivrée par la gratuité des avantages fournis par les Google, Facebook, etc.

Pour résumer autrement le trouble du ‘paradoxe de la productivité’, l’IA est un mystère pour la plupart des entreprises, la voiture autonome brille par son absence sur nos routes, et bots et robots sont plutôt idiots en dehors des chaines de montage. L'innovation est bien présente mais ne porte pas le progrès !

Changer les paradigmes

L’exemple de l’Intelligence Artificielle est significatif des changements et de nos erreurs d’appréciation. Il n’y a aucun doute que l’IA rejoindra le panthéon des technologies génériques qui ont changé le monde, aux côtés de la vapeur, de l’électricité et du moteur à combustion. Ces technologies ont changé notre façon de vivre et de travailler.

Mais pour le moment, l’IA est surtout une technologie complémentaire destinée à réduire les coûts et à accélérer en remplaçant l’humain, et pour satisfaire le capital. La dimension de l’ère des algorithmes doit s’exprimer. Si le potentiel de transformation de l’innovation est réel, il ne s’exprime pas encore suffisamment, ou dans un cadre trop réduit et borné.

La transformation sociétale a toujours été longue à se mettre en place. Les IT et l’IA n’y échappent pas. La véritable révolution viendra certes des technologies, mais surtout de la capacité des organisations à se réinventer. Manquant de flexibilité et de capacité d’adaptation, nos entreprises ont raté la marche de la révolution informatique dans les années 90. Ne renouvelons pas cette erreur avec le numérique et l’IA.

Source : David Rotman, MIT

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