La direction interministérielle du numérique (DINUM), l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) et le Commissariat au numérique de défense (CND) ont signé une convention stratégique pour accélérer le déploiement et l’adaptation de LaSuite, la suite bureautique et collaborative souveraine de l’État, au sein du ministère des Armées. Ce partenariat est doté d’un million d’euros pour 2025, afin de réduire les dépendances technologiques étrangères et de renforcer la cybersécurité des outils publics.

L’État français a engagé depuis plusieurs années une stratégie de sortie progressive des suites bureautiques et collaboratives étrangères, devenues critiques pour le fonctionnement quotidien des administrations. Messageries, visioconférences, partages de documents et travail collaboratif représentent désormais une surface d’exposition stratégique au même titre que les centres de données ou les réseaux.

C’est dans ce cadre que la direction interministérielle du numérique, l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense et le Commissariat au numérique de défense ont signé une convention visant à adapter et à déployer LaSuite, la plateforme collaborative souveraine de l’État, au sein du ministère des Armées. Cette étape ne relève pas d’un simple choix d’outillage, mais d’une trajectoire industrielle et stratégique engagée depuis plusieurs années pour reprendre la maîtrise des briques logicielles de travail de l’administration.

LaSuite : des outils collaboratifs conçus à partir de logiciels libres

LaSuite, fruit d’une initiative portée par l’État français et adossée aux principes des communs numériques, rassemble des outils collaboratifs conçus à partir de logiciels libres, hébergés sur des infrastructures certifiées SecNumCloud et destinés à remplacer progressivement des solutions commerciales issues des grandes plateformes étrangères. Parmi les composants figurent une messagerie instantanée, un éditeur de texte collaboratif, un tableur, des services de visioconférence et d’échange de fichiers, accessibles via l’authentification unique ProConnect.

Cette convention marque un jalon important dans l’agenda de souveraineté numérique de l’État. Le projet s’inscrit dans la feuille de route globale de la DINUM pour moderniser l’action publique numérique et s’aligne sur des engagements plus larges, tels que ceux pris dans l’Agenda économique franco-allemand visant à promouvoir des environnements de travail numériques souverains et interopérables dans les administrations publiques européennes.

La trajectoire vers cette étape peut être contextualisée par plusieurs jalons récents : la création en avril 2024 de l’AMIAD, agence dédiée à l’intelligence artificielle de défense et aux besoins spécifiques du ministère des Armées, suivie en 2025 de l’inauguration du Commissariat au numérique de défense (CND) et de son supercalculateur ASGARD, témoignant de l’effort institutionnel pour structurer une autonomie technologique renforcée.

Un jalon important dans l’agenda de souveraineté de l’État

Le développement de LaSuite lui-même s’appuie sur une progression de l’État vers des outils internes. Des services comme Tchap, la messagerie chiffrée destinée aux agents publics, ont été déployés dans les années précédentes pour remplacer des applications non souveraines. LaSuite étend cette logique en intégrant un ensemble cohérent de services bureautiques et collaboratifs destinés à tout l’appareil administratif, et désormais adaptés aux contraintes de la défense.

Le financement accordé permettra d’améliorer l’exploitation et la sécurité des services existants, de développer des fonctionnalités spécifiques aux environnements à haute contrainte de sécurité et d’intégrer les retours d’expérience de la défense dans la feuille de route technique pilotée par la DINUM. La gouvernance partagée entre les trois acteurs publics garantit une transparence budgétaire et organisationnelle jusqu’à fin 2026.

Adopter LaSuite à grande échelle au ministère des Armées constitue une étape stratégique pour l’État français. Elle permet de consolider des capacités souveraines, de réduire les coûts liés aux licences propriétaires et d’améliorer la résilience opérationnelle des services collaboratifs face aux risques cyber. Dans une perspective européenne, ces efforts contribuent à une dynamique plus large visant à aligner des solutions souveraines dans les administrations publiques des États membres.

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