LaSuite, écosystème souverain d’outils collaboratifs pour les agents publics, est progressivement mis à disposition depuis 2024. La solution Visio, brique de visioconférence de LaSuite, est en cours de généralisation à l’ensemble des services de l’État d’ici 2027, selon l’annonce de la Direction interministérielle du numérique (DINUM). Ces déploiements révèlent une montée en puissance réelle des services cloud publics opérationnels et une réduction des dépendances aux outils extra-européens.
La décision de développer des outils collaboratifs propres intervient après plusieurs années de dépendance opérationnelle aux suites américaines, aggravée par l’exposition juridique induite par le Cloud Act. Selon la DINUM, qui chapeaute le tout,l’usage massif de plateformes externes complique la maîtrise des données sensibles, fragmente les politiques de sécurité et multiplie les contrats hétérogènes entre administrations. Malgré les risques connus d’un développement interne, adoption utilisateur incertaine, dette technique potentielle, comparaison défavorable avec des produits industriels matures, l’État a privilégié une approche fondée sur des logiciels libres, une infrastructure SecNumCloud et une commande publique mutualisée. Ce choix transforme un problème de souveraineté en levier d’architecture IT, en échange d’un effort assumé de convergence des usages, de formation des agents et de pilotage centralisé par les DSI.
LaSuite regroupe des briques collaboratives accessibles via authentification unique ProConnect, dont Tchap (messagerie instantanée libre), Audioconf (audioconférence), Webconférence de l’État, Resana (partage et coédition documentaire) et FranceTransfert (transfert de fichiers volumineux), chacune activée progressivement auprès des agents publics.
Une pile collaborative standardisée
Tchap dépasse deux cent mille utilisateurs actifs quotidiens, la Webconférence de l’État comptabilise environ quarante-sept mille utilisateurs hebdomadaires pour près de dix mille réunions par semaine, France Transfert totalise plus de trois cent cinquante mille échanges de fichiers volumineux, et Resana compte environ cent quarante mille usagers avec près de huit cent mille documents partagés chaque mois, selon la DINUM. Ces volumes traduisent un usage quotidien réel de la messagerie, de la visioconférence, du partage documentaire et de la collaboration, bien au-delà d’un simple périmètre pilote.
La DINUM annonce que Visio, solution de visioconférence souveraine développée en open source et hébergée en France sous des infrastructures certifiées SecNumCloud, sera généralisée à l’ensemble des services de l’État d’ici 2027, dans une stratégie de sortie des outils propriétaires étrangers. Les premières administrations pilotes, dont le CNRS, comptent déjà plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs de Visio.
Conçu pour remplacer progressivement Teams, Zoom ou Webex, Visio intègre des fonctionnalités de transcription automatique, d’enregistrement de réunions, et jusqu’à 150 participants, tout en respectant les exigences de confidentialité et de sécurité françaises.
Industrialisation par la commande publique
L’approche de l’État consiste à rendre disponibles des composants cloud opérationnels au fur et à mesure de leur maturité, plutôt qu’un seul package livré d’un coup. Cette progression graduelle favorise l’adoption progressive, la collecte de retours utilisateurs et l’ajustement des services au quotidien des agents publics.
La normalisation des outils autour de LaSuite constitue une offre publique standardisée qui crée un marché adressable pour les éditeurs, les hébergeurs et les intégrateurs compatibles avec les exigences de souveraineté, de sécurité et d’interopérabilité. Cette industrialisation par l’usage tend à rationaliser les pratiques IT des administrations et à réduire les coûts liés aux multiples licences externes aujourd’hui utilisées.
Piliers techniques : cloud souverain et cybersécurité
LaSuite et ses composants comme Visio sont hébergés en France sur des infrastructures certifiées SecNumCloud par l’ANSSI, conditionnant la localisation des données publiques et la conformité aux référentiels de sécurité de l’État. Cette stratégie technique impose des mécanismes de chiffrement, des contrôles d’accès robustes et des audits réguliers.
L’intégration de ces services dans un environnement cloud national, interopérable et reposant sur des logiciels libres constitue un pilier indispensable pour la cybersécurité des échanges publics, réduisant l’exposition aux juridictions étrangères et favorisant une gouvernance IT centralisée.
Services cloud et IA déjà activables
Au-delà des fonctions classiques de messagerie et de communication, LaSuite inclut des outils comme Grist pour la collaboration sur des jeux de données et prépare des intégrations d’éléments basés sur l’intelligence artificielle pour la transcription, l’assistance rédactionnelle ou l’analyse de contenu. Ces fonctionnalités sont déjà accessibles à certaines populations d’agents via des cycles d’expérimentation et d’usage.
La généralisation de Visio et l’activation successive de services sous LaSuite modifient la gouvernance des systèmes d’information publics, en imposant des standards homogènes de collaboration, de sécurité et d’interopérabilité. Cette rationalisation devrait réduire la surface d’attaque liée aux solutions disparates et diminuer les charges de support pour les DSI.
En rassemblant cloud souverain, cybersécurité et services collaboratifs sous un même référentiel technique et procédural, l’État pose des bases solides pour une industrialisation du numérique public, alignée avec les objectifs de souveraineté numérique et d’efficacité opérationnelle recherchés par la filière IT de confiance.























