Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale vient de publier la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030. Ce document fixe la feuille de route opérationnelle de l’État pour élever le niveau de protection des organisations publiques et privées, renforcer la souveraineté technologique et structurer l’écosystème industriel de sécurité numérique sur cinq ans.

Le texte s’inscrit dans la continuité de la Revue nationale stratégique de 2022 et intervient alors que les attaques par rançongiciel, les compromissions de chaînes d’approvisionnement et les opérations d’ingérence étatique affectent régulièrement des opérateurs d’importance vitale, des collectivités territoriales et des entreprises industrielles. Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), y rappelle que « la cybersécurité constitue une priorité nationale », en la reliant explicitement aux enjeux de défense, de compétitivité et de continuité des services essentiels.

La stratégie articule son action autour de cinq axes, avec un objectif affiché de positionnement européen. Elle apour objectif de coordonner l’action de l’État, de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information et des ministères sectoriels, tout en mobilisant les filières industrielles et académiques. Pour les DSI et les RSSI, ce cadre implique un renforcement des exigences de conformité, notamment au regard de la directive NIS 2 et des futurs règlements européens sur la cyber-résilience des produits.

Former le premier vivier européen de talents cyber

La pénurie de compétences constitue un frein opérationnel identifié par la stratégie. Le document prévoit un renforcement massif des formations initiales et continues, depuis les cursus d’ingénierie jusqu’aux dispositifs de reconversion professionnelle. Cette orientation repose sur un constat mesurable : l’écart persistant entre le nombre de postes ouverts en cybersécurité et le volume de diplômés spécialisés, qui fragilise la capacité de détection et de réponse aux incidents dans les organisations publiques et privées.

En organisant un « vivier de talents » à l’échelle nationale, l’État cherche à augmenter la capacité d’absorption des nouvelles obligations réglementaires et à réduire le recours à des expertises externes critiques. Pour les entreprises, l’enjeu est de sécuriser les recrutements, stabiliser les équipes de sécurité opérationnelle et internaliser certaines fonctions sensibles comme l’analyse de maliciels, la supervision des journaux d’événements ou la gestion des certificats et des infrastructures à clé publique.

Élever le niveau de sécurité des infrastructures critiques

La stratégie prévoit un relèvement du niveau de cybersécurité des opérateurs d’importance vitale et des services publics essentiels. Elle insiste sur la préparation aux crises cyber, avec des exercices nationaux et sectoriels destinés à tester les dispositifs de continuité d’activité et les chaînes de décision interministérielles. Ce mécanisme vise à réduire les délais de détection et à limiter l’impact financier et opérationnel des incidents majeurs.

Pour les entreprises soumises à NIS 2, cela se traduit par une formalisation accrue des analyses de risques, par l’obligation de signalement des incidents significatifs et par un renforcement des contrôles techniques sur les systèmes hérités. La stratégie relie explicitement la résilience des infrastructures à la stabilité économique, en considérant qu’une interruption prolongée d’un service critique peut affecter l’ensemble d’une filière industrielle.

Réduire les dépendances technologiques critiques

La souveraineté technologique constitue un axe central du document. La stratégie identifie les technologies de chiffrement, les équipements de sécurité réseau, les solutions de supervision et les services d’hébergement sécurisés comme des briques critiques. L’objectif est de limiter les dépendances extraterritoriales susceptibles d’exposer les organisations françaises à des risques juridiques ou opérationnels.

Ce positionnement implique un soutien aux industriels nationaux et européens, ainsi qu’un recours accru aux dispositifs de certification de sécurité. Pour les RSSI, cela signifie une vigilance renforcée sur l’origine des composants logiciels et matériels, sur les mécanismes d’authentification et sur les chaînes d’approvisionnement. La maîtrise des dépendances devient un critère d’architecture au même titre que la performance ou la disponibilité.

En consolidant les compétences, en durcissant les exigences de protection des infrastructures critiques et en structurant un socle industriel souverain, la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 installe un cadre contraignant mais prévisible pour les cinq prochaines années. Pour les directions informatiques, l’effet mesurable réside dans l’augmentation des obligations de conformité, dans la nécessité d’investissements budgétaires planifiés et dans l’intégration systématique de la sécurité dès la conception des architectures numériques.

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