WordPress.com accélère son intégration de l'IA dans le cycle de production web avec deux annonces : un assistant IA natif intégré à l'éditeur et à la Médiathèque, disponible sans surcoût sur les plans Business et Commerce, et un plugin pour Claude Cowork permettant de générer un thème WordPress complet à partir d'une description textuelle. Ces deux dispositifs signalent un changement dans la manière dont Automattic positionne WordPress comme infrastructure d'IA appliquée.
La convergence de ces outils traduit une recomposition du modèle de création web sur WordPress.com : l'IA n'est plus un module externe ou un plugin tiers à connecter, mais un composant embarqué dans le flux de travail éditorial et technique. Pour les équipes IT, marketing et les décideurs qui supervisent des actifs web d'entreprise, la question n'est plus de savoir si l'IA peut construire un site, mais à quel niveau d'abstraction elle intervient désormais dans la chaîne de production.
Le WordPress AI Assistant opère sur trois niveaux fonctionnels : l'éditeur de pages et d'articles, la Médiathèque, et le système de notes de blocs introduit avec WordPress 6.9. Dans l'éditeur, l'assistant peut modifier des mises en page, ajuster des styles globaux, réorganiser des sections ou réécrire du contenu — sans que l'utilisateur quitte l'interface d'édition. Cette architecture d'intégration réduit les frictions liées aux allers-retours entre un outil IA externe et le CMS, un point de friction documenté comme cause majeure d'abandon dans les workflows hybrides homme-machine.
Dans la Médiathèque, l'assistant exploite les modèles Nano Banana de Google pour la génération et l'édition d'images directement dans WordPress.com, sans abonnement supplémentaire à un service tiers de génération visuelle. Cette inclusion tarifaire est structurellement significative : elle élimine la nécessité pour les équipes de gérer des clés API distinctes ou des accords contractuels avec des fournisseurs de génération d'images, ce qui simplifie les audits de conformité et les inventaires de dépendances logicielles pour les DSI.
Le plugin Claude Cowork génère un thème block complet
Le troisième point d'intégration — les block notes — est celui qui présente le potentiel collaboratif le plus direct pour les environnements éditoriaux multi-utilisateurs. En permettant d'invoquer l'IA via la mention @ai dans une note attachée à un bloc de contenu, WordPress.com crée un canal de révision assistée ancré dans le contexte du contenu en cours d'édition. Un rédacteur peut demander une vérification factuelle, un responsable éditorial suggérer une reformulation, et l'IA répondre en tenant compte du contenu environnant — le tout sans sortir de l'interface de collaboration.
Le plugin transforme une session de conversation avec Claude en un thème WordPress block fonctionnel, déployé localement dans WordPress Studio. La séquence de génération suit trois étapes pilotées par des Skills — des jeux d'instructions structurées et réutilisables publiés en open source sur GitHub : recueil des spécifications du site, définition du système de design (couleurs, typographie, style), puis génération du thème block selon les meilleures pratiques WordPress. Le résultat est un thème exportable et déployable sur n'importe quel hébergement WordPress, y compris hors de l'écosystème WordPress.com.
La notion de Skills mérite une attention particulière pour les architectes de solutions et les équipes DevOps. Contrairement aux prompts classiques, les Skills sont des documents d'instructions versionnés, publiés publiquement sur le dépôt GitHub d'Automattic, et interopérables avec d'autres agents IA — ChatGPT, Codex ou tout environnement de vibe coding. Cette interopérabilité signale qu'Automattic ne cherche pas à enfermer les développeurs dans un écosystème propriétaire, mais à positionner WordPress comme couche de déploiement cible pour les workflows de génération de sites pilotés par agents. Pour les équipes qui expérimentent déjà des pipelines d'automatisation basés sur des LLM, ces Skills constituent des artefacts directement intégrables.
La limite actuelle est explicitement assumée par Automattic : le plugin est en developer preview, nécessite un clonage manuel du dépôt GitHub et une configuration locale via WordPress Studio. Il ne s'adresse donc pas encore aux équipes sans compétences techniques internes. En revanche, pour les agences et les intégrateurs WordPress qui gèrent des projets de création de sites en volume, le gain de productivité potentiel est mesurable : la génération d'un thème block complet, avec structure de pages, palette de couleurs et typographie, s'effectue en quelques minutes contre plusieurs heures de développement manuel.
Ne fonctionne pleinement qu'avec les thèmes block
Un point technique limite le périmètre d'usage de l'AI Assistant dans l'éditeur : il ne fonctionne pleinement qu'avec les thèmes block (Full Site Editing), et non avec les thèmes classiques. Les utilisateurs de thèmes classiques peuvent accéder à la génération d'images dans la Médiathèque, mais pas aux fonctions d'édition de mise en page et de contenu dans l'éditeur. Cette contrainte technique reflète l'architecture de WordPress 6.x, où le Full Site Editing repose sur un modèle de données structuré en blocs, seul format sur lequel l'IA peut opérer des modifications fiables sur les composants de page.
Pour les DSI et responsables de patrimoine web gérant des sites WordPress anciens ou reposant sur des thèmes classiques, cela implique une décision de migration préalable à l'activation de l'assistant. La migration d'un thème classique vers un thème block n'est pas une opération transparente, car elle peut affecter la mise en page, les personnalisations CSS héritées et les widgets. Cette dépendance technique doit être intégrée dans les plans de mise à niveau des actifs web d'entreprise sous WordPress.com, notamment pour les organisations ayant déployé des thèmes premium ou des thèmes enfants hautement personnalisés.
L'activation de l'assistant se fait site par site, depuis les paramètres de chaque propriété dans l'interface WordPress.com — ce qui permet un déploiement progressif et contrôlé, compatible avec une gouvernance multisites. Pour les sites créés via l'AI Website Builder, l'assistant est activé automatiquement, indépendamment du plan souscrit, ce qui constitue un avantage notable pour les nouvelles créations.
WordPress.com recompose la chaîne de valeur de la création web
La combinaison de l'AI Assistant natif et du plugin Claude Cowork dessine une stratégie cohérente : absorber dans la plateforme les tâches de création et d'édition web qui nécessitaient jusqu'ici soit une expertise technique (développement de thème, configuration de plugins IA tiers), soit un recours à des services externes (génération d'images, rédaction assistée). Pour les directions marketing qui dépendent d'équipes IT pour les mises à jour de sites, ou pour les PME qui externalisent la création web, cette intégration réduit structurellement le nombre d'interlocuteurs et d'outils dans la chaîne de production.
Du point de vue de la gouvernance IT, la centralisation des capacités IA dans la plateforme WordPress.com présente un avantage en matière de traçabilité et de contrôle des accès : un seul contrat, un seul fournisseur, une seule surface d'audit pour les fonctions IA utilisées sur les propriétés web hébergées. Cela contraste avec les architectures hybrides où chaque fonctionnalité IA (génération de texte, d'images, optimisation SEO) repose sur un service tiers distinct, chacun avec ses propres conditions d'utilisation des données et ses propres exigences de conformité RGPD.
Les effets observables à court terme se concentreront sur deux indicateurs, la réduction du temps de création et de mise à jour de sites pour les équipes non techniques, et l'adoption du Full Site Editing comme standard de fait sur WordPress.com, l'AI Assistant constituant une incitation forte à migrer vers les thèmes block. À plus long terme, la publication en open source des Skills pour Claude Cowork crée les conditions d'une communauté de contributeurs qui enrichira les capacités de génération de sites bien au-delà de ce qu'Automattic peut développer en interne, selon un modèle qui a déjà démontré son efficacité avec l'écosystème de plugins WordPress.























