OpenAI amorce une nouvelle phase stratégique sous l’impulsion de Fidji Simo. CEO Applications et présidente du conseil d’administration, elle fixe pour 2026 une priorité claire : combler le fossé entre les performances des modèles et les usages réels. Objectif : faire de ChatGPT un assistant personnel programmable, multimodal, proactif et utile à grande échelle dans les environnements de travail comme dans la vie quotidienne.
Dirigeante française de la tech installée en Californie, ancienne responsable de l’application Facebook et fondatrice d’Instacart, Fidji Simo a rejoint OpenAI en 2023. En tant que CEO Applications, elle pilote l’ensemble des produits orientés utilisateurs, dont ChatGPT, avec la mission de transformer les avancées des modèles en services concrets. Le 5 janvier 2026, elle a publie une tribune personnelle intitulée « Closing the Capability Gap », dans laquelle elle dresse un diagnostic sans détour : « La majorité des utilisateurs ne tirent pas pleinement parti des capacités déjà disponibles dans nos modèles ».
Cette déclaration publique engage l’entreprise sur une trajectoire fonctionnelle plus enrichie. Elle ne porte pas sur la prochaine version de GPT ou la promesse d’une rupture technologique, mais sur l’expérience utilisateur, l’utilité perçue et la continuité d’usage. Simo l’affirme d’emblée : « L’avenir de l’IA ne dépend pas uniquement des capacités des modèles, mais de la manière dont nous les transformons en produits utiles, sécurisés et fiables. »
Un assistant multimodal, doté de mémoire et de contexte
La feuille de route esquissée dans ce texte vise à repositionner ChatGPT comme un véritable agent personnel, capable de mémoriser les préférences de l’utilisateur, de réagir dans des situations complexes, de collaborer, et d’interagir dans plusieurs modalités à la fois (texte, image, voix, vidéo, code). « Nous voulons faire de ChatGPT un assistant proactif, capable de comprendre le contexte, de s’adapter aux besoins individuels et d’agir en votre nom », explique-t-elle.
Cette transformation repose sur une série de chantiers ouverts : amélioration de la mémoire contextuelle, meilleure continuité entre les sessions, intégration d’un moteur de personnalisation, capacité à suivre des projets sur la durée et à se connecter aux outils du quotidien. L’ambition est de passer d’un chatbot réactif à un compagnon de travail intelligent, orchestré, transparent et efficace. « Un assistant personnel doit être utile par défaut, pas uniquement lorsqu’on lui demande quelque chose », insiste Simo.
Des priorités techniques et opérationnelles pour l’année 2026
Dans sa tribune, Fidji Simo liste les axes techniques jugés critiques pour faire de cette vision une réalité. Parmi eux : la latence, la fiabilité, la sécurité et la personnalisation. Elle décrit l’un des objectifs clés comme étant de « réduire à zéro la friction ressentie dans l’usage quotidien », en mettant l’accent sur les intégrations, la vitesse de réponse et la pertinence contextuelle. « Nous voulons que chaque interaction avec ChatGPT devienne aussi naturelle qu’une conversation avec un collègue », écrit-elle.
Pour renforcer l’adhésion des utilisateurs, OpenAI prévoit également de mieux structurer les interactions collaboratives (entre plusieurs utilisateurs ou entre un humain et plusieurs agents), d’amplifier la continuité entre les appareils, et de proposer des modèles d’usage ancrés dans des situations concrètes : projets personnels, productivité, création, pilotage de flux, coordination. La vision produit prend ainsi le pas sur la seule performance modèle.
Une plateforme pour professionnels et développeurs
Fidji Simo met en avant une statistique marquante : plus de 800 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires utilisent ChatGPT, et un million d’équipes paient pour des services professionnels, notamment via ChatGPT Team et les offres API. « La croissance de ChatGPT a été plus rapide que celle du web, du mobile ou des réseaux sociaux. Mais l’impact réel ne sera tangible que lorsque nous aurons comblé l’écart entre ce qu’il peut faire et ce que les gens en font », souligne-t-elle.
La tribune insiste sur la nécessité d’outiller les développeurs avec des interfaces plus claires, des permissions granulaires, des outils de surveillance et des fonctions de versionnage. L’objectif est de faire de ChatGPT un « socle de programmation de workflows intelligents » avec des agents spécialisés, contrôlables, intégrés à l’environnement logiciel existant. Cette logique rejoint les tendances identifiées sur le segment des agents IA métiers, avec une demande croissante pour des fonctions automatisables, auditables et gouvernables.
Recentrage stratégique sur l’utilité perçue
L’un des points clés de la déclaration est la volonté de sortir d’une logique de « feature factory » pour se concentrer sur l’utilité réelle et mesurable. Simo critique implicitement l’excès de sophistication inutile : « Nous avons parfois ajouté des capacités sans nous assurer qu’elles étaient comprises ou utilisées. En 2026, notre priorité est que nos produits soient adoptés, intégrés, utilisés, aimés. »
Ce changement de posture stratégique aligne OpenAI sur une logique d’expérience et de valeur perçue, au croisement du design produit et de l’industrialisation des usages. Il place l’assistant IA au cœur des outils quotidiens : planification, écriture, synthèse, collaboration, navigation, exécution. L’enjeu est de construire un produit cohérent et programmable, mais invisible et naturel dans son intégration. « C’est ainsi que nous transformerons les promesses de l’IA en bénéfices concrets », conclut-elle.
Une feuille de route qui interpelle les DSI et les éditeurs
Pour les client, les implications sont immédiates. L’évolution de ChatGPT vers une plateforme d’orchestration contextuelle impose de repenser les points d’intégration, la sécurité des interactions, les cycles de vie des agents et les responsabilités partagées entre utilisateurs, fournisseurs et développeurs. La possibilité de confier à des assistants IA des tâches continues, interconnectées, et potentiellement critiques, pose des questions de gouvernance, de transparence et de contrôle.
Cette orientation confirme une tendance de fond : l’IA ne s’installe plus uniquement comme moteur de génération, mais comme infrastructure logicielle de plus en plus transversale. La trajectoire décrite par Fidji Simo appelle à anticiper des usages plus distribués, plus intégrés, et potentiellement plus sensibles. Pour les DSI, cela implique de renforcer les capacités de supervision, d’encadrement des API, de définition de politique contextuelle et d’évaluation de l’impact réel des interactions agentiques sur les processus métier.























