Confrontées à des coûts initiaux élevés, les entreprises privilégient une adoption progressive de l’IA dans les infrastructures réseau, débutant par des tests sur des périmètres restreints avant un déploiement plus large.

L’intelligence artificielle s’insinue dans toutes les couches du millefeuille technologique des entreprises, des opérations réseau dans les couches basses du modèle OSI, aux applications et jusque dans les architectures matérielles. Pour leur part, les fournisseurs d’équipements réseau intègrent l’intelligence artificielle à plusieurs niveaux de leur infrastructure, aussi bien dans leurs outils d’administration et d’orchestration, et jusqu’au cœur des appareils grâce à des puces spécialisées.

Cisco a récemment introduit des commutateurs Nexus 9300 équipés de Data Processing Units (DPU). Ces DPU, intégrés directement dans les équipements réseau, permettent la computation déportée et une accélération matérielle des fonctions de sécurité et de gestion du trafic, déchargeant ainsi les CPU des serveurs. L’équipementier intègre l’IA dans ses solutions logicielles également. Cisco AI Assistant est intégré dans diverses applications et outils, comme Cisco XDR pour le SOC (cybersécurité), Webex (collaboration), ainsi que la configuration et l’administration des pare-feu (SecOps et ITOps).

Pour sa part Juniper Networks a développé la plateforme AI-Native Networking, conçue pour optimiser les opérations réseau grâce à l’IA. Cette approche permet l’identification rapide des menaces, la réaction, et la localisation précise des équipements compromis. Avec des solutions telles que l’Assistant de réseau virtuel Marvis et Mist AI, Juniper propose en outre des outils qui utilisent l’IA pour automatiser la gestion et la résolution des problèmes réseau.

Des décideurs volontaristes, et des ingénieurs prudents

Une étude récente menée par Opengear auprès de plus de mille professionnels, incluant des DSI, des RSSI et des ingénieurs réseau, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et en Australie, révèle une forte adoption de l’IA tout en mettant en lumière des disparités notables et plusieurs défis à relever. L’étude montre que 94 % des décideurs technologiques interrogés ont déjà entamé l’intégration de solutions basées sur l’IA pour piloter leurs réseaux.

Parmi eux, 58 % considèrent même avoir achevé cette intégration, témoignant d’une grande confiance dans l’efficacité et les bénéfices attendus. Cependant, ce sentiment optimiste semble légèrement nuancé par les ingénieurs réseau : ces derniers sont moins nombreux à affirmer que l’intégration est complète (42 %), privilégiant une approche plus pragmatique basée sur les effets opérationnels immédiats plutôt que sur les objectifs stratégiques plus larges évoqués par leurs dirigeants.

Les Américains et les Français particulièrement dynamiques

Des différences marquées apparaissent également selon les régions. Les entreprises françaises et américaines se montrent particulièrement dynamiques, avec un taux élevé d’adoption de l’IA atteignant 88 %, mais c’est l’Australie qui détient le record avec 94 % d’entreprises ayant intégré l’IA à la gestion des réseaux. En revanche, l’Allemagne se distingue par une certaine retenue, affichant seulement 58 % d’adoption, situation imputable principalement à une culture d’entreprise plus conservatrice, explique l’étude.

Dans le domaine spécifique de la cybersécurité, l’apport de l’IA est particulièrement prometteur. Selon l’étude, 63 % des ingénieurs réseau indiquent avoir intégré l’IA à leur dispositif sécuritaire, mais seuls 28 % jugent cette intégration pleinement effective. Ici encore, des disparités géographiques ressortent : l’Australie (85 %) et les États-Unis (73 %) font figure de leaders, tandis que le Royaume-Uni et l’Allemagne restent plus prudents avec 49 % d’intégration complète.

Malgré ces défis, la majorité des ingénieurs réseau expriment une réelle confiance dans l’IA : près de 70 % estiment qu’elle améliorera considérablement leur capacité à répondre efficacement aux incidents de cybersécurité, bien que seulement une minorité (27 %) pense qu’elle réduira notablement le temps nécessaire pour gérer ces incidents.

Les entreprises adoptent une approche progressive

Néanmoins, plusieurs freins subsistent. Parmi eux figure le coût initial élevé des technologies basées sur l’IA, jugé préoccupant par 29 % des répondants, ce qui constitue un obstacle majeur pour les petites et moyennes entreprises en particulier. De plus, les exigences réglementaires et les problématiques de conformité sont mentionnées par 28 % des ingénieurs réseau interrogés comme étant des obstacles significatifs à une intégration réussie et complète de l’IA.

Face à ces enjeux, les entreprises adoptent souvent une approche progressive, intégrant d’abord partiellement l’IA et procédant à des tests sur des périmètres restreints avant un déploiement plus généralisé. Une part importante de ces organisations investit par ailleurs dans des programmes de formation interne afin de renforcer les compétences nécessaires à la gestion et à l’utilisation optimale de ces nouvelles technologies.

L’étude prédit qu’à l’avenir, l’investissement dans l’IA est destiné à croître considérablement : une majorité significative des décideurs interrogés prévoit une hausse des dépenses dans ce domaine, comprise généralement entre 10 % et 49 % dans les trois prochaines années, témoignant d’une confiance soutenue dans les capacités de l’IA à transformer durablement les opérations réseau.

Enfin, il est à noter que l’IA se positionne également comme un levier stratégique essentiel pour atteindre les objectifs de durabilité environnementale des entreprises. Pas moins de 84 % des décideurs technologiques pensent que l’IA contribuera à optimiser la consommation énergétique des infrastructures réseau, notamment les centres de données, permettant ainsi de progresser vers les objectifs de réduction de l’empreinte carbone et de neutralité climatique.