Deux annonces en une semaine. Mistral AI a conclu le 17 février 2026 un accord définitif pour racheter Koyeb, startup parisienne spécialisée dans le cloud serverless, tout en confirmant un investissement de 1,4 milliard de dollars dans des centres de données en Suède. La licorne française accélère. Après les modèles, elle s’attaque désormais à la couche infrastructure, déterminée à construire un cloud IA souverain sans dépendre des géants américains.
En maîtrisant toute la chaîne, des modèles jusqu’aux serveurs, Mistral réduit sa dépendance aux hyperscalers, sécurise ses marges sur l’inférence et peut garantir à ses clients une localisation des données que ses rivaux américains peinent à offrir en Europe. C’est précisément sur ce terrain — la confiance et la conformité réglementaire — que la bataille pour les grands comptes européens se jouera dans les prochaines années.
Fondée par trois anciens de l’hébergeur français Scaleway, Koyeb propose une plateforme serverless haute performance qui permet aux développeurs de déployer et de faire évoluer des applications IA sans gérer l’infrastructure sous-jacente. Sa force réside dans une approche unifiée combinant exécution d’inférence, code généré par l’IA et applications natives — API, serveurs MCP, services web. Des capacités qui s’emboîtent directement dans Mistral Compute, l’offre d’infrastructure cloud lancée par la société en 2025.
Koyeb pour l’inférence et le déploiement sur site
L’intégration de Koyeb doit permettre à Mistral d’améliorer ses environnements existants — sandboxes et serveurs MCP en tête —, de mieux déployer ses modèles chez les clients, d’optimiser l’usage de ses GPU et d’aider ses équipes d’inférence à monter en charge. Pour les DSI, cela se traduit par une capacité accrue à déployer des modèles Mistral en environnement sur site, avec des garanties de performance et de contrôle que les architectures cloud public ne permettent pas toujours d’atteindre.
Les trois cofondateurs et les 13 ingénieurs de Koyeb rejoindront Mistral en mars 2026. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. « Le produit et l’expertise de Koyeb vont accélérer notre développement sur le front Compute et contribuer à bâtir un véritable cloud IA », déclare Timothée Lacroix, cofondateur et CTO de Mistral. Yann Leger, CEO de Koyeb, confirme l’alignement stratégique : « En rejoignant Mistral, nous allons poursuivre cette mission avec le soutien et les ressources d’un leader mondial de l’IA. »
1,4 milliard de dollars en Suède pour ancrer l’infrastructure IA en Europe
Quelques jours avant l’acquisition de Koyeb, Mistral annonçait un investissement de 1,4 milliard de dollars dans des centres de données en Suède. Un choix géographique structurant : les pays nordiques offrent une énergie abondante et bon marché, des conditions climatiques favorables au refroidissement des serveurs, et un cadre réglementaire aligné sur les exigences du RGPD. Pour les entreprises et institutions européennes soumises à des obligations strictes de localisation des données, cette infrastructure constitue une garantie concrète que les offres des hyperscalers américains ne peuvent pas fournir par défaut.
L’enjeu dépasse la simple diversification géographique. En contrôlant ses propres centres de données, Mistral s’affranchit de la dépendance aux conditions tarifaires d’AWS, Azure ou Google Cloud, et sécurise ses coûts d’inférence à mesure que ses volumes augmentent. La société vise 1 milliard de dollars de revenus en 2026, contre un rythme annuel actuel d’environ 400 millions de dollars — une trajectoire qui rend la maîtrise des coûts d’infrastructure décisive pour atteindre la rentabilité.
Intégration verticale, un positionnement inédit en Europe
Avec près de 2,8 milliards d’euros levés en moins de trois ans, Mistral construit méthodiquement une pile complète : modèles de langage, plateforme d’inférence, environnements d’exécution et désormais infrastructure physique. Ce modèle d’intégration verticale, jusqu’ici l’apanage des hyperscalers américains, change la nature de la proposition de valeur adressée aux grands comptes européens. Là où un déploiement sur Azure ou AWS implique une dépendance structurelle à des fournisseurs soumis au Cloud Act américain, Mistral peut désormais proposer une chaîne entièrement localisée sur le sol européen.
Pour les DSI et RSSI, cette évolution ouvre des perspectives concrètes : des contrats de service incluant des garanties de résidence des données, des niveaux de performance maîtrisés de bout en bout, et une interlocution unique couvrant le modèle, le runtime et l’infrastructure. C’est précisément ce type d’offre que les secteurs les plus régulés — banque, assurance, santé, défense — attendent pour franchir le pas vers des déploiements IA en production à grande échelle.
Avec ces annonces, Mistral n’est plus seulement un fournisseur de modèles de langage. L’entreprise construit une infrastructure critique, et les effets sur le marché européen du cloud IA deviendront mesurables dès que les centres de données suédois entreront en service et que l’intégration de Koyeb sera opérationnelle.























