Avec l'OPA d'Atos, Bull va mettre un terme à une longue vie mouvementée. Retour sur presque un siècle d'innovations, de fusions, de mésaventures, de nationalisation, de privatisations, de fonds d'Etat, et de troubles parfois louches, d'un groupe qui est passé par la gloire, les chutes, les rebonds, et une histoire d'amour et de haine avec la France et les Français (et leurs portefeuilles !).


Bull est créée en 1921. La société prend le nom de son fondateur Norvégien, Fredrik Rosing Bull. Elle fabrique des machines de mécanographie, basées sur son brevet de « trieuse-enregistreuse-additioneuse combinée à cartes perforées », et concurrentes des machines d'International Business Machines (IBM). Son fondateur décède en 1925. A l'époque, la technologie était aux machines à calculer numériques mécaniques (entendez par là 'à nombres' et non pas digitales !), aux imprimantes à chiffres et à roues, aux tabulatrices et aux trieuses.

En 1931, un syndicat d'utilisateurs basé à Paris reprend la production. Déjà la société a failli devenir américaine, avec l'intérêt affiché que lui porte une certaine Remington Rand. Il faudra attendre 1934 pour qu'elle commence à gagner de l'argent. Une start-up avant l'heure, en quelque sorte. Elle s'appelle alors et jusqu'en 1962 la Compagnie des Machines Bull.

La Machine à Statistique de Frederik Rosing Bull

Bull, GE, Honeywell, CII...

En 1962, après un interminable procès sur la création de la carte perforée qui l'oppose à IBM, Bull est écrasé par ce dernier. L'Etat français accorde au groupe sa recapitalisation par des emprunts. En 1964, General Electric entre au capital, et devient majoritaire en 1967 dans Bull-General Electric, avant de céder sa place à l'américain Honeywell en 1970. Honeywell Bull est alors le second fabricant d'ordinateurs derrières IBM.

En 1975, le gouvernement français hésitant finit par donner son feu vert au rapprochement d'Honeywell avec la CII via le consortium informatique européen Unidata. Figurent dans ce dernier des acteurs comme Siemens, Philips, Thomson, etc. Les investissements dans la R&D, en partie financés par l'Etat, sont forts, et aboutissent en 1977 à la création du DPS. CII-Honeywell-Bull affiche alors une part de marché des ventes d'ordinateurs en Europe de 13,2 %.

La nationalisation et l'échec Zenith

Le groupe est instable, ses actionnaires suivent des stratégies divergentes... Bull est nationalisée en 1982. Dans le même temps, le groupe profite de l'engouement pour Unix et l'informatique distribuée. Mais Bull commet l'erreur de ne pas suffisamment s'intéresser au microprocesseur. Et surtout dès 1990, IBM et DEC se lancent dans une guerre autour d'Unix, qui va entrainer une chute des prix sur un marché très concurrentiel.

Une partie des dotations en capital de l'Etat, jusqu'à 1 milliard de francs, ont été détournées pour racheter HIS (Honeywell). Bull n'en finit pas d'accumuler des casseroles ! Ainsi en est-il de la très chère l'expérience Zenith Data Systems, le second fabricant mondial d'ordinateurs personnels, racheté en 1986. C'est est un échec. Et sur un marché qui bouge très rapidement, ZDS est en panne d'innovation. La filiale est revendue cinq ans après à Packard-Bell. Bull recentre alors ses activités sur le serveur. L'image technique du groupe n'est pas mauvaise, mais sa stratégie de marques et ses errements sèment le trouble. C'est sa réputation qui est entachée... mais moins que ses comptes ! Le groupe va accumuler jusqu'à 18,4 milliards de francs de déficit au cours de cette période mouvementée, que nous allons en partie éponger avec nos impôts !

La re-privatisation de Bull... jusqu'à l'OPA d'Atos !

La période de troubles va prendre fin au milieu des années 90, à la suite d'un rapport cinglant de la Cours des comptes, du constat du coût exhorbitant de Bull dans les finances françaises, et avec le départ de Francis Lorentz en 1992. Lui succède principalement Jean-Maris Descarpentries. La privatisation est en cours. Un nouveau socle d'actionnaires réunit France Télécom et le japonais NEC. En 2000, Bull cède ses cartes à puce à Shlumberger, qui devient Axalto, fusionne avec Gemplus, aujourd'hui Gemalto. L'Etat lâche ses dernières actions Bull en 2004. De la grande époque d'un Bull conquérant, demeurent les activités de supercalculateurs, des serveurs, et un véritable savir-faire dans la cybersécurité. Et un marché français captif des adminitrations, de la recherche et du militaire.

L'année 2014 devrait se terminer avec l'OPA de Atos sur Bull (lire notre article « OPA amicale d'Atos sur Bull »). La marque subsistera, mais ne sera plus qu'une des divisions de la SSII, en charge du big data et de la cybersécurité.