L'annonce des deux rivaux est emblématique de la problématique du Cloud Computing : l'absence d'interopérabilité des clouds propriétaires... Et face à Amazon, la communication entre les clouds IBM et Microsoft est une question de survie. Mais exécuter l'un sur l'autre est-ce vraiment l'interopérabilité ?

Nous assistons régulièrement à des revers de l'histoire de l'informatique. Depuis l'invention du PC – rappelons que l'histoire de Microsoft a réellement démarré avec l'adoption par IBM sur son Personal Computer de l'OS de la très jeune société créée par Bill Gates avec l'appui financier de son papa banquier – IBM et Microsoft ne peuvent se voir ! Rivaux féroces, mais qui savent mettre de l'eau dans leur vin lorsque leur intérêt est en jeu...

Et justement, la période est à la réconciliation, ou tout du moins au mariage forcé de leurs technologies. Le Cloud Computing est une porte ouverte à l'innovation et à l'invention de nouveaux modèles de consommation de l'informatique. Et là, peu importe que l'on s'appelle IBM ou Microsoft, le client achète un service et un prix. Certains acteurs du marché l'ont compris, VMware qui tente de s'approprier le contrôle de la couche de virtualisation (et c'est bien engagé!), ou plus encore Amazon qui brille au firmament des nuages, privés et/ou hybrides.

Deux ennemis unissent leurs enfants

Face à cette concurrence qui ne cesse de les empêcher de tourner en rond, au sens propre comme au figuré, les ennemis d'hier ont décidé de faire alliance. Et de se rendre interopérables en faisant tourner les technologies de l'un chez l'autre, et vice-versa. Concrètement :

  • le middleware d'IBM - serveur d'applications WebSphere, bus de messagerie WebSphere MQ et base de données DB2 - sera disponible sur le cloud Azure de Microsoft ;
  • Windows Server et SQL Server de Microsoft seront offerts dans le cadre des servies d'infrastructure du cloud IBM, et Microsoft .NET s'exécutera sur la plateforme de services IBM Bluemix ;
  • coté machines virtuelles, les VM basées sur l'hyperviseur Hyper-V de Windows Server s'exécuteront sur Cloud d'IBM, et Application Service Pure, les containers applicatifs d'IBM, seront disponibles sur Windows Azure.

Pour concrétiser leur accord, les deux sociétés ont prévu de respecter les licences pré-existantes liées à l'usage de logiciels de son concurrent. Il sera même possible d'acheter des licences de logiciels middleware d'IBM sur Azure, sur un modèle pay-per-use.

Alliance de raison et front commun

Deux choses rendent possible cette alliance : la présence d'un ennemi commun, Amazon, voilà qui aide bien à se rapprocher ; une taille proche, qui fait qu'à ce jour aucun ne peut se proclamer gagnant, ce qui a dû faciliter la négociation.

Rappelons que si aucun des deux ne publie les chiffres précis de son activité cloud – d'une part ils doivent faire l'objet d'une consolidation entre infrastructure, logiciels, services, etc., d'autre part cela démontre que tout reste à faire en matière de cloud computing – le consensus des analystes est identique pour le chiffre d'affaires cloud d'IBM et de Microsoft, avec chacun 4,4 milliards de dollars, soit encore une 'grosse' goutte d'eau dans leur business.

Et tout deux cherchent à jouer une carte gagnante, avec pour Microsoft l'accès à la plateforme Bluemix et donc aux grands clients d'IBM, et pour ce dernier une sérieuse tentative de séduction vers la riche communauté .NET invitée à rejoindre sa plateforme.

On enterre la hache de guerre, on marie les enfants, et on partage les bénéfices, tout le monde doit y gagner. A la condition de rester dans l'écosystème de l'un ou l'autre... Car exécuter les outils de l'un sur la plateforme de l'autre ne résout pas la question des architectures propriétaires et fermées. Un cloud Azure ne communiquera qu'avec un cloud Azure, Un cloud IBM n'échangera qu'avec un cloud IBM. Un cloud VMware avec VMware Et Amazon restera Amazon, à savoir un cloud public ouvert à tous et moins cher que ses concurrents...

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