Le marché mondial des semi-conducteurs a atteint 88,8 milliards de dollars en février 2026, soit une progression de 61,8 % sur un an selon les statistiques publiées par la Semiconductor Industry Association (SIA) sur la base des données du WSTS, l'organisme de référence de l'industrie mondiale. Une croissance de cette amplitude, soutenue sur plusieurs trimestres consécutifs, traduit l'ampleur du cycle d'investissement en infrastructure pour l’inférence et l’entraînement.
Le marché des semi-conducteurs a traversé un cycle brutal entre 2022 et 2024, marqué par une surchauffe postpandémique suivie d'une correction sévère qui avait conduit plusieurs fabricants à réduire leurs capacités de production. La reprise amorcée en 2025 s'est poursuivie en s'accélérant. En février 2026, la progression mensuelle atteint 7,6 % par rapport à janvier, et la moyenne mobile sur trois mois ressort à 14,8 %, ce qui indique que la dynamique traduit une tendance de fond dans les commandes et les livraisons, et non un effet ponctuel.
La demande liée à l'IA en est le principal moteur. Les infrastructures de calcul pour l'entraînement et l'inférence des grands modèles de langage consomment des volumes de puces sans précédent, des processeurs graphiques (GPU) pour l'entraînement aux accélérateurs spécialisés pour l'inférence en passant par les mémoires à haute bande passante pour les serveurs IA. Les grands opérateurs de cloud (hyperscalers) et les fournisseurs de cloud souverain investissent simultanément dans cette course, ce qui explique l'amplitude de la reprise. John Neuffer, président et CEO de la SIA, anticipe des ventes annuelles mondiales d'environ 1 000 milliards de dollars en 2026, portées par une demande qu'il juge appelée à rester soutenue sur le reste de l'année.
Les Amériques et l'Asie-Pacifique tirent la croissance annuelle
La géographie de la croissance est instructive. Les Amériques enregistrent une hausse de 59,2 % sur un an, portées par la concentration des hyperscalers et des fabricants de puces sur le sol américain ou dans leur orbite directe. La région Asie-Pacifique hors Chine et Japon affiche la progression la plus marquée, à 93,5 % sur un an, reflet de la montée en puissance des sites de fabrication en Corée du Sud, à Taïwan et dans les pays d'Asie du Sud-Est, qui bénéficient des politiques de diversification des chaînes d'approvisionnement engagées depuis 2022.
La Chine progresse de 57,4 % sur un an, à 23,63 milliards de dollars, conservant sa position de deuxième marché mondial. Cette croissance intervient malgré les restrictions à l'exportation imposées par les États-Unis sur les puces avancées et les équipements de lithographie. Le marché chinois absorbe des volumes considérables de composants matures, et ses propres capacités de fabrication progressent sur ce segment. Le Japon est le seul marché en léger recul sur un an, à 0,3 %, reflet des difficultés structurelles de son industrie électronique grand public.
L'Europe à 5,70 milliards de dollars, progression réelle, mais poids relatif
L'Europe enregistre une hausse de 42,3 % sur un an, à 5,70 milliards de dollars. La progression est réelle, mais le poids relatif de la région dans le marché mondial reste inférieur à 7 %. C'est précisément l'écart que le European Chips Act cherche à corriger, avec pour objectif de porter la part de l'Europe dans la production mondiale à 20 % d'ici 2030. Les données de février 2026 illustrent l'ampleur du chemin restant à parcourir.
Pour les DSI et les directeurs des achats des grandes organisations européennes, cette dynamique a des implications concrètes. La tension sur les composants avancés, en particulier les accélérateurs IA et les puces mémoire haute performance, reste une réalité opérationnelle. Les délais d'approvisionnement pour les serveurs équipés de GPU de dernière génération s'étendent sur plusieurs trimestres dans certains segments. Les organisations qui n'ont pas anticipé leurs besoins en infrastructure de calcul pour 2026-2027 se trouvent en position de négociation dégradée face à des fournisseurs dont les carnets de commandes sont saturés.
Une Europe qui représente moins de 7 % du marché mondial des semi-conducteurs reste dépendante des chaînes d'approvisionnement américaines et asiatiques pour ses infrastructures critiques, y compris celles qui supportent les systèmes d'information des opérateurs d'importance vitale. Le rachat de Bull par l'État français et les ambitions affichées sur la filière semi-conducteurs européenne trouvent leur mesure exacte dans les statistiques WSTS de février 2026.























