La 3e édition du Baromètre OpinionWay pour Kelio sur l’IA dans les RH décrit une dynamique en deux temps : une adoption qui progresse, et une résistance qui ne recule pas au même rythme. L’étude, dont les données sont issues d’un double panel de 306 responsables RH et de 1 071 actifs, dessine un marché qui n’a pas basculé dans l’adhésion, et où la méfiance reste la posture dominante, y compris chez ceux qui utilisent déjà l’IA au quotidien.
L’étude a été conduite entre février et mars 2026, par entretiens téléphoniques auprès des professionnels RH et par questionnaire en ligne auprès du panel grand public. La méthodologie des quotas garantit la représentativité selon le secteur d’activité, la taille d’entreprise et la région d’implantation. Les marges d’incertitude sont de 2,5 à 5,7 points pour l’échantillon de 306 RH, et de 1,4 à 3,1 points pour le panel de 1 071 personnes, des marges à intégrer dans la lecture des évolutions d’une année sur l’autre quand elles sont inférieures à ces seuils.
Le chiffre le plus significatif n’est pas celui de l’adoption, mais celui de son rythme. L’usage quotidien de l’IA chez les professionnels RH a bondi de 9 % en 2024 à 28 % en 2025, soit une progression de 19 points. Entre 2025 et 2026, la progression n’est que de 5 points pour atteindre 33 %. L’accélération initiale s’essouffle. La part des RH réfractaires, ceux qui ne souhaitent pas utiliser l’IA, ne recule que de 2 points, à 58 %. Après deux ans de déploiement massif des outils grand public, la résistance reste structurelle.
Méfiance persistante sur la qualité de l’IA
La défiance des professionnels RH à l’égard de l’IA ne porte pas sur la technologie en général, elle porte sur ses sorties. Parmi les répondants, 53 % déclarent ne pas faire confiance à une IA pour rendre un travail de qualité. Ce chiffre est quasiment stable depuis deux ans : il était à 54 % en 2024 comme en 2025. La généralisation des outils n’a pas produit la confiance attendue dans leurs résultats.
Sur le recrutement, la défiance est plus tranchée. Parmi les responsables RH, 51 % estiment que cette mission stratégique doit rester entre les mains d’humains. Seuls 4 % accordent leur confiance à l’IA dans les procédures de recrutement, séduits, selon le baromètre, par la promesse de gains de temps. Au sein du panel grand public, la méfiance est encore plus marquée : 61 % des personnes interrogées se déclarent inquiètes à l’idée que l’IA intervienne dans les processus de sélection. Ce résultat est cohérent avec les débats publics sur les biais algorithmiques dans le recrutement et avec les obligations de l’AI Act, qui classe les systèmes d’IA utilisés dans le recrutement comme systèmes à haut risque soumis à des exigences strictes de transparence et d’auditabilité.
Comme l’indique Eric Ruty, directeur général de Kelio, « les usages concrets restent limités dans les ressources humaines. On est loin, par exemple, du fantasme des modèles capables de prédire des démissions. » Cette déclaration, faite par le dirigeant du commanditaire de l’étude, mérite d’être notée : elle tempère les attentes sur l’IA RH au moment précis où son entreprise vend des solutions dans ce domaine.
Les obstacles techniques reculent, les résistances persistent
Sur trois ans, le baromètre permet de suivre l’évolution des freins à l’adoption. Les obstacles liés à la maîtrise technique se résorbent : l’incompatibilité avec les procédures internes ne freine plus que 19 % des répondants, contre 31 % en 2025 et 38 % en 2024. Le manque de compétences ou de formations est cité par 17 % d’entre eux, contre 25 % en 2025 et 32 % en 2024. La prise en main opérationnelle progresse.
En revanche, la confidentialité et la sécurité des données personnelles demeurent la première préoccupation, stable à 39 % depuis trois ans malgré un recul de 2 points. Ce résultat est particulièrement pertinent pour les DSI : les fonctions RH traitent des données à caractère personnel en volume important, des fiches de paie, des évaluations, des données de santé, des historiques professionnels, et leur exposition à des outils IA non maîtrisés crée des risques de conformité réglementaire que le déploiement grand public de ces outils n’a pas dissipés. La résistance au changement des collaborateurs (15 %), le manque de solutions adaptées aux besoins spécifiques (13 %) et les coûts d’intégration (9 %) restent stables d’une année sur l’autre, signalant que ces obstacles ne relèvent pas de la maturité technique, mais de l’organisation et du modèle économique.
30 % craignent une perte de 50 % de leurs tâches
Le résultat le plus important du baromètre pour les directions générales est l’écart de perception entre les professionnels RH et les actifs en poste sur l’impact de l’IA sur leur propre emploi. Parmi les responsables RH, 78 % se sentent protégés par l’IA, qui fera évoluer leurs missions sans risque majeur pour la plupart. Dans le panel grand public, ce sentiment de protection tombe à 58 %, et 42 % des actifs en poste se sentent menacés par l’IA à long terme.
L’écart n’est pas seulement quantitatif, il est qualitatif. Parmi les actifs en poste, 30 % craignent une perte de près de la moitié de leurs tâches, contre 15 % des professionnels RH. La crainte d’une automatisation quasi totale du poste est exprimée par 12 % des actifs, contre 7 % des RH. Cette asymétrie de perception entre ceux qui déploient les outils et ceux qui subissent leurs effets représente un risque social concret pour les organisations. Les responsables RH, qui se sentent relativement protégés, sont précisément chargés d’accompagner des populations qui ne partagent pas cette sérénité, et ce décalage peut fragiliser la conduite du changement dans les déploiements IA.























