Six semaines après le lancement de son programme publicitaire aux États-Unis, OpenAI annonce avoir dépassé le seuil de 100 millions de dollars de revenus annualisés projetés. Une prévision suffisamment significative pour révéler l’ampleur du pari que l’entreprise de Sam Altman a pris. Le modèle économique de l’IA générative grand public entre dans une nouvelle phase, avec des implications que les directions informatiques et les responsables sécurité ne peuvent ignorer.
OpenAI a annoncé en janvier 2026 son intention de diffuser des publicités dans ChatGPT auprès d’une partie de ses utilisateurs américains. L’objectif était de générer des revenus supplémentaires pour financer les coûts considérables du développement de l’IA. Le programme a d’abord ciblé les utilisateurs du niveau gratuit et les abonnés au forfait Go, le plan d’entrée de gamme de la société. Moins de deux mois après ce lancement, OpenAI communique sur un taux de revenus annualisés qui franchit la barre symbolique des 100 millions de dollars. Ce chiffre, produit par extrapolation des résultats des six premières semaines, est à lire comme un indicateur de tendance plutôt que comme un objectif.
La configuration actuelle du programme publicitaire révèle une stratégie d’expansion progressive et maîtrisée. Environ 85 % des utilisateurs gratuits et Go aux États-Unis sont techniquement éligibles à la réception de publicités, mais moins de 20 % en voient effectivement au quotidien. OpenAI a précisé que les utilisateurs de moins de 18 ans sont exclus du dispositif, que les publicités n’apparaissent pas à proximité de certains sujets sensibles, comme la santé, la santé mentale ou la politique, et que les conversations des utilisateurs ne sont pas transmises aux annonceurs.
La confiance des utilisateurs, la variable d’un pari risqué
La société revendique désormais plus de 600 annonceurs actifs, avec près de 80 % des petites et moyennes entreprises sondées exprimant un intérêt pour les publicités dans ChatGPT. Le lancement d’une interface en libre-service pour les annonceurs est prévu en avril, ce qui devrait accélérer significativement la croissance du champ publicitaire. OpenAI indique par ailleurs que moins de 7 % des publicités sont évaluées comme peu pertinentes par les utilisateurs, et que les taux de rejet restent faibles selon ses propres métriques.
OpenAI affirme ne constater aucun impact négatif sur ses indicateurs de confiance des utilisateurs depuis le déploiement du programme. Cette affirmation mérite d’être lue avec précaution. Les métriques de confiance à court terme, mesurées en semaines, ne capturent pas les effets de désaffection progressive qui s’installent sur des temps plus longs. Par ailleurs, la question de savoir si l’introduction de la publicité dans un outil de travail intellectuel modifie durablement la perception qu’en ont les utilisateurs professionnels reste entière.
La réaction d’Anthropic est, sur ce point, révélatrice. La société fondatrice de Claude a choisi de faire du virage publicitaire d’OpenAI le sujet central de sa première campagne diffusée lors du Super Bowl 2026, affirmant explicitement que ses propres produits resteraient sans publicité. Ce positionnement concurrentiel place la question de la monétisation par la publicité au cœur du débat sur la confiance dans les assistants IA, un enjeu qui concerne directement les DSI qui déploient ces outils en entreprise.
Une expansion internationale programmée
OpenAI prévoit d’étendre le programme publicitaire à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande et au Canada dans les prochaines semaines. La France et le marché européen n’ont pas été mentionnés dans les communications de la société, mais l’extension internationale est clairement un objectif. Pour les organisations européennes, cette trajectoire soulève une question réglementaire que les délégués à la protection des données devront instruire. Le modèle publicitaire de ChatGPT repose sur la personnalisation de la pertinence des annonces, un mécanisme qui devra démontrer sa compatibilité avec les exigences du RGPD avant tout déploiement à grande échelle sur le territoire européen.
Enfin, OpenAI vient de mettre un nom et un visage sur sa stratégie publicitaire, en engageant David Dugan, ancien cadre dirigeant de la régie publicitaire de Meta. Il a été nommé cette semaine à la tête de l’équipe dédiée aux solutions publicitaires mondiales d’OpenAI. Ce recrutement signale une professionnalisation rapide du dispositif et une ambition qui dépasse largement le stade expérimental.























