La réindustrialisation, la sécurisation énergétique et l’appropriation de l’intelligence artificielle structurent désormais l’agenda économique français. Dans cet environnement marqué par l’intensification des priorités souveraines et des exigences de cybersécurité, la capacité de financement public devient un levier stratégique. Bpifrance publie un bilan 2025 à 72 milliards d’euros mobilisés, contre 60 milliards en 2024.

Le niveau atteint traduit une allocation massive de capitaux vers l’industrie, la transition écologique, la deeptech et l’IA. Cette orientation intervient alors que les entreprises arbitrent entre modernisation de leurs outils de production, sécurisation de leurs chaînes d’approvisionnement et investissements numériques. La banque publique agit comme un instrument d’orientation sectorielle du capital, en absorbant une part du risque et en structurant des financements sur des segments technologiques sensibles.

La création de valeur atteint 1,3 milliard d’euros en 2025, dont 0,9 milliard de plus-values de cessions et 0,5 milliard de résultat net. Les fonds propres s’établissent à 30 milliards d’euros, en hausse de 7 %. « Avec 72 milliards d’euros injectés dans l’économie, 2025 est une année record pour le déploiement de notre action en faveur des entreprises », indique Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. « Nos priorités stratégiques renforcent aujourd’hui la souveraineté des entreprises françaises », ajoute-t-il.

21 milliards d’euros de crédits d’investissement

L’activité de financement totalise près de 21 milliards d’euros injectés dans les entreprises. Les crédits à moyen et long terme atteignent 10,1 milliards d’euros et les crédits court terme 10,7 milliards d’euros, soit une progression globale de 6,3 % des crédits octroyés. Environ 8 800 entreprises ont bénéficié de financements structurants et près de 7 500 de dispositifs court terme, qui fluidifient la trésorerie et sécurisent l’exécution des contrats.

Les prêts avec garantie représentent 5,8 milliards d’euros, portés notamment par près de 2 milliards d’euros déployés au bénéfice des acteurs des énergies renouvelables et de l’environnement. L’activité de crédits structurés corporate atteint environ 250 millions d’euros en neuf mois, orientés vers des projets d’équipement et des financements immatériels. Ces volumes soutiennent des trajectoires d’industrialisation et de transformation numérique, souvent associées à des investissements logiciels, à des systèmes d’information et à des dispositifs de conformité.

32,6 milliards d’euros mobilisés à l’export

L’activité export atteint 32,6 milliards d’euros en 2025, en hausse de 48 % par rapport à 2024. L’assurance-crédit représente 29 milliards d’euros garantis, soit une progression de 54 %. Plus de 1 500 entreprises ont été accompagnées dans leurs projets internationaux. Ces montants couvrent des opérations d’infrastructure et d’énergie d’envergure, notamment le projet nucléaire britannique Sizewell C, soutenu par une garantie de plusieurs milliards d’euros.

La garantie publique facilite la mobilisation de consortiums bancaires et sécurise les filières exportatrices dans l’aéronautique, l’énergie, les infrastructures et les technologies. Elle contribue à stabiliser les carnets de commandes et à soutenir les sous-traitants, dans un contexte de volatilité monétaire et de concurrence internationale accrue.

2,5 milliards d’euros investis en capital développement

L’investissement direct en capital développement atteint 2,5 milliards d’euros dans 168 PME, ETI et grandes entreprises. Les cessions totalisent 3,2 milliards d’euros sur 127 opérations, traduisant une rotation active du portefeuille et une capacité de recyclage du capital. Les secteurs de la santé, du logiciel, de l’IA, de la défense et du climat concentrent une part significative des engagements.

Sur l’intelligence artificielle, 240 millions d’euros ont été investis en direct dans neuf sociétés en 2025. Des montants supplémentaires ont été engagés via les fonds partenaires sur des thématiques IA. La création d’une coentreprise associant MGX, Bpifrance, Mistral AI et Nvidia pour développer un campus d’IA en France illustre la volonté de structurer une capacité industrielle sur les infrastructures et les usages de l’IA.

3,4 milliards d’euros pour l’innovation et la deeptech

Le financement de l’innovation s’établit à 3,4 milliards d’euros déployés auprès d’environ 4 900 entreprises. La baisse des dispositifs sectoriels dirigés s’accompagne d’une progression des prêts aux entreprises innovantes, en hausse de 43 % pour atteindre 0,6 milliard d’euros. Cette évolution privilégie les phases d’industrialisation et de lancement commercial.

Environ 1,5 milliard d’euros ont été consacrés à la deeptech, au bénéfice de plus de 1 000 startups. Bpifrance indique qu’une startup deeptech française sur six a été accompagnée en 2025. Ces investissements renforcent les capacités nationales dans des domaines à forte intensité technologique, où les enjeux de souveraineté et de sécurité se traduisent par la maîtrise de la propriété intellectuelle, des infrastructures numériques et des chaînes d’approvisionnement critiques.

Les 72 milliards d’euros mobilisés en 2025 confirment une trajectoire d’alignement entre financement public et priorités industrielles. Les volumes engagés dans le crédit, l’export, le capital développement et l’innovation structurent un environnement financier plus prévisible pour les industriels et les entreprises technologiques engagées dans des projets à forte intensité capitalistique et technologique.

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