Avec quarante-trois sites en France, seize centres de données répartis sur le territoire, un pôle cybersécurité de plus de cent vingt experts et une plateforme de distribution indirecte en forte croissance, le groupe Inherent revendique un modèle de proximité et de services managés qui s’appuie autant sur la souveraineté que sur la convergence réseau, cloud et sécurité. Son président, Pierre-Jean Beylier, détaille pour IT Social la trajectoire industrielle du groupe, sa stratégie de consolidation et sa vision de l’IA et de la souveraineté numérique. Il faitle point sur la structuration du groupe, la place et les synergies entre Adista, Unyc, Devensys et Upperlink, ainsi que sur les enjeux de souveraineté, de cloud et d’intelligence artificielle qui traversent le marché français des services numériques.
IT Social. Comment définissez-vous aujourd’hui le groupe Inherent et la stratégie que vous poursuivez à sa tête ?
Pierre-Jean Beylier. Le groupe Inherent s’articule autour de trois éléments forts. Le premier élément est la proximité, héritée de l’ADN d’Adista. Nous disposons de quarante-trois sites en France, dont près de quarante agences pour Adista, ce qui reste singulier sur le marché. Cette proximité se traduit aussi par un réseau d’environ mille deux cents partenaires d’Unyc, répartis sur l’ensemble du territoire, et par une approche de cloud privé avec seize centres de données en France. Nous aurions pu concentrer nos infrastructures sur quelques sites en Île-de-France. Nous avons choisi au contraire de mailler le territoire, et ce maillage va encore se renforcer. Six de ces centres de données nous appartiennent en propre.
Le deuxième élément fort réside dans notre capacité à accompagner nos clients sur l’essentiel de leurs besoins de communication et de services informatiques. Nous structurons cela en quatre grands univers. D’abord la connectivité, avec les réseaux locaux et étendus. Ensuite la communication et la collaboration, qui recouvrent la téléphonie fixe, la téléphonie mobile et les suites collaboratives. Nous sommes un partenaire important de Microsoft, tout en proposant des suites souveraines comme Wimi. Vient ensuite le cloud et les services d’infrastructure informatique. Enfin, la cybersécurité constitue le quatrième univers, avec un pôle dédié en forte croissance.
Comment cette organisation se traduit-elle dans la structuration d’Inherent, entre Adista, Unyc et les entités spécialisées ?
Nous avons deux grands canaux commerciaux. Adista couvre la vente directe, avec des clients plus importants, des grosses PME, des ETI et de plus en plus des grands comptes qui recherchent davantage de qualité de service et d’agilité. Unyc adresse le marché de manière indirecte via nos mille deux cents partenaires, en ciblant des TPE, des PME et des petites collectivités. À cette base, nous avons ajouté deux unités d’expertise ces dernières années. Devensys, qui apporte des compétences pointues en cybersécurité, et Upperlink, qui concentre nos expertises autour de l’écosystème Microsoft, de la donnée, de la BI et de l’IA. Devensys travaille en direct sur une base historique de grands comptes et devient, sur le segment mid-market, un fournisseur privilégié d’Adista. Adista reste l’interlocuteur unique des clients, dans une logique de guichet unique, et mobilise les experts Devensys, les experts cloud, les experts téléphonie ou les consultants Upperlink en fonction des besoins. Ce modèle incarne efficacement notre principe de « one Inherent ».
À votre arrivée, il était question de doubler le chiffre d’affaires à l’horizon 2026. Estimez-vous avoir atteint une cohérence industrielle satisfaisante pour tenir ce cap. Qu’est-ce qui manque encore dans la mosaïque Inherent ?
En termes de compétences et d’expertise, nous avons atteint un niveau de cohérence élevé. Nous gagnons des contrats en cybersécurité face à des spécialistes, nous gagnons des dossiers cloud face à des acteurs positionnés uniquement sur ce segment, et nous restons très solides sur les télécommunications et la téléphonie. Ma vision des acquisitions est simple. Nous rachetons une société lorsque nous sommes convaincus qu’ensemble nous remporterons des affaires qu’aucune des entités n’aurait pu gagner seule. C’est exactement ce qui s’est produit, par exemple, lorsque nous avons remporté un important lot cybersécurité dans le cadre d’une centrale d’achat du service public. Adista seule ne l’aurait pas obtenu, D26 seule non plus. C’est la combinaison des expertises qui nous a rendus crédibles.
Certains concurrents se positionnent plus fortement sur les usages métiers. Qu’est-ce qui, selon vous, incite un client à choisir Inherent plutôt qu’un autre acteur ?
Nous sommes une société de services. Nos clients attendent du service managé et un modèle d’abonnement. Environ quatre-vingt-dix pour cent de notre chiffre d’affaires relève de revenus récurrents, sous forme d’abonnements pour des services managés. Sur les métiers, nous avons pris le virage de la verticalisation depuis plusieurs années. Nous disposons d’équipes dédiées au service public, à la santé, au commerce de détail, aux professions réglementées et à d’autres segments. Nous sommes certifiés hébergeur de données de santé sur dix centres de données en France. Nous venons de franchir une étape supplémentaire avec la qualification SectNumCloud, qui consolide notre position en matière de souveraineté et de sécurité. Dans le retail, notre savoir-faire en déploiement de réseaux multisites de grande ampleur nous a permis de remporter un appel d’offres majeur pour connecter plusieurs milliers de magasins en quelques dizaines de mois, avec fibre, SD-WAN et fonctions de sécurité avancées. Ces verticales nous donnent une compréhension fine des contraintes métier de nos clients.
Le marché européen des services est engagé dans un mouvement de consolidation et de constitution d’écosystèmes souverains. Où se situe Inherent dans cette dynamique ?
Nous sommes l’un des acteurs de cette consolidation. Nous rachetons chaque année des sociétés, soit pour renforcer des expertises, soit pour densifier notre couverture géographique. Malgré notre réseau d’agences, il reste des zones où nous ne sommes pas présents. Certaines grandes villes ne disposent pas encore d’agence Inherent. Notre stratégie repose sur une accélération de la croissance organique, en s’appuyant sur la combinaison de nos expertises et de notre proximité terrain, et sur une croissance externe ciblée qui vient renforcer ce socle. Les opportunités de consolidation sont nombreuses sur le marché français et je pense que l’année 2026 sera particulièrement dynamique.
En matière de souveraineté et vous insistez sur la localisation des infrastructures et des équipes. Comment cette souveraineté se manifeste-t-elle concrètement dans vos offres et dans les demandes de vos clients ?
Pierre-Jean Beylier. Inherent est souverain par conception. Notre actionnariat est français et l’immense majorité de nos quatorze cents collaborateurs travaille en France. Nos centres de données sont situés sur le territoire. Dans les cas où les meilleures solutions ne sont pas souveraines, je pense par exemple à Microsoft qui domine les suites collaboratives, nous proposons des alternatives françaises comme Wimi. Nous essayons de proposer des options souveraines chaque fois que cela a du sens. Dans le secteur public, la sensibilité à la souveraineté devient plus marquée, de même chez les opérateurs d’importance vitale et dans certains secteurs particulièrement exposés aux enjeux de sécurité et d’espionnage. Cependant, la souveraineté se heurte à la contrainte budgétaire. Dans la conjoncture actuelle, avec des perspectives de croissance faibles et une pression fiscale accrue sur les entreprises, le coût reste un critère déterminant. Les solutions non souveraines peuvent parfois présenter un coût global de possession plus favorable. Notre responsabilité consiste à proposer la meilleure solution possible en fonction des besoins et du contexte. Lorsque nous pouvons faire du souverain, nous le faisons, mais ce n’est pas encore la majorité des cas. Nous sommes au début d’une vague de fond qui se renforce progressivement.
Vous évoquez Atlas comme une plateforme clé pour l’indirect. Peut-on dire qu’elle est appelée à devenir le vaisseau amiral du groupe Inherent, à l’image de ce que font certaines grandes plateformes logicielles ?
Atlas occupe clairement une place stratégique. Toutefois, je ne dirais pas que la plateforme devient à elle seule le vaisseau amiral. Nous sommes engagés dans un investissement important sur l’ensemble de notre système d’information, avec un objectif d’avantage concurrentiel global. Certaines briques d’Atlas alimentent la vente directe, et certains éléments issus de la vente directe enrichissent Atlas. Nous cherchons à tirer le meilleur de chaque monde pour bâtir une plateforme unifiée. Sur l’automatisation et la relation numérique avec les clients de nos partenaires, Atlas est en avance et nous en inspirera pour la vente directe. Les retours des revendeurs confirment que la plateforme se situe aujourd’hui au meilleur niveau du marché, même si cela doit toujours être complété par la qualité de service, le dynamisme et la créativité des équipes.
Où en êtes-vous de vos travaux autour de l’intelligence artificielle, à la fois pour vos opérations internes et pour vos clients ?
En interne, nous avons défini il y a un peu plus d’un an une quinzaine de cas d’usage pour démarrer. L’IA intervient de manière évidente dans le run et le support technique, mais nous l’exploitons aussi dans des fonctions comme le marketing, avec des outils comme Gemini pour accélérer la production de contenu, ou dans des outils métiers comme ServiceNow, dont nous utilisons les fonctionnalités d’IA. Nous développons également nos propres agents, en nous appuyant sur le savoir-faire d’Upperlink pour concevoir des agents IA pour nos clients et pour nous-mêmes. Nous proposons GPU as a service dans nos centres de données, et nous réfléchissons à aller plus loin que la seule dimension infrastructure. L’objectif est de construire des solutions autour de cas d’usage bien identifiés. Nous avons lancé une réflexion stratégique avec des consultants spécialisés pour définir ce que devra être l’offre Inherent en matière d’IA pour ses clients d’ici deux ou trois ans.
Pour conclure, comment voyez-vous l’évolution du marché des services numériques dans les prochaines années ?
Pierre-Jean Beylier. Je m’attends à un marché sensiblement plus consolidé. Les clients auront besoin d’acteurs capables d’accompagner l’ensemble de leurs problématiques. Il devient difficile de parler réseau sans parler cybersécurité, ou cloud sans parler à la fois réseau et sécurité. La convergence des sujets est de plus en plus marquée. Les acteurs qui disposent de compétences fortes sur ces différents domaines seront mieux positionnés. La cybersécurité va continuer à prendre de l’importance, et l’IA jouera un rôle des deux côtés, pour les attaquants comme pour les défenseurs. Le réseau, souvent perçu comme une commodité, redeviendra central, car l’IA et le cloud exigent des capacités de transport plus importantes et plus résilientes.
Je pense aussi que le modèle évoluera vers un cloud hybride mieux pensé. Nous verrons moins de stratégies extrêmes où tout est placé dans le cloud public, avec un risque d’enfermement et de coûts élevés, ou tout est conservé sur site avec des difficultés croissantes en matière de cybersécurité. Nous travaillerons davantage avec les clients pour positionner chaque type d’infrastructure et chaque jeu de données là où cela a le plus de sens. De notre côté, nous continuerons à grandir pour devenir une référence du numérique en France. Notre objectif reste d’atteindre cinq cents millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2027, puis de viser un cap plus ambitieux encore, avec la taille critique nécessaire pour investir, conquérir de nouveaux marchés et intégrer de nouvelles entreprises.























