Le CEA-Leti et Soitec renforcent leur partenariat historique avec l’inauguration d’une zone de collaboration dédiée au sein des salles blanches grenobloises. Cette organisation intégrée vise à accélérer la maturation industrielle de technologies clés comme le FD-SOI. Elle traduit une stratégie plus large de consolidation des compétences françaises dans les semiconducteurs, au service de l’autonomie industrielle et de la souveraineté technologique.
Le rapprochement entre le CEA-Leti et Soitec donne une nouvelle configuration à une coopération qui remonte à la création de Soitec à partir de travaux issus du CEA-Leti dans les années 1990. Cette zone commune, équipée de matériels et d’équipes en permanence alloués à des travaux conjoints, vise à réduire les délais de maturation des innovations en microélectronique, notamment sur des segments considérés comme différenciants pour l’industrie européenne des semiconducteurs. L’annonce intervient dans un contexte de renforcement des circuits de production stratégique en France et en Europe, où la maîtrise des technologies de substrats et d’intégration de composants devient un levier central de compétitivité et de sécurité.
L’initiative s’inscrit dans une dynamique de consolidation des liens entre recherche publique et industrie privée qui porte des ambitions de souveraineté technologique. Le choix d’implanter une zone dédiée traduit la volonté de structurer des projets de R&D de bout en bout, en rapprochant physiquement les ressources humaines, les outils et les calendriers des deux entités. Cette organisation s’appuie sur des réalisations antérieures, telles que la maturation du carbure de silicium (SiC) qui a contribué à la mise en service de l’usine SmartSiC, tout en s’ouvrant à des technologies émergentes, comme le nitrure de gallium (GaN) et le phosphure d’indium (InP).
Un modèle d’accélération pour la microélectronique
Les ateliers partagés et la structuration des flux de travaux au sein de cette zone dédiée donnent la priorité aux projets à fort enjeu industriel, en particulier ceux susceptibles d’alimenter des applications critiques, tels que l’électronique automobile, les communications et les systèmes critiques de défense. En fédérant des équipes mixtes autour d’une gouvernance commune des projets, le CEA-Leti et Soitec cherchent à réduire les ruptures entre phases exploratoires et phases de démonstration industrielle, ce qui constitue un point de friction récurrent dans les parcours d’innovation en microélectronique.
Au-delà de la simple production de composants, certaines recherches visent des propriétés technologiques spécifiques, comme des résistances accrues aux attaques physiques sur les circuits intégrés basés sur des substrats FD-SOI. Ces travaux, qui combinent expertise des matériaux et conception de puces, s’insèrent dans une logique de sécurisation des dispositifs électroniques face à des menaces croissantes, en particulier dans les systèmes embarqués et les environnements connectés. L’intégration de ces travaux dans une zone commune permet de capter plus rapidement les retours d’expérience et d’adapter les architectures dès les phases amont.
Un jalon pour la souveraineté industrielle française
L’inauguration de cette zone dédiée marque une étape importante dans la recomposition de l’écosystème microélectronique français. En consolidant des compétences critiques au sein d’une entité de collaboration rapprochée, la France renforce sa capacité à piloter des technologies structurantes sans dépendre exclusivement de plateformes étrangères. Pour les acteurs industriels, cette démarche offre un cadre plus prédictible pour l’accès à des innovations différenciantes. Pour les décideurs publics, elle alimente le projet plus large d’une industrie européenne des semiconducteurs moins fragmentée et plus résiliente face aux chocs externes.
Dans les semaines à venir, la mise en œuvre de cette zone constituera un indicateur clé de la capacité du CEA-Leti et de Soitec à transformer ce modèle de coopération en résultats concrets pour l’industrie, en termes de délais de développement, d’attrait pour les partenaires externes et de débouchés industriels mesurables.























