Naval Group prend 20 % du capital de cortAIx France et rejoint sa gouvernance aux côtés de Thales afin d’intégrer l’intelligence artificielle au cœur des systèmes navals de défense. L’opération associe plus de 800 spécialistes IA fédérés par cortAIx à l’ingénierie navale de Naval Group, avec l’ouverture d’un centre dédié, pour industrialiser des briques souveraines directement embarquées dans les architectures critiques.
Créée en 2024 par Thales, cortAIx regroupe les activités de recherche, d’ingénierie et d’industrialisation de l’intelligence artificielle appliquée aux environnements critiques. Le dispositif fédère plus de 800 experts répartis sur cinq hubs situés en France, au Royaume-Uni, au Canada, à Singapour et en Allemagne. Thales indique investir plus de 4 milliards d’euros par an en recherche et développement et avoir intégré des technologies d’IA dans une centaine de produits. Ces volumes traduisent une capacité d’industrialisation déjà éprouvée, que l’entrée de Naval Group au capital à hauteur de 20 % vise à orienter davantage vers les systèmes navals de combat.
Naval Group apporte ses équipes spécialisées dans les systèmes embarqués, notamment celles du centre d’excellence numérique d’Ollioules dans le Var, où un centre cortAIx dédié est ouvert au plus près des infrastructures du constructeur. Cette proximité géographique répond à une contrainte d’intégration forte, les systèmes de combat et de conduite de mission étant conçus selon des architectures sécurisées et segmentées. Pour Pierre Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, cette opération « marque une accélération significative pour le futur de l’ingénierie et des systèmes navals, dans laquelle l’IA joue un rôle de plus en plus important ».
800 experts IA mutualisés pour les systèmes critiques
La mutualisation annoncée repose sur l’adossement des compétences de cortAIx à l’ingénierie navale de Naval Group. Les 800 spécialistes IA couvrent les activités de modélisation, de traitement de données massives, d’industrialisation logicielle et de sécurisation des environnements critiques. Pour une DSI ou une direction des systèmes de combat, cette concentration de compétences réduit les délais de qualification et facilite la conformité aux exigences de cybersécurité propres aux systèmes embarqués de défense.
Patrice Caine, président-directeur général de Thales, affirme que cette coopération « mutualisera les expertises et accélérera l’intégration d’une IA souveraine dans les systèmes critiques ». La mention explicite d’« IA souveraine » renvoie à la maîtrise des algorithmes, des chaînes d’entraînement et des données opérationnelles sensibles. Pour les responsables sécurité, cela implique un contrôle de bout en bout des environnements d’entraînement et des outils d’industrialisation, y compris les chaînes MLOps adaptées aux contraintes classifiées.
Combat collaboratif et aide à la décision
Les premiers cas d’usage annoncés concernent le combat collaboratif et les systèmes d’aide à la décision. Le combat collaboratif vise à permettre à des opérateurs de gérer simultanément plusieurs systèmes, en s’appuyant sur l’analyse en temps réel de flux de données issus de capteurs hétérogènes. L’impact opérationnel réside dans la capacité à consolider des données stratégiques, tactiques et opérationnelles afin de réduire les temps de latence décisionnelle dans des environnements à forte contrainte.
Les systèmes d’aide à la décision reposent sur l’analyse rapide de données massives, dont la valeur dépend de la fiabilité des modèles et de la robustesse des pipelines de données. L’intégration de ces briques directement dans l’architecture des systèmes de combat, et non sous forme d’outils génériques ajoutés a posteriori, répond à une exigence de certification et de cybersécurité. Pour les directions techniques, cela signifie que les modèles sont conçus et validés dans le cadre des contraintes matérielles et logicielles propres aux navires armés.
Guerre électronique et automatisation des signaux
La guerre électronique constitue un autre domaine prioritaire. L’automatisation de l’identification des signaux, la géolocalisation des radars et la génération de rapports d’analyse de mission s’appuient sur des algorithmes capables de traiter des volumes élevés de données électromagnétiques. La réduction de la charge cognitive des opérateurs dépend directement de la précision des modèles et de leur capacité à fonctionner en environnement dégradé.
L’intégration de ces fonctions dans des systèmes critiques impose des exigences de résilience et de cybersécurité renforcées. L’adossement à cortAIx, qui regroupe les activités IA de Thales pour les environnements critiques, permet d’aligner les modèles avec les standards internes déjà déployés dans une centaine de produits. Pour les RSSI, la question centrale porte sur la maîtrise des dépendances logicielles et sur la protection des données classifiées utilisées pour l’entraînement et l’exploitation des modèles.
Entraînement simulation et logistique prédictive
L’entraînement et la simulation constituent un levier complémentaire. La génération de scénarios adaptatifs vise à optimiser la préparation opérationnelle et l’analyse post-exercice. L’usage de modèles d’IA dans ce contexte permet d’ajuster dynamiquement la complexité des scénarios en fonction des performances observées, ce qui a un impact direct sur la qualité de la formation et sur les coûts associés aux exercices réels.
La logistique et le support s’appuient quant à eux sur des règles d’analyse destinées à anticiper les besoins de maintenance et à optimiser l’allocation des ressources. Naval Group, qui a réalisé 4,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 avec près de 17 000 collaborateurs, couvre l’ensemble du cycle de vie des navires. L’intégration d’outils d’IA dans cette chaîne renforce la capacité à planifier les interventions et à sécuriser la disponibilité des équipements, ce qui constitue un indicateur opérationnel directement mesurable pour les états-majors.
L’opération s’inscrit dans un cadre industriel plus large, Thales ayant réalisé 20,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 avec plus de 83 000 collaborateurs. La convergence des deux groupes autour de cortAIx traduit une stratégie consistant à étendre la valeur ajoutée au-delà du matériel naval vers les couches logicielles critiques, incluant les modèles, les outils d’industrialisation sécurisés et la cybersécurité embarquée. Pour les directions des systèmes d’information de défense, l’enjeu porte désormais sur la maîtrise intégrée de ces briques logicielles sensibles au sein d’une filière nationale susceptible d’évoluer vers un pôle de collaboration européen.























