Le marché mondial des semiconducteurs s’est engagé dans un cycle de croissance d’une ampleur inédite, avec une trajectoire qui l’a rapproché du seuil du billion de dollars dès 2026. Les prévisions publiées par la World Semiconductor Trade Statistics (WSTS) ont confirmé une dynamique fortement polarisée autour de la logique et de la mémoire, sous l’effet direct des infrastructures de calcul, des centres de données et des usages liés à l’intelligence artificielle.

Les données consolidées par la WSTW traduisent un changement de régime plus qu’un simple rebond post-crise. Le marché mondial a atteint 630,5 milliards de dollars en 2024, puis il a progressé à 772,2 milliards de dollars en 2025, soit une croissance annuelle de 22,5 %. Pour 2026, la prévision prévoit un volume d’échanges de 975,5 milliards de dollars, en hausse de 26,3 %. Cette trajectoire repose sur un redéploiement massif de la demande vers les composants à forte intensité de calcul, tandis que plusieurs segments historiques évoluent plus lentement.

Cette accélération s’explique par un mécanisme précis. La généralisation des modèles d’IA, l’augmentation des charges de calcul dans les centres de données et la modernisation des infrastructures informatiques ont accru simultanément les besoins en circuits logiques et en bande passante mémoire. Le cycle observé s’est distingué des précédents par sa concentration technologique et par la valeur unitaire élevée des composants concernés.

Les circuits et la mémoire concentrent la création de valeur

Les circuits logiques ont constitué le principal moteur du cycle. Leur chiffre d’affaires est passé de 215,8 milliards de dollars en 2024 à 295,9 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 37,1 %, avant d’atteindre 390,9 milliards de dollars en 2026, en hausse de 32,1 %. Cette évolution reflète l’augmentation du nombre de cœurs, la complexification des architectures et la spécialisation croissante des puces destinées au calcul intensif.

La mémoire a suivi une trajectoire comparable. Après un niveau de 165,5 milliards de dollars en 2024, le segment est passé à 211,6 milliards de dollars en 2025, soit 27,8 %, puis il a atteint 294,8 milliards de dollars en 2026, en croissance de 39,4 %. Cette dynamique s’explique par l’augmentation des volumes embarqués par système et par le rôle limitant de la mémoire dans les performances globales des infrastructures de calcul.

Les autres familles de composants, une reprise graduelle

En dehors des circuits logiques et de la mémoire, la reprise est demeurée plus mesurée. Les capteurs sont passés de 18,9 milliards de dollars en 2024 à 20,9 milliards de dollars en 2025, soit 10,4 %, puis à 22,7 milliards de dollars en 2026, en croissance de 8,7 %. Cette évolution traduit une reprise partielle des usages industriels et embarqués, sans rupture majeure de la demande.

Les microprocesseurs ont atteint 84,8 milliards de dollars en 2025, en hausse de 7,9 %, avant de progresser à 96,6 milliards de dollars en 2026, soit 13,9 %. À l’inverse, les semiconducteurs hors circuit intégrés, vendus et utilisés individuellement, ont reculé légèrement en 2025 à 30,9 milliards de dollars, sous l’effet de la faiblesse persistante des applications automobiles, avant un redémarrage limité en 2026. L’optoélectronique a progressé lentement, à 42,6 milliards de dollars en 2025, puis à 45,0 milliards de dollars en 2026.

Des dynamiques régionales fortement déséquilibrées

La croissance s’est concentrée géographiquement. Les Amériques sont passées de 195,1 milliards de dollars en 2024 à 251,9 milliards de dollars en 2025, soit 29,1 %, puis à 338,6 milliards de dollars en 2026, en hausse de 34,4 %. Cette progression a reflété l’intensité des investissements dans les centres de données et les infrastructures de calcul avancées.

L’Asie-Pacifique a suivi une trajectoire parallèle, avec un marché qui a atteint 421,4 milliards de dollars en 2025, puis 526,3 milliards de dollars en 2026, soit une croissance annuelle proche de 25 %. L’Europe est restée en retrait, à 54,1 milliards de dollars en 2025, puis 60,4 milliards de dollars en 2026, tandis que le Japon a enregistré un repli de 4,1 % en 2025 avant un redémarrage à 11,9 % en 2026.

Un marché proche du billion, plus concentré et plus contraint

L’approche du seuil du billion de dollars n’a pas traduit une expansion homogène du secteur. La croissance a reposé sur un nombre limité de segments, sur des technologies capitalistiques et sur des capacités de production avancées. Cette concentration a renforcé les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et a accru la dépendance des entreprises, des administrations et des fournisseurs de services aux feuilles de route de quelques acteurs clés.

Pour les entreprises clientes, la visibilité sur les capacités disponibles, la sécurisation des approvisionnements critiques et l’anticipation des cycles mémoire et logique sont devenues des variables centrales de la planification technologique. Le cycle qui s’est installé combine une croissance élevée et une sélectivité accrue, redéfinissant durablement les équilibres industriels du secteur des semiconducteurs.

publicité