Les institutions financières françaises ont franchi un seuil dans l’adoption de l’intelligence artificielle. Selon l’étude Financial Services State of the Nation 2026 publiée par Finastra, 94 % des établissements utilisent déjà l’IA ou prévoient de le faire, avec un basculement franc vers des déploiements industriels plutôt que des démarches expérimentales.
Les résultats de l’enquête montrent que le débat sur la pertinence de l’IA est désormais clos au profit d’une logique d’exécution. En France, 57 % des institutions financières déclarent déployer activement des solutions d’IA et 28 % les avoir déjà généralisées à plusieurs fonctions critiques. Cette diffusion traduit un choix stratégique orienté vers des usages directement intégrés aux processus métiers, sous contraintes réglementaires et opérationnelles fortes.
Cette dynamique s’insère dans un environnement marqué par la complexité des systèmes hérités, par la pression sur les coûts et par l’intensification des risques numériques. Les décisions technologiques deviennent ainsi des leviers directs de résilience opérationnelle et de confiance client, avec des impacts mesurables sur la productivité des équipes et la continuité des services.
L’IA se concentre sur les processus financiers critiques
Les cas d’usage privilégiés par les institutions financières françaises concernent en priorité les fonctions à forte intensité opérationnelle. Quatre établissements sur dix utilisent l’IA pour accélérer le traitement des paiements et des crédits, mécanisme qui permet de réduire les délais de traitement et d’automatiser des contrôles auparavant manuels.
La gestion des risques et la détection de la fraude constituent un autre pilier central de cette adoption. Selon l’étude, 92 % des répondants en France ont déjà déployé, testé ou prévoient de lancer des cas d’usage d’IA dans ces domaines. Cette généralisation s’explique par la capacité des modèles à analyser des volumes élevés de transactions, à détecter des anomalies comportementales et à renforcer la prévention des pertes financières, avec un impact direct sur les équipes risques et conformité.
La sécurité conditionne l’industrialisation des usages
La montée des usages opérationnels de l’IA s’accompagne d’une reconfiguration des priorités budgétaires. Les institutions financières françaises anticipent une augmentation moyenne de près de 38 % de leurs investissements en matière de sécurité en 2026, en réponse à l’exposition accrue des systèmes, à l’évolution des menaces numériques et au renforcement du cadre réglementaire.
Cette hausse des budgets traduit un mécanisme clair. L’automatisation de processus critiques et l’intégration de l’IA dans les chaînes de décision imposent des exigences renforcées en matière de protection des données, de traçabilité et de résilience. La sécurité devient ainsi une condition préalable à la mise à l’échelle des usages IA, avec des impacts directs pour les RSSI en matière de gouvernance et de contrôle des risques.
CX : d’abord la confiance et la transparence
L’étude met en évidence une hiérarchie précise des attentes clients en France. La sécurité et la protection des données personnelles constituent la première attente pour 32 % des répondants, devant la transparence des termes et des frais citée par 30 %. La personnalisation des services intervient comme un facteur complémentaire et non comme un prérequis.
Dans les faits, des services reposants sur l’IA sont déjà largement déployés. Les agents conversationnels sont utilisés par 45 % des institutions interrogées et les paiements en temps réel par 44 %. Ces usages reposent sur des mécanismes d’automatisation et de disponibilité continue des services, avec un impact direct sur la qualité perçue et la fiabilité des interactions client.
La modernisation des systèmes s’appuie sur le cloud
La modernisation des systèmes d’information reste une priorité stratégique pour 83 % des institutions financières françaises interrogées. Elle se heurte toutefois à des freins identifiés, notamment la complexité des systèmes existants pour 43 % des répondants, les contraintes réglementaires pour 37 % et les limites budgétaires pour 40 %.
L’adoption du cloud apparaît comme un levier essentiel pour répondre à ces contraintes. Près de 77 % des établissements déclarent utiliser des solutions cloud afin de réduire les coûts, de faciliter le passage à l’échelle et de soutenir à la fois la conformité réglementaire et l’innovation. Ce choix technologique permet également de supporter les charges de calcul et les besoins de flexibilité induits par les déploiements d’IA à grande échelle.
Un optimisme élevé malgré les contraintes
Malgré les transformations en cours, le niveau de confiance du secteur demeure élevé. En France, 86 % des dirigeants interrogés se déclarent optimistes quant à leurs perspectives personnelles, tandis que 80 % expriment un optimisme similaire concernant l’avenir de leur institution. Cette perception traduit une capacité du secteur à intégrer les disruptions technologiques dans ses trajectoires stratégiques.
« Les décisions technologiques sont désormais au cœur de la confiance, de la résilience et de l’expérience client. Les institutions doivent avancer rapidement, mais aussi de manière responsable, alors que la pression réglementaire s’intensifie et que les clients attendent des services financiers fiables, sécurisés et personnalisés à chaque interaction », déclare Chris Walters, CEO de Finastra.
À court et moyen terme, la capacité des institutions financières françaises à articuler déploiement de l’IA, renforcement de la sécurité et modernisation des systèmes conditionnera des effets mesurables en matière de productivité, de maîtrise des coûts, de conformité réglementaire et de continuité de service. L’IA s’impose désormais comme un outil industriel de pilotage des opérations financières.























