La séquence de mises à jour Windows 11 de janvier 2026 restera un cas d’école dans l’histoire récente du support Microsoft, tant par l’ampleur des dysfonctionnements générés que par la rapidité avec laquelle l’éditeur a dû déployer des correctifs hors cycle. Prévue pour renforcer la sécurité des versions 23H2, 24H2 et 25H2, la mise à jour cumulative diffusée le 13 janvier a au contraire déclenché une série d’incidents majeurs.
Le patch initial visait à corriger 42 vulnérabilités répertoriées dans l’avis CERTFR-2026-AVI-0044, dont sept failles critiques touchant des composants stratégiques de l’OS. On y retrouve des élévations de privilèges via Win32k (CVE-2026-20589, CVE-2026-20605), des risques d’exécution de code à distance dans Hyper-V (CVE-2026-20611, CVE-2026-20609), mais aussi des attaques ciblant le service d’authentification LSASS, la gestion des systèmes de fichiers NTFS et SMB, ainsi que des vulnérabilités actives dans Secure Boot. Plusieurs de ces failles étaient exploitées in situ, incitant Microsoft à accélérer la diffusion du correctif cumulatif pour réduire la fenêtre d’exposition aux attaques ciblées.
En pratique, ce déploiement s’est accompagné de nombreuses régressions fonctionnelles. Les utilisateurs ont rapidement signalé une incapacité à accéder à des fichiers stockés sur OneDrive ou Dropbox, des interruptions répétées du client Outlook lors de la consultation de fichiers PST hébergés sur le cloud, et des défaillances lors des tentatives de reprise de session à distance via Remote Desktop ou Cloud PC. Les logs système font également état de cycles de redémarrage intempestifs sur certains postes, particulièrement ceux dotés d’un TPM 2.0, associés à des incompatibilités avec Secure Launch ou des pilotes de sécurité tiers.
Plusieurs mécanismes défaillants
L’analyse technique a permis d’identifier plusieurs mécanismes défaillants : d’une part, une mauvaise gestion des verrous de fichiers partagés dans les environnements cloud, qui occasionnait des blocages applicatifs et des pertes de contexte dans Outlook ; d’autre part, des défauts dans la synchronisation SMB, qui entraînaient des corruptions de données ou des opérations incomplètes sur les partages réseau avec snapshots. Par ailleurs, le processus de Secure Launch, destiné à renforcer l’intégrité du démarrage sécurisé sur les configurations récentes, s’est révélé source de conflits, générant des boucles de redémarrage ou des échecs d’amorçage sur certains terminaux.
Face à l’ampleur des signalements, Microsoft a publié deux correctifs hors bande le 24 janvier : KB5078127 pour Windows 11 25H2 et 24H2, KB5078132 pour Windows 11 23H2. Ces mises à jour visent à rétablir la stabilité sur plusieurs points :
- Suppression des blocages et fuites mémoire liés à l’utilisation d’Outlook classique avec des fichiers PST synchronisés sur des espaces cloud (OneDrive, Dropbox).
- Remédiation des anomalies de synchronisation SMB sur les partages réseau dotés d’instantanés, avec restauration de l’intégrité des opérations de fichiers.
- Correction des problèmes de reprise de session dans les environnements Remote Desktop et Cloud PC, notamment après une veille prolongée ou un redémarrage du système.
- Ajustements spécifiques apportés à Secure Launch et TPM 2.0, permettant d’éliminer les cycles de redémarrage intempestifs ou les échecs d’amorçage sécurisés.
Microsoft recommande un déploiement immédiat de ces correctifs
L’incident met en évidence les limites du processus de validation en conditions réelles et rappelle que, malgré la sophistication croissante des outils de patch management, la complexité des environnements Windows 11 rend difficile l’anticipation de toutes les interactions. Microsoft recommande désormais à tous les administrateurs systèmes de procéder à un déploiement immédiat de ces correctifs hors bande, en particulier sur les parcs où la synchronisation cloud, la virtualisation ou l’accès distant constituent des fonctions critiques. Un contrôle rigoureux des journaux d’événements et des outils de diagnostic (Event Viewer, Windows Health Dashboard) est préconisé afin de vérifier la disparition effective des anomalies et de s’assurer de la compatibilité avec les applications métiers sensibles.
L’avis CERTFR-2026-AVI-0044 insiste sur la sévérité des vulnérabilités initiales et sur la nécessité absolue d’intégrer sans délai l’ensemble des correctifs publiés. Cette séquence démontre que l’objectif d’un déploiement transparent, avec impact minimal, n’a pas été atteint en janvier. La multiplication des incidents et la mobilisation rapide de correctifs hors cycle illustrent la difficulté persistante à concilier exigences de sécurité et stabilité d’exploitation dans un parc Windows 11 hétérogène et massivement connecté.























