À l’occasion d’Inspire Expo 2026, Sharp Europe a présenté une nouvelle étape de sa stratégie sur le marché européen, articulée autour du développement des services IT, de la transformation et de l’intégration progressive de ses acquisitions européennes sous la marque Sharp DX. Le groupe japonais acte le maintien temporaire de plusieurs entités distinctes, tout en confiant aux équipes européennes la structuration et le pilotage de cette trajectoire.

Dans les grands groupes industriels internationaux, la transformation numérique repose le plus souvent sur une logique descendante, définie au siège et déployée de manière homogène dans les régions. La trajectoire présentée par Sharpen Europe s’en distingue par une série de décisions qui dérogent au modus operandi classique. À Inspire Expo, Sharp Europe a mis en avant le développement de Sharp DX comme pôle de services IT, le renforcement de ses offres cloud, cybersécurité, applications métiers et intelligence artificielle, ainsi que le maintien, à ce stade, d’une organisation issues de ses acquisitions européennes.

La stratégie européenne de Sharp, décidée en 2018 et retardée par la crise pandémique, repose sur un assemblage progressif de compétences, constitué au fil d’acquisitions ciblées réalisées sur plusieurs années. Contrairement à une approche fondée sur un plan directeur défini en amont, le groupe japonais a d’abord cherché à acquérir des capacités opérationnelles locales, avant d’en organiser la cohérence sous une bannière commune.

Trois entités coordonnées

Le premier jalon est posé en 2019 avec l’acquisition de Complete IT au Royaume-Uni. Sharp renforce alors sa présence sur le marché des services IT gérés et de la « modern workplace », dans un pays où l’externalisation des environnements de travail numériques est déjà largement ancrée. Cette opération permet au groupe d’élargir son activité au-delà des équipements, en intégrant des services récurrents centrés sur l’exploitation et le support des utilisateurs.

En 2021, Sharp poursuit cette logique avec le rachat d'IT Point en Suisse. Cette acquisition répond à des exigences différentes, liées à un marché caractérisé par des niveaux élevés de qualité de service, de continuité opérationnelle et de sécurité. IT Point apporte à Sharp une expertise dans l’exploitation d’infrastructures critiques et dans la gestion de relations clients de long terme, marquant un renforcement du positionnement du groupe sur les services managés.

Une étape supplémentaire est franchie avec l’acquisition d’Apsia en France, annoncée en 2024. Apsia apporte des compétences dans l’intégration cloud, les applications métiers, la data et l’intelligence artificielle. Cette opération positionne Sharp sur des périmètres directement liés aux systèmes cœur des entreprises, notamment les ERP, les CRM et les architectures cloud complexes, au-delà des seules activités d’exploitation.

Sharp mise sur les savoir-faire de ses entités européennes

Ces acquisitions n’ont pas été fusionnées. Chaque entité a conservé son organisation, ses équipes et ses portefeuilles clients. Ce choix traduit une approche pragmatique des métiers du service, où la valeur repose sur les compétences locales, les méthodes et la relation de confiance construite avec les clients. Sharp a ainsi privilégié la préservation des savoir-faire acquis plutôt qu’une intégration rapide dictée par l’organigramme.

Cette orientation se matérialise par une décision formalisée début janvier, lorsque Sharp Europe annonce le passage d’Apsia sous la marque Sharp DX en France, en Italie et en Espagne. Ainsi, les trois entités, Complete IT au Royaume-Uni et IT Point en Suisse, sont désormais regroupées sous une même identité commerciale, sans fusion juridique ni managériale immédiate. La création de la marque Sharp DX vient donner une lecture d’ensemble à cet assemblage, cette appellation ne correspond pas à une fusion juridique ou managériale, mais à une étape de structuration commerciale et stratégique. Elle permet de présenter ces acquisitions comme les composantes d’un même projet européen, tout en laissant aux équipes locales la responsabilité de bâtir l’offre, les priorités technologiques et le rythme d’intégration.

Dans une interview accordée à IT Social, Joe Tomota, président de Sharp Europe, précisait le périmètre visé. « Le passage d’Apsia à Sharp DX va bien au-delà d’un simple changement de nom. Réunir nos compétences sous une identité unique nous permet de proposer une chaîne de valeur digitale couvrant le cloud, la cybersécurité, les applications métiers, la data et l’intelligence artificielle », déclarait-il, sans évoquer de calendrier de fusion.

Trois entités coordonnées

Sharp DX regroupe aujourd’hui trois organisations distinctes, chacune issue d’un marché national et d’une trajectoire propre. Ensemble, elles rassemblent plus de cinq cents professionnels IT répartis en Europe. La marque Sharp DX sert de point d’entrée commercial commun, tandis que les structures opérationnelles, les équipes et les portefeuilles clients restent distincts. Lors des échanges organisés à Inspire Expo, Roland Singer, vice-président Sharp DX Europe, a expliqué que la fusion des entités n’avait pas été enclenchée volontairement. « Nous ne croyons pas aux intégrations rapides imposées par organigramme. La valeur est portée par les équipes et par la relation qu’elles ont construite avec leurs clients. Une fusion prématurée détruirait une partie de cette valeur », expliquait-il. La consolidation reste envisagée, mais uniquement lorsque les conditions opérationnelles seront réunies.

Une transformation décrite comme un processus en cours

Sharp Europe ne présente pas son organisation actuelle comme un modèle finalisé. La direction décrit une transformation engagée, mais encore en construction. « Nous sommes au début du chemin », indiquait Roland Singer, en rappelant que les différentes entités conservent aujourd’hui des spécialisations marquées, qu’il s’agisse des environnements cloud, des applications métiers ou des services managés.

Cette approche permet d’adapter l’organisation aux réalités nationales. Les cadres réglementaires, les attentes clients et les pratiques de sourcing diffèrent sensiblement d’un pays européen à l’autre. « L’Europe n’est pas un marché homogène. Les besoins en France, en Suisse ou au Royaume-Uni ne sont pas identiques, et notre organisation doit refléter cette diversité », ajoutait-il.

La maturité des marchés historiques

La montée en puissance des services IT chez Sharp n’est pas une nouveauté. On se souvient qu’au sortir de la crise de 2008, les fabricants d’imprimantes se sont lancés dans les services connexes à l’impression, tendant vers la gestion documentaire, mais sans succès. Cette fois, l’intégration de services informatiques par Sharp découle d’abord de l’évolution de ses marchés historiques. Le marché de l’impression bureautique et, plus largement celui des équipements traditionnels, connaît une contraction durable, caractérisée par une baisse des volumes, une standardisation technologique et une pression continue sur les marges. Cette évolution impose au groupe de réduire sa dépendance à ces activités et de développer des relais de croissance moins exposés aux cycles matériels.

Roland Singer l’exprimait clairement. « Le matériel reste une composante importante de notre activité, mais il ne peut plus constituer à lui seul notre proposition de valeur. Notre développement passe désormais par les services, l’intégration et l’accompagnement dans la durée », expliquait-il.

À cette contrainte industrielle s’ajoute une recomposition plus large des marchés IT. En Europe, entreprises et administrations cherchent à diversifier leurs stratégies de sourcing, afin de réduire une dépendance jugée excessive à quelques fournisseurs américains. « Il ne s’agit pas de rompre avec les grands acteurs, mais de retrouver des marges de manœuvre », observait encore Roland Singer, en soulignant la place spécifique que peut occuper un acteur japonais dans cet équilibre.

Une pile technologique définie par périmètres

Sur le plan technologique, la proposition technologique portée par Sharp DX repose sur une logique d’assemblage et d’exploitation de briques existantes, plutôt que sur le développement de technologies propriétaires de bout en bout. Le groupe compose son offre de services IT autour de plusieurs domaines de responsabilité correspondant aux tâches que les entreprises externalisent de plus en plus : la conception, l’intégration et l’exploitation de leur système d’information. Elle ne vise pas l’exhaustivité fonctionnelle, mais la couverture de segments jugés critiques en matière d’exploitation, de conformité et de continuité

Sharp DX se positionne également sur les applications métiers, les ERP et les CRM, en s’appuyant sur des partenariats avec Microsoft, SAP et Cegid. La data et l’intelligence artificielle viennent compléter l’offre, avec des usages orientés automatisation, optimisation des processus et déploiement progressif d’agents intelligents. « Notre rôle n’est pas de tout développer nous-mêmes, mais d’assembler et d’opérer ces technologies dans des environnements réels », précisait Roland Singer.

Cybersécurité et conformité intégrées aux services

La cybersécurité constitue un domaine central de la proposition de Sharp, non comme une offre autonome, mais comme une composante intégrée aux services délivrés. Sharp DX intervient sur la sécurisation des environnements cloud et hybrides, la gestion des identités, la protection des postes de travail et la supervision des infrastructures.

Cette approche intègre explicitement les cadres réglementaires européens dans la conception des services, notamment en matière de continuité d’activité, de protection des données et de gestion des accès. L’objectif n’est pas de proposer un catalogue de solutions de sécurité, mais d’assumer une responsabilité d’exploitation conforme aux exigences réglementaires applicables aux clients européens.

Cette architecture est conçue pour s’articuler avec les activités historiques de Sharp, notamment les solutions documentaires, les services managés d’impression, l’audiovisuel et le design des espaces de travail. Le matériel n’est plus présenté comme une finalité, mais comme un composant intégré à une offre de services plus large.

En maintenant ses entités européennes tout en confiant leur structuration aux équipes locales, Sharp teste une organisation progressive, fondée sur l’observation et l’ajustement plutôt que sur une intégration décrétée. Une approche encore peu fréquente dans les groupes industriels japonais, et dont la pertinence se mesurera à la capacité de Sharp DX à transformer cette phase intermédiaire en modèle économique durable.

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