Le Campus Cyber a officialisé, ce 14 janvier 2026, sa feuille de route stratégique 2026-2028. Pour la première fois depuis sa création, l’institution ne se contente plus d’un rôle de vitrine ou de lieu d’hébergement des acteurs de la cybersécurité française, mais revendique une fonction d’opérateur structurant au service de la stratégie nationale cyber et de la souveraineté numérique européenne.

Validée par le Conseil d’administration après plusieurs mois de consultations auprès des acteurs publics, des grands groupes, des PME, des startups, des organismes de recherche et des établissements de formation, cette nouvelle trajectoire marque une inflexion nette. Depuis l’arrivée de Joffrey Célestin-Urbain à la présidence en juin 2025, le Campus Cyber a engagé une réorganisation visant à transformer un site de co-localisation en un dispositif de pilotage et de production de capacités cyber.

La feuille de route 2026-2028 traduit cette rupture. Le Campus ne se présente plus comme un simple hébergeur d’écosystèmes, mais comme un opérateur-pivot chargé d’aligner les intérêts industriels, les besoins de l’État et les contraintes réglementaires européennes. Joffrey Célestin-Urbain résume ce repositionnement en évoquant « un rôle de plate-forme servicielle au profit de l’ensemble de la filière du numérique de confiance, au-delà de celui de simple hébergeur immobilier ».

La souveraineté, l’innovation et la formation dans la mire

Les trois priorités affichées par le Campus Cyber ne relèvent plus du registre déclaratif. La souveraineté est désormais explicitement reliée à l’« opérationnalisation de la préférence européenne en matière d’achats », ce qui place le Campus comme un outil d’alignement entre les politiques industrielles, la commande publique et les exigences de conformité issues de NIS2, de SecNumCloud ou des futurs cadres européens de qualification.

L’innovation est abordée comme une chaîne de valeur unifiée reliant la recherche, les startups et les grands comptes. L’objectif annoncé est de faire émerger des projets communs capables de franchir le cap de l’industrialisation, là où la cyber française reste souvent cantonnée à des démonstrateurs ou à des niches technologiques. La formation, enfin, est traitée comme un problème d’adéquation entre les compétences réellement disponibles et les besoins du marché du travail, en particulier sur les métiers de l’ingénierie de sécurité, de l’architecture, de la conformité et de la réponse à incident.

Trois plateformes pour transformer la filière

L’élément le plus en vue de la feuille de route réside dans la préfiguration de trois plateformes de services, qui doivent entrer en production en 2027. La première, une forge à croissance pour les entreprises de la cyber et du numérique de confiance, vise explicitement le passage à l’échelle des startups et des éditeurs, dans un marché dominé par des acteurs extra-européens.

La seconde plateforme, un plateau technique national mutualisé, doit fournir aux acteurs publics et privés de la recherche et de l’innovation une infrastructure de référence pour l’expérimentation, les tests, la simulation d’attaques et le développement de technologies de défense. La troisième plateforme cible directement l’application de la directive NIS2, avec un dispositif dédié au renforcement de la cyberrésilience des PME et des collectivités locales, transformant une obligation réglementaire européenne en services opérationnels, en accompagnement et en outillage.

Un modèle économique recentré sur les services et la performance

Cette montée en puissance s’accompagne d’un basculement du modèle économique. Le Campus Cyber inscrit désormais son action dans un plan d’affaires pluriannuel fondé sur la diversification du revenu privé, via le développement de nouveaux services, tout en sécurisant le financement de ses activités d’intérêt général. Il s’agit d’une rupture avec la logique initiale de loyers et de subventions qui structurait la première phase du projet.

L’organisation interne reflète ce changement. Depuis le 1er janvier, le Campus s’est doté d’une direction générale et de cinq pôles de création de valeur couvrant l’expérience et la vie du Campus, la communication et le rayonnement, l’innovation et l’international, la souveraineté capacitaire et la cyberrésilience, ainsi que le développement commercial. La présence d’un pôle explicitement dédié au commercial traduit l’ambition de faire du Campus un acteur finançable par son activité.

Un pivot de la politique industrielle cyber française

Au-delà de son périmètre propre, la stratégie 2026-2028 révèle un constat partagé par l’État et la filière. La cybersécurité française reste fragmentée, sous-dimensionnée et dépendante pour répondre aux exigences de NIS2, aux impératifs de souveraineté et à la montée des menaces. Le pays a besoin d’un chef d’orchestre capable de transformer des orientations politiques en capacités opérationnelles.

En revendiquant un rôle de plate-forme servicielle, le Campus Cyber se positionne comme cet opérateur de référence, à mi-chemin entre une agence publique, un hub industriel et un intégrateur de filière. L’institution clôt ainsi sa phase fondatrice et ouvre une séquence orientée vers l’exécution, avec pour enjeu central la capacité de la France à produire, déployer et maintenir ses propres capacités de cybersécurité dans un environnement désormais structuré par la régulation européenne, la géopolitique et la concurrence technologique mondiale.

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