Les livraisons mondiales de PC ont progressé de 9,6 % au quatrième trimestre 2025 pour atteindre 76,4 millions d’unités, selon IDC. Cette reprise s’explique moins par une demande structurelle que par des achats anticipés liés à la fin de Windows 10, aux tensions sur les mémoires et à l’arrivée de nouvelles architectures intégrant des composants dédiés à l’IA.
Après plusieurs trimestres hésitants, le marché du PC a connu un net sursaut en fin d’année. IDC indique que les constructeurs et les entreprises ont avancé une partie de leurs commandes afin de sécuriser des configurations avant une dégradation attendue des conditions d’approvisionnement en 2026. Jean-Philippe Bouchard, vice-président en charge des Worldwide Mobile Device Trackers chez IDC, évoque un environnement « extrêmement volatil », dominé par des mouvements d’inventaire plus que par une demande durable.
Sur l’ensemble de l’année 2025, 284,7 millions de PC ont été livrés dans le monde, soit une croissance de 8,1 %. Lenovo conserve la première place avec 70,8 millions d’unités, devant HP Inc. avec 57,5 millions et Dell Technologies avec 41,1 millions. Cette hiérarchie stable traduit une consolidation du marché professionnel autour de quelques acteurs capables d’absorber les chocs de la chaîne d’approvisionnement.
Les mémoires, un facteur de déséquilibre
La principale fragilité du marché provient désormais des mémoires DRAM et NAND, dont une part croissante de la production est absorbée par les centres de données et les infrastructures d’IA. IDC alerte sur un risque de tension durable, susceptible d’affecter directement les configurations proposées aux entreprises.
Jean-Philippe Bouchard indique que « les spécifications mémoire des PC pourraient être ajustées afin de préserver les inventaires disponibles ». Cette perspective signifie concrètement des machines parfois livrées avec moins de mémoire que prévu, dans un contexte où les prix des composants orientent déjà les stratégies tarifaires des constructeurs et des distributeurs.
La généralisation des architectures PC orientées IA
Le rebond du marché accompagne aussi une mutation technologique. Les nouvelles plates-formes professionnelles d’Intel, d’AMD et de Qualcomm intègrent désormais des unités de traitement neuronal aux côtés des processeurs et des circuits graphiques, afin d’exécuter localement des tâches d’inférence liées à l’IA.
Ces architectures permettent le traitement local de la voix, de l’image, du texte et l’indexation de données, mais elles ne rendent pas les PC capables d’entraîner ou d’exécuter de grands modèles de langage. Les contraintes de mémoire, de bande passante et de dissipation thermique limitent les usages à des modèles compacts et à des scénarios de récupération assistée par génération appliqués à des données locales.
Un décalage persistant entre matériel et usages
Dans les entreprises, ces PC dits IA servent surtout de terminaux de calcul contextuel. Ils stockent et indexent localement des informations sensibles, puis orchestrent des requêtes vers des plateformes distantes pour les traitements lourds. Le poste de travail devient ainsi un maillon d’une architecture hybride plutôt qu’un moteur d’IA autonome.
Le paradoxe du marché tient à ce décalage. Les investissements dans des architectures spécialisées progressent rapidement, tandis que les usages réellement exploitables restent concentrés sur l’automatisation documentaire, la recherche sémantique et l’assistance à la production de contenus. Dans un environnement marqué par la volatilité des composants, la valeur du PC professionnel dépendra désormais de la capacité des éditeurs et des intégrateurs à transformer ces nouvelles plates-formes en gains de productivité mesurables pour les métiers.























