Red Hat anticipe une année 2026 marquée par le cloud hybride ouvert et l’open source comme fondements de la transformation des entreprises françaises. Portées par des exigences en IA, en conformité et en optimisation des coûts, les organisations misent sur la modularité, la coopération technologique et l’indépendance des chaînes de traitement pour piloter l’innovation. Toutefois, la question de la souveraineté de bout en bout demeure une question ouverte.
Les entreprises françaises abordent 2026 dans un environnement IT d’une complexité inédite. Selon Red Hat, la progression rapide de l’intelligence artificielle, l’intensification des migrations cloud et la multiplication des cadres réglementaires européens reconfigurent profondément les priorités des directions des systèmes d’information. La dernière enquête menée par l’éditeur met en lumière une conviction partagée par 89 % des décideurs interrogés : l’open source constitue un pilier technologique pour l’IA, la virtualisation et la gestion du cloud hybride, apportant flexibilité et portabilité des charges de travail sur l’ensemble des environnements, publics ou privés.
Dans ce contexte, la migration accélérée des applications et des charges IA vers le cloud ne relève plus du seul effet d’annonce. Les entreprises, confrontées à la nécessité de maîtriser leurs coûts d’inférence et de disposer d’infrastructures adaptables, orientent leurs investissements vers des plateformes ouvertes. La capacité à industrialiser l’IA devient centrale : il s’agit de pouvoir déployer n’importe quel modèle, sur n’importe quel cloud, avec n’importe quel accélérateur, tout en garantissant la performance opérationnelle. Cette exigence de portabilité et de neutralité des solutions se double d’une attente forte envers la coopération entre éditeurs, intégrateurs et partenaires technologiques.
« Un moteur de conformité et de rétention des talents »
La complexité croissante des systèmes d’information, accentuée par l’empilement des couches IA et la gestion d’une dette technique structurelle, pousse les organisations à privilégier des plateformes hybrides et modulaires. Red Hat souligne que cette stratégie a pour but de garantir la montée en échelle des clusters, l’optimisation des coûts via la rationalisation des « landing zones » et la migration progressive des environnements virtuels hérités. La consolidation et la résilience s’imposent comme objectifs de pilotage, en phase avec les transformations sectorielles des banques, des industries et des administrations.
En matière de conformité, l’open source s’affirme comme un levier différenciant, selon Red Hat. La transparence du code, l’auditabilité native et la réversibilité des environnements sont citées comme réponses directes aux exigences portées par les textes européens. Cette ouverture est également perçue comme un atout dans la compétition pour les talents. La possibilité de contribuer à des projets innovants, de développer des compétences recherchées et de s’inscrire dans des communautés dynamiques favorise l’attractivité des métiers IT, un point régulièrement mis en avant par les acteurs du secteur.
David Szegedi, chief architect et Field CTO Entreprise chez Red Hat, précise : « L’open source et le cloud hybride ouvert constituent désormais la colonne vertébrale des stratégies de transformation. Ils permettent d’aligner les exigences de conformité, d’efficacité et de gestion des talents dans un marché qui se complexifie. »
L’IA entre promesse industrielle et limites de la souveraineté
La généralisation des usages IA impose aux entreprises une approche de plus en plus granulaire du déploiement de leurs modèles et de l’exploitation des ressources matérielles. Red Hat observe que les organisations cherchent à rationaliser l’usage des GPU, à conserver la valeur de leurs actifs d’IA prédictive et à disposer de la liberté de choisir les accélérateurs et architectures adaptés à chaque projet. Cette démarche vise à garantir la performance, la flexibilité et la maîtrise des coûts dans des environnements hybrides, où la diversité des cas d’usage, du machine learning à l’IA générative, s’intensifie.
Cependant, la question de la souveraineté effective reste ouverte. Si l’open source et la portabilité des charges sont présentés comme des garants d’indépendance, de nombreux experts rappellent que la chaîne de traitement doit être souveraine de bout en bout pour offrir une réelle garantie. Vincent Strubel, directeur général de l’Anssi, précise dans un récent billet de blog : « Le label SecNumCloud ne garantit pas l’origine souveraine de tous les composants techniques utilisés. Ce n’est pas un label magique, mais un cadre de cohérence opérationnelle et organisationnelle. » Cette mise en garde souligne la nécessité d’intégrer une réflexion plus large sur la maîtrise des couches d’infrastructure, des chaînes logicielles et des dépendances vis-à-vis des fournisseurs non européens.
Collaboration et transformation du paysage industriel
La réussite des projets de transformation ne repose plus uniquement sur le choix des technologies, mais sur la capacité à orchestrer l’ensemble des acteurs de l’écosystème. Red Hat met en avant la coopération entre entreprises, intégrateurs et prestataires comme condition sine qua non pour fournir des solutions réellement exploitables en production, dans des conditions de sécurité et de conformité renforcées. Cette approche collaborative se traduit par le développement de plateformes hybrides, l’intégration de solutions ouvertes et l’adoption de standards techniques visant à réduire les risques de dépendance et à favoriser la réversibilité.
L’industrialisation de l’IA dans les entreprises françaises s’appuie ainsi sur une articulation fine entre innovation logicielle, optimisation des infrastructures et gouvernance des données. L’accent mis sur la portabilité et la modularité des environnements doit toutefois s’accompagner d’un dialogue permanent sur la sécurité, la conformité et la maîtrise opérationnelle des chaînes de traitement, enjeux que les directions informatiques placent au cœur de leur feuille de route pour 2026.
Si l’open source et le cloud hybride constituent aujourd’hui le socle de la transformation numérique, la question de la souveraineté opérationnelle ne saurait être éludée. Les entreprises françaises devront renforcer la maîtrise de leurs infrastructures, des couches logicielles et des dépendances pour garantir une indépendance réelle, à la hauteur des exigences du marché et des régulateurs. La dynamique d’innovation et de coopération engagée en 2026 ouvre des perspectives tangibles en matière de productivité, de gestion des coûts et d’attractivité des talents, à condition d’accompagner l’évolution des modèles par un renforcement continu des garanties de souveraineté et de sécurité.