Le CES 2026, qui ouvrira ses portes le 6 janvier à Las Vegas, devrait incarner une édition à la fois stimulante et paradoxale. Les premières annonces esquissent des technologies capables d’influencer les stratégies numériques des organisations. Dans le même temps, l’événement continuera-t-il à représenter un moment décisif pour les technologies émergentes alors que des incertitudes pèsent sur l’audience.
Pour les lecteurs professionnels, ce CES demandera une lecture attentive. Les acteurs majeurs comme Samsung, LG, Hyper, Ambarella et plusieurs lauréats des CES Innovation Awards détaillent déjà des produits qui vont au-delà du gadget grand public et qui s’appuient sur des briques techniques précises : optimisation d’image par IA, périphériques haute fréquence de rafraîchissement, boîtiers PCIe USB4 exploitables pour l’accélération, plateformes d’IA embarquée. Ces caractéristiques dessinent des usages potentiels dans les salles de supervision, les postes de travail intensifs, les environnements industriels ou les infrastructures distribuées.
Avec The Freestyle+, Samsung ne se contente pas d’un « projecteur portable ». Le constructeur met en avant AI OptiScreen, une pile d’optimisation d’image reposant sur plusieurs modules intelligents : 3D Auto Keystone corrige la géométrie même sur des surfaces non planes, Real-time Focus réajuste en continu la netteté lors des mouvements, Screen Fit adapte automatiquement l’image à la surface de projection et Wall Calibration compense la couleur ou les motifs du mur afin de préserver la lisibilité. Le tout s’appuie sur Vision AI Companion, une couche d’assistance intégrant Bixby et des services IA partenaires pour piloter le contenu et les réglages de manière conversationnelle.
Son et affichage de haute précision
Sur le plan audio, The Freestyle+ intègre un haut-parleur à 360 degrés et s’appuie sur Q-Symphony, qui synchronise le son avec une barre de son Samsung compatible pour créer une scène sonore plus étagée. Pour un usage professionnel, ce type de projecteur pourrait servir de solution d’appoint en salle de réunion, en espace événementiel ou pour des équipes mobiles, avec un intérêt particulier pour les environnements contraints où l’auto-calibration et l’optimisation d’image réduisent le besoin de réglages manuels.
LG, de son côté, revient sur le segment des téléviseurs « artistiques » avec sa Gallery TV, associée au service Gallery+, et prépare une nouvelle gamme UltraGear orientée affichage de haute précision. Les modèles annoncés combinent définition élevée, dalles OLED ou Mini LED et traitements d’image par IA destinés à l’upscaling et à l’optimisation des scènes. Ces caractéristiques intéresseront directement les usages de visualisation avancée, de contrôle en temps réel ou de création graphique dès lors que les DSI disposent de politiques claires de gestion de parc, de sécurité des interfaces connectées et de mise à jour des microprogrammes.
Périphériques avancés et productivité augmentée
Le HyperSpace Trackpad Pro de Hyper, lauréat des CES Innovation Awards, illustre une autre tendance : la sophistication des périphériques d’entrée pour les postes de travail exigeants. Ce pavé tactile haptique, présenté comme le premier modèle premium pour Windows, combine des actionneurs piézoélectriques, une détection de force sur toute la surface et une fréquence de réponse annoncée à 240 Hz. Chaque geste est ainsi traduit de manière quasi instantanée sur l’écran, ce qui vise les usages de montage vidéo, de conception et de multitâche intensif. Via le logiciel Hydra Connect, l’utilisateur peut ajuster la force de clic, l’intensité du retour haptique, définir des zones de gestes et transformer le trackpad en pavé de macros selon l’application active, avec gestion du rejet de paume pour limiter les interactions parasites.
Le HyperDrive Next USB4 M.2 PCIe Enclosure (HD2500GL) cible quant à lui les besoins de stockage et d’extension PCIe. Ce boîtier externe délivre jusqu’à 64 Gb/s en mode PCIe sur USB4, de quoi exploiter à plein le potentiel de SSD NVMe PCIe 4.0 ou 3.0 et, surtout, héberger des cartes M.2 dédiées à des fonctions comme l’accélération IA, le traitement réseau ou le signal processing. L’installation sans outil, la compatibilité avec les formats M. 2 2230 à 2280 et un châssis IP55 avec gaine en silicone permettent un usage en mobilité ou sur site industriel. Pour les équipes IT, un tel périphérique deviendrait une brique d’infrastructure locale malléable, qui impose cependant des règles strictes d’inventaire, de chiffrement et de contrôle des ports USB-C sur les postes sensibles.
Les architectures matérielles davantage orientées IA
Ambarella, fournisseur de semiconducteurs IA pour la périphérie, organisera un briefing produits et technologies pendant le CES afin de détailler ses prochaines plateformes. Les puces de l’éditeur sont déjà utilisées dans des caméras de sécurité, des systèmes avancés d’aide à la conduite, des solutions de télématiques, des drones et d’autres robots, avec des blocs de traitement IA spécialisés pour l’analyse vidéo, la détection d’objets et la compréhension de scènes en temps réel. Les évolutions annoncées devraient prolonger cette logique, en renforçant densité de calcul, efficacité énergétique et intégration logicielle, ce qui intéressera directement les entreprises qui envisagent des architectures distribuées avec traitement en périphérie plutôt que dans le nuage.
En parallèle, les annonces attendues autour des plateformes processeur des grands concepteurs (Intel avec ses générations à venir, Qualcomm sur les gammes Snapdragon destinées aux PC) confirmeraient le déplacement du centre de gravité des architectures vers des blocs spécialisés pour les charges IA : NPU, accélérateurs matriciels, interconnexions mémoires optimisées. Pour les DSI, la question ne sera plus uniquement celle de la puissance brute, mais de la capacité à exploiter ces blocs dans des applications métier, avec des piles logicielles compatibles et des outils de supervision adaptés.
Écosystèmes connectés et santé numérique
Samsung mettra très en avant la nouvelle version d’AI Vision, intégrée à son réfrigérateur Bespoke AI Family Hub et à d’autres appareils de cuisine. Cette brique logicielle, désormais optimisée avec Google Gemini via Google Cloud, dépasse la simple reconnaissance d’images. Elle étend la base d’aliments identifiés, ne se limite plus à une liste préenregistrée et peut reconnaître des aliments transformés sans configuration spécifique, en mémorisant automatiquement les éléments rencontrés. AI Vision est également capable de tenir compte des étiquettes personnalisées apposées par l’utilisateur, ce qui facilite l’inventaire et la gestion de denrées stockées dans des contenants neutres.
Combinée aux caméras intégrées et aux capacités de traitement embarqué, cette approche permettrait de proposer des scénarios d’usage précis : génération de listes de courses en temps réel, alertes de péremption, recommandations de menus en fonction des stocks, voire optimisation énergétique en adaptant le refroidissement au contenu et aux habitudes d’ouverture. Pour les entreprises de la restauration, de l’hôtellerie ou de la santé, ces fonctions pourraient, à terme, être reliées à des systèmes de gestion intégrée ou à des référentiels de sécurité alimentaire, avec des enjeux de conformité, de traçabilité des données et de gestion des accès à ne pas sous-estimer.
Audience internationale, un signal préoccupant pour le CES 2026
Un autre paramètre mérite une attention particulière dans la lecture du CES 2026 : la composition réelle de son audience et, plus largement, la capacité du salon à jouer pleinement son rôle de carrefour mondial de l’innovation. Historiquement, la communication autour du CES démarre très tôt, portée par les grands groupes, mais aussi par les délégations nationales, les pavillons collectifs et les écosystèmes de startups. Ces dernières années, la présence française s’était distinguée par sa visibilité, avec une « armada » de jeunes pousses accompagnées par des dispositifs publics et privés, venues chercher des financements, des partenaires industriels et des débouchés commerciaux.
Or, à l’orée de janvier 2026, un silence inhabituel a précédé le salon. Aucune communication n’a émergé autour d’une délégation française d’ampleur comparable aux éditions précédentes. Aucun plan média, aucun relais institutionnel, aucune annonce coordonnée de pavillons ou de startups tricolores ne s’est déclarée dans le paysage informationnel. Ce mutisme ne constitue pas une preuve en soi, mais il constitue un signal faible, d’autant plus notable qu’il rompt avec une dynamique bien établie.
L’incertitude des politiques de visa restrictives
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette discrétion. Les contraintes économiques et le resserrement des financements pèsent toujours sur les jeunes entreprises. Mais un autre élément semble désormais s’inviter dans l’équation. La politique américaine de visas et de contrôle aux frontières, devenue plus restrictive, plus imprévisible et plus coûteuse en temps comme en ressources. Pour des startups en phase d’amorçage ou de série A, l’incertitude liée à l’obtention des autorisations de déplacement, la complexité administrative et le risque d’annulation tardive peuvent suffire à remettre en cause une participation.
Si cette tendance se confirmait, elle aurait un double effet. D’une part, le CES 2026 pourrait enregistrer une fréquentation internationale plus faible que les années précédentes, en particulier du côté des startups non américaines et des écosystèmes européens ou asiatiques. D’autre part, la nature même des innovations exposées pourrait s’en trouver biaisée, avec une surreprésentation des grands groupes et des acteurs déjà bien établis sur le marché américain, au détriment des signaux faibles, des approches alternatives et des innovations émergentes.
Dans ce cas, le CES resterait un indicateur précieux des feuilles de route des grands éditeurs et des industriels majeurs. En revanche, il pourrait devenir moins représentatif de l’innovation mondiale dans sa diversité, notamment en ce qui concerne les jeunes pousses en quête de validation marché, de partenariats ou de financements. L’absence relative de startups françaises, si elle se confirmait sur le terrain, priverait également le salon d’une partie de son rôle traditionnel de tremplin et de laboratoire d’idées.























