Avec une croissance annuelle de 4 % à taux constants, un ARR porté à 4,50 milliards d’euros et une marge opérationnelle non-IFRS de 32 %, Dassault Systèmes a clos 2025 sur une trajectoire maîtrisée plutôt que spectaculaire. Dans un environnement industriel ralenti et sous tension géopolitique, le groupe privilégie la visibilité récurrente, la discipline d’exécution et l’IA industrielle embarquée dans ses jumeaux virtuels.
L’exercice 2025 a confirmé la transformation progressive du modèle économique de Dassault Systèmes. Le chiffre d’affaires total s’est établi à 6,24 milliards d’euros, en hausse de 4 % à taux de change constants, tandis que le chiffre d’affaires logiciel a progressé de 4 % à 5,64 milliards d’euros . La croissance est restée modérée, notamment au quatrième trimestre avec une progression limitée à 1 % à taux constants, sur fond de faiblesse du secteur automobile en Europe et de base de comparaison élevée.
La rentabilité, en revanche, a été préservée. La marge opérationnelle non-IFRS s’est établie à 32,0 % sur l’année et à 37,0 % au quatrième trimestre, en amélioration par rapport à 2024. Le bénéfice net dilué non-IFRS par action a atteint 1,31 euro, en hausse de 7 % à taux constants. Cette combinaison d’une croissance contenue et d’une marge solide donne le ton d’une stratégie axée sur l’exécution plutôt que sur l’effet d’annonce.
Le modèle récurrent atteint 82 % du CA logiciels
La transformation la plus structurante concerne la nature des revenus. En 2025, le chiffre d’affaires souscription et support a progressé de 6 % à 4,62 milliards d’euros, tandis que les licences et autres ventes de logiciels ont reculé de 6 % à 1,02 milliard d’euros . Le chiffre d’affaires récurrent représente désormais 82 % du chiffre d’affaires logiciel, contre 80 % en 2024.
Au quatrième trimestre, cette dynamique s’est traduite par une part récurrente de 76 % du chiffre d’affaires logiciel, en hausse d’un point sur un an . Dassault Systèmes a annoncé la publication en 2026 d’un indicateur d’Annual Run Rate, défini comme la valeur annualisée des contrats actifs d’abonnements, de SaaS, d’hébergement et de maintenance. L’ARR a atteint 4,50 milliards d’euros à fin 2025, en hausse de 6 % sur un an .
Ce choix d’indicateur traduit une évolution vers un modèle de type SaaS, aligné sur les engagements contractuels dans le temps en remplacement du modèle à licences. Pour les clients, cette trajectoire renforce la visibilité budgétaire mais confirme également la dépendance croissante aux abonnements et au Cloud.
3DExperience et Cloud progressent dans une Europe en recul
La plateforme 3DExperience a enregistré une croissance annuelle de 10 % et représente 41 % du chiffre d’affaires logiciel éligible . Le chiffre d’affaires logiciel Cloud a progressé de 8 % sur l’année et de 9 % au quatrième trimestre, avec une hausse de 32 % pour le 3DExperience Cloud à taux constants .
La géographie reste contrastée. Les Amériques, qui représentent 39 % du chiffre d’affaires logiciel, ont progressé de 5 % sur l’année. L’Asie a également crû de 5 %, tandis que l’Europe, qui pèse 38 %, n’a progressé que de 2 % sur l’exercice et a reculé de 5 % au quatrième trimestre . Cette hétérogénéité reflète la sensibilité du modèle aux cycles sectoriels, en particulier dans l’automobile.
La ligne Innovation industrielle, cœur historique du groupe, a progressé de 6 % sur l’année à 3,13 milliards d’euros. Les Sciences de la vie ont reculé de 2 % à 1,08 milliard d’euros, affectées notamment par la dynamique de Medidata . L’Innovation pour les PME a progressé de 2 % à 1,43 milliard d’euros, portée par Seolidworks.
IA industrielle et jumeaux virtuels comme différenciation
Le discours stratégique du groupe place l’IA au cœur des « 3D UNIV+RSES » et des jumeaux virtuels. Pascal Daloz a évoqué le lancement de trois catégories de solutions génératives intégrant nativement l’IA, à savoir les Virtual Companions, les Generative Experiences et les Virtual Twins as a Service . Un partenariat stratégique avec NVIDIA vise à développer des « World Models industriels » à grande échelle.
Cette orientation distingue Dassault des acteurs positionnés sur des architectures cognitives légères ou sur des assistants généralistes. L’IA proposée ici est couplée à la modélisation, à la simulation et à la science des données, au service de processus industriels complexes. Elle suppose une intégration profonde aux environnements existants, des capacités de calcul accéléré et une gouvernance des données adaptée aux environnements critiques.
Pour les entreprises industrielles, l’enjeu ne réside pas dans l’automatisation documentaire mais dans la capacité à virtualiser un système produit ou un processus complet, avec des impacts mesurables sur les cycles de développement, la qualité et la conformité réglementaire. La question reste celle du rythme d’adoption et de la capacité de cette IA à générer une accélération de la croissance au-delà du modèle récurrent.
Objectifs 2026 prudents dans un environnement mondial incertain
Pour 2026, le groupe vise une croissance du chiffre d’affaires total comprise entre 3 % et 5 % à taux de change constants, avec une marge opérationnelle non-IFRS attendue entre 32,2 % et 32,6 % et un BNPA dilué compris entre 1,30 et 1,34 euro . Ces objectifs confirment une trajectoire de progression maîtrisée plutôt qu’un changement de régime.
Le document d’enregistrement universel rappelle les risques liés à l’environnement géopolitique, aux restrictions commerciales, à l’inflation et à l’allongement potentiel des cycles de vente . Dans ce contexte, la stratégie consiste à consolider la base installée, à renforcer la part récurrente et à introduire progressivement des offres d’IA industrielle monétisées sur la durée.
Dassault Systèmes avance ainsi à contretemps des cycles médiatiques de l’IA. La priorité n’est pas la rupture spectaculaire mais la consolidation d’un modèle récurrent robuste et l’intégration progressive de capacités d’intelligence artificielle dans des environnements industriels à forte valeur ajoutée. Pour les DSI et les directions métiers, le signal est clair. La transformation ne sera pas brutale, mais elle sera structurante, à mesure que les jumeaux virtuels et l’IA deviendront des composants natifs des architectures industrielles.
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