Dans de nombreuses organisations, un constat s’impose : les transformations annoncées peinent à se concrétiser. Ce décalage entre vision stratégique et réalité opérationnelle a un nom : le transformation value gap. Il ne résulte pas d’un manque d’ambition, mais d’une difficulté à faire descendre, incarner et comprendre la transformation sur le terrain.

Dans un contexte où tout s’accélère - digitalisation, IA, travail hybride, évolution des attentes sociales - un acteur devient central : le manager de proximité. Longtemps cantonné au pilotage opérationnel, il est aujourd’hui la clé pour traduire la stratégie en actions réelles. Là où la vision peut paraître abstraite, il apporte de la clarté ; là où les équipes doutent, il crée de la cohérence; là où le changement suscite des résistances, il installe un cadre de confiance.

C’est ce qui fait de lui, selon l’expression de Josh Bersin, un véritable « super manager » : communicant, coach, relais culturel, facilitateur et accompagnateur de la transformation. Valoriser ces rôles est désormais essentiel. Les managers doivent être reconnus comme de véritables acteurs du changement, soutenus par la communication interne, les RH et des outils technologiques capables de les aider à incarner durablement la stratégie.

De la communication descendante à la connexion : dé-risquer le changement

Pendant longtemps, les organisations ont envisagé la communication comme un fleuve descendant : informer, expliquer, transmettre. Mais actuellement, cette logique ne suffit plus. Les collaborateurs demandent désormais à comprendre, pas seulement à exécuter. À vivre le changement, pas seulement à l’entendre/le subir ? ce qui pour les entreprises leur demande d'instaurer une communication connectée, continue et contextualisée, qui crée du sens dans le quotidien des équipes.

Le rôle du manager s’amplifie pour devenir un relais stratégique, un lien entre la vision et le terrain, un catalyseur de sens et d’engagement, un acteur qui incarne les messages et absorbe les réticences au changement. Son rôle dépasse largement la gestion opérationnelle : il incarne la culture, engage, facilite, développe et fédère. Et, ses forces - intelligence émotionnelle, adaptabilité, écoute active, capacité à gérer la complexité, valorisation des contributions, mesure de l’engagement, installation d’une culture de feedback, participation des collaborateurs à la vie du groupe - deviennent des atouts déterminants pour faire vivre la transformation.

Trois tendances renforcent ce mouvement :
  • Le travail hybride, qui accentue le besoin de sens et de reconnaissance ;
  • L’épuisement du management traditionnel, pris dans l’étau objectifs/reporting/attentes humaines ;
  • L’évolution de la fonction managériale, désormais hybride entre rôles RH, soutien culturel et accompagnement de la transformation.
Dans un contexte où les orientations stratégiques risquent de rester théoriques ou une simple profession de foi, le manager devient l’élément clé pour transformer la vision en impact réel.

Le fossé managérial : pourquoi la stratégie ne “descend” pas ?

Le paradoxe est saisissant : jamais les ambitions de transformation n’ont été aussi élevées, et jamais les managers n’ont été autant sollicités et n’ont eu un rôle aussi élargi (écoute, engagement, bien-être, inclusion, conduite du changement,...), les plaçant dans une posture intenable.

Dans cette équation déjà difficile, s’ajoute souvent à cela un manque de temps, de ressources, de formation adaptée, d’outils simples et clairs pour accompagner le changement. Et, les conséquences se font sentir à plusieurs niveaux, tant sur plan opérationnel qu’humain :
  • Pour l’organisation, une transformation qui patine, des résistances sourdes, un ROI tronqué.
  • Pour les managers, la fatigue, la pression, le sentiment de ne plus pouvoir accompagner.
  • Pour les équipes, le désengagement, la perte de sens, la défiance, le départ.
Un autre écueil majeur réside dans le décalage entre les discours de la direction et ce que les managers peuvent réellement mettre en œuvre. Beaucoup d’organisations restent enfermées dans des logiques de command & control, tout en demandant à leurs managers d’être simultanément coachs, facilitateurs et communicants. Or, lorsqu’un manager n’a ni l’espace ni les moyens d’incarner la vision, celle-ci se fragilise avant même d’atteindre le terrain. La posture du « super manager » ne peut s’épanouir dans une culture dominée par le contrôle, les silos et le reporting.

C’est dans cet interstice que la communication interne devrait jouer un rôle déterminant. Non pas comme simple productrice de contenus ou d’outils, mais comme véritable architecte de confiance, capable de soutenir, d’accompagner et de sécuriser les transformations. Pourtant, elle demeure encore trop souvent sous-investie, alors même qu’elle est indispensable pour dé-risquer les changements et soutenir les managers.

La montée en puissance des managers : passer du taux d’engagement à l’alignement collectif

Un collaborateur engagé n’est pas nécessairement aligné. L’alignement naît d’une compréhension partagée du pourquoi et du comment, et de la capacité du manager à distiller la transformation dans le quotidien. C’est là que sa montée en puissance devient décisive.

Le manager doit d’abord devenir un agent d’alignement : celui qui relie la vision au terrain, transforme la stratégie en actions concrètes et crée la connexion entre le sens et l’exécution.

Il est aussi un facilitateur de l’expérience collaborateur : il écoute, coach, donne du feedback, installe un climat de confiance et valorise les contributions. Enfin, il devient un pilote de l’engagement et de l’appropriation, capable de mesurer le ressenti, détecter les signaux faibles, simplifier et accompagner l’adoption réelle des changements.

Pour permettre à ces rôles de s’exprimer pleinement, les organisations doivent investir sur plusieurs leviers : former les managers aux compétences clés (écoute, feedback, leadership hybride, culture digitale), clarifier leur rôle stratégique, connecter RH, communication interne et management à travers des parcours intégrés de communication et de changement, mettre en place de nouveaux indicateurs

- compréhension, adhésion, capacité d’action - et instaurer des rituels managériaux réguliers.

Dans cette dynamique, l’IA peut devenir un véritable co-pilote du manager : elle personnalise les messages, identifie les zones de résistance, fournit des insights opérationnels et simplifie la mesure

de la compréhension et du ressenti. Elle ne remplace pas la relation humaine ; elle la renforce. En libérant du temps et en améliorant la lisibilité des situations, elle permet un management plus précis, plus personnalisé, sans jamais déshumaniser.

Pour combler le transformation value gap, les entreprises doivent miser sur une communication stratégique, connectée et personnalisée : soutenue par la technologie, mais avant tout incarnée par l’humain. Le super manager devient alors la véritable interface du changement : à la fois coach, communicant et traducteur de sens, il transforme la stratégie en engagement concret. Aux RH de “lead the shift”, c'est-à-dire de devenir de véritables accélérateurs de transformation, en donnant aux managers les moyens d’agir et en mesurant non plus seulement l’engagement, mais l’alignement et l’impact. Elles ne sont plus de simples accompagnatrices, mais les architectes du mouvement, capables d’orchestrer un mouvement réellement vécu et partagé. C’est là que tout se joue.

Emmanuelle Loye, Directrice France, Staffbase
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