Un rapport Capgemini Research Institute identifie trois dynamiques structurantes pour les DSI en 2026 : l’évolution vers des architectures cloud hybrides optimisées pour l’IA, la transformation des systèmes opérationnels en cœurs intelligents et la redéfinition de la souveraineté comme principe d’architecture. Il s’attend à un réalignement profond de la pile technologique sous contrainte de performance, de résilience et de gouvernance.
En 2026, les directions informatiques devraient ajuster progressivement leurs priorités autour de trois paramètres convergents identifiés par le rapport « Top Tech Trends of 2026 » du Capgemini Research Institute : l’hybridation du cloud sous contrainte d’IA, l’intégration d’agents dans les processus métiers et l’inscription de la souveraineté dans les choix d’architecture. L’enjeu relève d’un réalignement méthodique des infrastructures et des modèles opérationnels afin de structurer le SI post-IA et post-souveraineté.
Le rapport indique que les dépenses mondiales en cloud public devraient passer de 723 milliards de dollars en 2025 à 1470 milliards de dollars en 2029, selon les données Gartner reprises par Capgemini. Entre 10 et 15 % de ces investissements seraient directement liés à l’IA générative. Ce mouvement budgétaire s’explique par la nécessité d’exécuter des charges d’inférence, d’entraînement et d’orchestration sur des environnements distribués, capables de concilier performance, localisation des données et exigences réglementaires.
Parallèlement, la souveraineté technologique évolue dans son interprétation. Nicolas Gaudillière, CTO de Capgemini Invent France, souligne que « la souveraineté technologique n’est plus une abstraction politique » et que le débat porte désormais sur « la gestion de l’interdépendance et l’autonomie stratégique ». Cette inflexion replace la continuité d’activité et la maîtrise des dépendances aux fournisseurs au cœur des arbitrages d’architecture.
D’ici 2029, 1,47 billion de dollars de dépenses IA dans le cloud
La projection d’un marché cloud public atteignant 1 470 milliards de dollars en 2029, contre 723 milliards en 2025, traduit une montée des investissements liés à l’exécution des charges IA. Capgemini précise que 10 à 15 % de ces dépenses concerneront l’IA générative, soit un volume potentiel compris entre 147 et 220 milliards de dollars. Cette part budgétaire correspond à des besoins en calcul intensif, en stockage sécurisé et en orchestration d’agents opérant sur plusieurs environnements.
Eric Fradet, CTO et Head of Industrialization of Cloud Infrastructure Services chez Capgemini, indique que « le cloud entre dans une nouvelle phase » et qu’il doit fournir « le tissu intelligent requis pour exécuter des charges IA et orchestrer des systèmes agentiques ». Pour les DSI, cela implique la conception d’architectures hybrides articulant environnements publics, privés et en périphérie réseau, avec des mécanismes de portabilité et de supervision unifiée. Pour les RSSI, la dispersion des charges impose des contrôles d’accès consolidés et des dispositifs d’audit intercloud.
Les processus métiers basculent dans l’agentification
Le rapport décrit une transformation des systèmes ERP, CRM et logistiques en « cœurs intelligents » combinant IA générative, automatisation robotisée des processus et analyse en temps réel. Cette évolution intervient alors que 75 % des organisations de plus de 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires ont déjà piloté ou déployé l’IA générative pour l’ingénierie logicielle. Cette diffusion modifie les méthodes de conception, de test et de maintenance des applications.
Manuel Sevilla, CTIO de Capgemini Business Services, précise que « les opérations ne sont plus des systèmes statiques optimisés une fois pour toutes » et qu’elles deviennent des « cœurs adaptatifs où l’IA est intégrée aux processus ». Cette intégration suppose une gouvernance explicite des niveaux d’autonomie des agents, des mécanismes d’escalade vers l’humain et une journalisation systématique des décisions automatisées. Les directions informatiques doivent articuler gains de productivité et exigences d’explicabilité, notamment dans les environnements soumis à audit.
La souveraineté s’intègre aux critères d’architecture multicloud
Capgemini souligne que l’autonomie complète demeure irréaliste dans un environnement dépendant des chaînes mondiales de semiconducteurs, des fournisseurs de calcul intensif et des modèles open source. Le rapport mentionne le développement de régions cloud souveraines, de clusters GPU nationaux et de chaînes d’approvisionnement diversifiées afin d’assurer la capacité de redéploiement des charges critiques en cas de contrainte géopolitique ou réglementaire.
Nicolas Gaudillière évoque le passage d’une « illusion d’isolement » à une gestion structurée de l’interdépendance. Pour les DSI, cela implique l’adoption de cadres de portabilité applicative, la duplication des environnements sensibles sur plusieurs fournisseurs et la mise en œuvre de contrôles cryptographiques localisés. Les RSSI doivent, en parallèle, intégrer des dispositifs d’administration indépendante et de vérification des accès dans des environnements hybrides où coexistent infrastructures publiques et privées.
Ces tendances convergent vers une évolution progressive, mais mesurable des responsabilités des directions informatiques. L’augmentation des investissements cloud liés à l’IA, l’intégration d’agents dans les processus métiers et la diversification des dépendances technologiques repositionnent l’architecture comme levier de continuité et de résilience. Les indicateurs de performance porteront désormais sur la capacité à redéployer des charges critiques, à tracer les décisions automatisées et à maintenir l’activité malgré des contraintes d’environnement ou de fournisseur.






















