Par Laurent Seror, CEO d'Outscale

Le premier ministre l'a récemment exposé dans une tribune : la France doit faire sa 4e révolution industrielle. Il en va de la productivité et de la compétitivité de nos entreprises, moyennes ou grandes. De la même façon que la démocratisation de l'électricité a permis l'essor de la mécanisation dans les usines, le Cloud rend aujourd'hui possible l'industrialisation du partage de la connaissance. Grâce à lui, toutes les entreprises peuvent construire facilement des systèmes informatiques plus agiles, dimensionnés en fonction de leurs besoins. Il sera donc une composante centrale de cette révolution industrielle espérée, à condition de privilégier un Cloud souverain, au risque de voir notre innovation captée par des acteurs étrangers.

Accélérer les innovations industrielles, grâce au Cloud
Il y a encore quelques années, construire un algorithme d'intelligence artificielle ou un réseau neuronal demandait des moyens et des compétences de pointe. Aujourd'hui, en s'adressant à un fournisseur de services Cloud on peut accéder, pour une somme modique, à une très grande puissance de calcul et de traitement. Ainsi, lorsque Mark Zuckerberg a créé Facebook, l'une de ses principales difficultés reposait sur l'accès aux serveurs. Si, à l'époque, le Cloud avait existé, il aurait pu aller beaucoup plus vite.

On pourrait ainsi comparer cette technologie à nos infrastructures routières. Lorsque vous voulez développer une région, vous devez construire des voies de circulation, afin de relier les hommes et les territoires. Pour transformer nos entreprises industrielles, celles-ci doivent en faire autant avec leurs systèmes informatiques dans l'optique de créer des applications, mais aussi des passerelles entre ces dernières. Cette autoroute, c'est le Cloud, qui leur donne la possibilité de récupérer en quelques secondes les meilleures briques logicielles, là où elles se trouvent.

Grâce aux providers et au mode Solution as a Service (SaaS), les PME industrielles ont désormais les moyens de disposer facilement de tous ces outils et, donc, d'accélérer leur révolution numérique à moindre coût. En démocratisant l'accès à des ressources puissantes, le Cloud leur offre un avantage compétitif de taille.

Privilégier un Cloud souverain pour ses données critiques
Toutefois, quelques précautions s'imposent avant de se lancer dans le nuage, car celui qui maîtrise la data, maîtrise le monde. On le voit bien avec la toute-puissance des GAFAM, qui misent résolument sur la donnée pour s'imposer en disruptant leurs marchés. Il y a quelques jours, Google a payé 9 milliards de dollars à Apple pour rester le moteur de recherche par défaut de son système d'exploitation iOS. Qui serait prêt à débourser une telle somme pour un service « gratuit », si l'unique objectif n'était pas d'utiliser les données des internautes à des fins commerciales ou de recherche ?

Or, dans le monde de l'industrie, où les informations sont particulièrement sensibles, s'assurer de garder le contrôle sur ses données, afin de les protéger efficacement, se révèle éminemment stratégique. Seulement, en choisissant un provider étranger, tel qu'Amazon ou Alibaba, dont l'offre de services Cloud n'est qu'une activité parmi d'autres, nos entreprises courent un vrai risque : celui de voir leurs informations critiques tomber entre les mains de la concurrence. Même cryptée, une bonne idée reste une bonne idée ! Les réglementations comme le Cloud Act, mais aussi les législations chinoises, tout aussi intrusives, qui autorisent les États à collecter les données étrangères circulant sur les systèmes informatiques de leurs entreprises, n'ont vraiment rien de rassurant.

Notre premier ministre a rappelé dans sa tribune que pour aider les PME industrielles à faire leur révolution, il fallait s'appuyer sur des « offreurs de solutions », ces sociétés qui développent et proposent des produits ou services à la pointe de la technologie. C'est une très bonne chose, mais n'oublions pas de rappeler qu'il faut également se tourner vers les providers de Cloud BtoB français, au risque de voir l'intelligence de nos ingénieurs et notre savoir-faire passer à la concurrence étrangère !

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