Passée la surprise des grandes manœuvres engagées par les géants de l’informatique Dell et HP, les marchés et les analystes se font plus critiques. Et s’ils se montrent plutôt optimistes sur la fusion de Dell et EMC, après la séparation de HP en deux entités, la stratégie de HPE, dont le spin-off de la division des logiciels, est loin de faire l’unanimité !

Ils sont deux vénérables acteurs du marché des infrastructures informatiques. Mais leurs stratégies sont différentes. Lorsque Dell procède à l’acquisition d’EMC pour construire Dell Technologies, Hewlett-Packard Enterprise se sépare des services, puis de la plupart de ses activités dans le logiciel sous la forme d’un spin-off avec Micro Focus (lire "HPE spin-off ses logiciels ‘non stratégiques’ : 9 temps forts de l’actu digitale du 09 septembre").

Les marchés financiers n’ont pas apprécié de la même manière les deux opérations. Les analystes ont souligné, avec admiration parfois, la vitesse et la précision de la fusion entre Dell et EMC, qui permet de construire un Dell Technologies plus grand et plus fort.

Du côté de HPE, c’est l’effet inverse qui est pointé du doigt. « Spin margers », c’est en ces termes que Meg Whitman, la CEO de HPE, a qualifié l’opération de séparation des logiciels. Mais les analystes remarquent que le nouvel HPE ressort encore plus petit de l’opération que lors de la séparation de HPE avec HP Inc. ! Mais surtout, après la précédente séparation de CSC sur le service, la cession d’une partie du logiciel, qualifiée de « soldes » voire de « capitulation » par certains observateurs — le portefeuille cédé à Micro Focus l’a été à plus de la moitié de sa valeur d’acquisition ! – attire les foudres du marché.

Dell EMC vs HPE : deux stratégies

Alors que les deux sociétés veulent évoluer sur les mêmes marchés, les infrastructures hyperconvergées et de cloud, la différence entre les deux stratégies est flagrante. S’il a cédé quelques actifs considérés comme marginaux, principalement dans le logiciel, Michael Dell entend en pas tailler dans la masse. En particulier VMware demeurera la pépite du groupe. La stratégie du patron a toujours été très claire, et lui même n’a pas quitté la tête du groupe qu’il a créé.

À l’inverse, la tête de HP n’a pas cessé d’être l’objet de turbulences. Qui ont commencé il y a 15 ans, lorsque Carly Fiorina, lassée de ne pouvoir acquérir PricewaterhouseCoopers, s’était rabattue sur Compaq. La stratégie du groupe s’est ensuite enlisée dans le rachat de EDS, pour 14 milliards de dollars. Puis est venue l’acquisition d’Autonomy, une opération de 11 milliards de dollars qui a entraîné une dépréciation de 8 milliards !

Mettre fin à 15 années de gâchis

En misant sur un HPE plus petit, Meg Whitman tente de nettoyer 15 années de gâchis ! Mais cette nouvelle stratégie intervient à un moment où les entreprises abandonnent leurs infrastructures au profit de quelques rares acteurs du cloud. Dell occupe déjà une bonne place dans le nuage. Quand à la stratégie cloud d’HPE, elle paraît bien positionnée sur la tendance. Mais sera-t-elle suffisante pour répondre à une réduction des relations autour d’un nombre plus réduit de partenaires technologiques ? Et comment va évoluer sa relation avec des distributeurs ?

Si, comme le soulignent les observateurs du marché, la stratégie de Dell est claire et ses pratiques efficaces, du côté de HPE c’est le doute et l’attente qui dominent. À suivre.

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