La forte progression de l’automatisation, annoncée dans le rapport du Forum Economique Mondial sur le futur du travail, va nécessiter de nouvelles compétences. Les employés, mais aussi les employeurs sont concernés par cette évolution, et doivent dès à présent s’y préparer.

Selon le Forum Economique Mondial, la percée des technologies comme l’intelligence artificielle ou la robotisation pourrait permettre la création de 133 millions de nouveaux postes à l’échelle mondiale. Pour en bénéficier, la question des compétences va se poser avec une acuité accrue pour les employés, aussi bien actuels que futurs. Afin de bénéficier de cette quatrième révolution industrielle, les entreprises vont aussi devoir anticiper ce changement : sans compétences adéquates, les gains de compétitivité espérés risquent en effet d’être limités.

Une forte demande pour les experts techniques

Dans les prochaines années, plusieurs rôles déjà bien établis vont monter en puissance. D’ici 2022, la demande de profils spécialisés dans l’analyse de données et la data science, de développeurs ou de spécialistes du e-commerce et des réseaux sociaux va ainsi augmenter. Le rapport prévoit également une hausse des métiers faisant appel à des compétences considérées comme spécifiquement humaines : service client, professionnels de la vente et du marketing, formateurs, experts des relations humaines et culturelles, consultants spécialisés dans les organisations ou l’innovation. Sans surprise, le Forum Economique Mondial s’attend enfin à une forte accélération de la demande pour des profils aujourd’hui émergents :

  • spécialistes de l’Intelligence Artificielle et du Machine Learning
  • ingénieurs Big Data,
  • experts de l’automatisation des processus
  • consultants en cybersécurité,
  • designers formés à l’expérience utilisateur et aux interactions homme-machine,
  • ingénieurs en robotique,
  • experts de la Blockchain.

42% des compétences requises pour travailler vont changer

La majorité des employeurs interrogés dans le cadre de l’étude s’attendent à un changement des compétences requises pour exercer la plupart des métiers. Si 58% des compétences actuellement nécessaires devraient rester identiques, le reste, soit 42%, vont évoluer au cours de la période 2018-2022.

Pour cette raison, pas moins de 54% des employés vont devoir se réorienter ou monter en compétences de façon importante d’ici 2022. Pour 35% d’entre eux, une formation inférieure à six mois devrait suffire. 9% nécessiteront une formation de moins d’un an, tandis que 10% devront se former sur plus d’un an. Les compétences qui vont connaître une hausse de la demande englobent la pensée analytique et les capacités d’innovation, ainsi que toutes les stratégies d’apprentissage – autant d’atouts dans un monde où la formation continue va devenir un impératif. Les compétences techniques, comme la conception et la programmation, vont prendre de plus en plus d’importance, reflétant les besoins des employeurs autour des différentes technologies. Néanmoins, l’aisance avec les nouvelles technologies n’est qu’une des facettes de la redistribution des savoir-faire à l’œuvre. Les talents « propres à l’humain », comme la créativité, l’originalité, la capacité d’initiative, la pensée critique, la persuasion et la négociation vont conserver, voir accroître leur valeur aux yeux des entreprises. Il en va de même de l’attention au détail, la capacité de résilience, la flexibilité ou encore la résolution de problèmes complexes. Enfin, l’intelligence émotionnelle, le leadership, l’influence sociale et le sens du service, qui ont déjà les faveurs des recruteurs, devraient eux-aussi être davantage recherchés.

Des entreprises peu enclines à former leurs collaborateurs

Pour anticiper ces besoins en compétences, les entreprises ont trois stratégies : recruter de nouveaux employés possédant déjà les compétences recherchées, chercher à automatiser entièrement certaines tâches et former leurs collaborateurs existants. Pour les répondants, la probabilité d’embaucher de nouveaux collaborateurs avec les compétences adéquates est près de deux fois supérieure au risque de se retrouver avec des effectifs à la traîne. Néanmoins, près d’un quart des entreprises sont encore incertaines quant à la formation de leurs employés actuels, et deux tiers s’attendent à ce que les travailleurs se forment eux-mêmes au moment où ils changent de poste. Plus de la moitié des répondants indiquent un probable recours à des partenaires externes, du travail temporaire ou des travailleurs freelances en cas de compétences manquantes.

Les efforts ciblés sur les employés à forte valeur ajoutée

Les entreprises veulent concentrer leurs efforts de formation sur les employés qui occupent des postes à forte valeur ajoutée, afin de renforcer leurs capacités stratégiques. 54% veulent cibler les collaborateurs avec des postes clefs, 53% ceux qui sont au contact avec les clients. 41% des employeurs veulent aussi former en priorité les employés avec un haut niveau de performance, mais 33% seulement mettent la priorité sur les travailleurs les plus exposés avec la révolution technologique. En d’autres termes, ce sont les employés qui ont le plus besoin de formations qui ont le moins de chances de recevoir celles-ci… Pour les auteurs du rapport, c’est sur cet aspect que les pouvoirs publics vont avoir un rôle important à jouer. Ajoutons que si les entreprises se montrent trop frileuses sur la formation de leurs collaborateurs, elles risquent de se retrouver en forte compétition sur de nombreux profils.

Source : The Future of Jobs Report, World Economic Forum

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