Avec Snapdragon X2 Plus, Qualcomm abaisse le ticket d’entrée des PC Copilot+ sans toucher au cœur du message marketing, le NPU reste à 80 TOPS. La baisse de gamme se joue ailleurs, sur la densité CPU, sur la fréquence GPU, et sur la quantité de cache, donc sur la capacité à soutenir des charges lourdes et continues. Cette stratégie ressemble davantage à une segmentation structurée qu’à une hypersegmentation, mais elle entretient une ambiguïté sur la promesse d’inférence locale, qui demeure contrainte par la mémoire, la bande passante et la dissipation, bien plus que par un chiffre unique de TOPS.

Les CES 2026 s'est ouvert hier sur une série d'annonces de plateformes pour l'IA et, éventuellement, l'inférence sous le bureau. Les concepteurs et les fabricants de plateformes sont ainsi sur le pont pour pousser la prochaine génération d'ordinateurs de bureau et de plateformes d'inférence. Ainsi, le point saillant de l’annonce de Qualcomm tient au maintien d’une NPU Hexagon annoncée à 80 TOPS sur les déclinaisons X2 Plus, soit le même ordre de grandeur que les puces supérieures de la famille X2. Or Microsoft positionne Copilot+ PC autour d’un plancher de 40 TOPS côté NPU, avec des exigences associées sur la mémoire et le stockage. Qualcomm place donc toute la gamme au-dessus du seuil d’éligibilité, puis différencie l’expérience par le reste de la chaîne de traitement.

Deux références structurent le X2 Plus. Le X2P-64-100 embarque dix cœurs Oryon répartis entre six cœurs Prime et quatre cœurs Performance, avec un cache total annoncé à 34 Mo. Le X2P-42-100 descend à six cœurs Prime, sans cœurs Performance, avec un cache total annoncé à 22 Mo. Sur le papier, la fréquence maximale en pointe reste voisine entre les deux, autour de 4 GHz, mais la réduction de cœurs, de cache et de ressources parallèles pèse sur les charges multi-fil, sur la compilation, sur les lots applicatifs et sur les usages créatifs continus.

La mémoire, un marqueur de crédibilité pour l’IA locale

La coupe est encore plus lisible côté graphique. Les deux puces utilisent une même famille de processeur graphique intégré Adreno X2-45, mais le réglage de fréquence diverge fortement. La variante dix cœurs est annoncée à 1,7 GHz, la variante six cœurs à 0,9 GHz. C’est un levier classique pour tenir des enveloppes thermiques plus basses et des conceptions plus fines, mais cela marque aussi la limite du discours “créateurs” lorsqu’il s’agit de rendu, d’effets, de retouche lourde ou de jeux.

Qualcomm conserve un élément rarement mis en avant dans les discours grand public, la capacité mémoire. Les X2 Plus sont annoncés avec la prise en charge de 128 Go de LPDDR5x à 9 523 MT/s au maximum. Les sources techniques évoquent un bus 128 bits et un ordre de grandeur de bande passante à 152 Go/s. Cet axe compte davantage pour l’IA locale que la plupart des slogans, car l’inférence est d’abord une affaire de placement mémoire, de débits, et de latences, surtout quand la session s’allonge et que le contexte grossit.

Qualcomm communique des progrès générationnels par rapport à Snapdragon X Plus. Les chiffres repris par la presse spécialisée mentionnent jusqu’à 35 % en mono-cœur sur Geekbench, jusqu’à 17 % en multi-cœur sur la variante dix cœurs, et un gain graphique annoncé autour de 29 % sur un test de type 3DMark Steel Nomad Light. Cela décrit une progression de plateforme, pas un basculement de catégorie, surtout quand la variante six cœurs réduit fortement la fréquence graphique pour descendre en prix.

Une segmentation cohérente

Le portefeuille X2 se structure autour d’un principe simple. Le NPU reste constant pour verrouiller l’éligibilité Copilot+ et la communication sur l’IA, tandis que la hiérarchie produit s’exprime par la combinaison CPU, GPU, cache et réglages énergétiques. Qualcomm cherche ainsi à adresser des machines annoncées comme plus abordables, souvent positionnées autour d’un plancher proche des 800 dollars pour la catégorie Plus selon les échanges rapportés à l’occasion du CES, quand la catégorie Elite se situe au-delà. Cela relève d’une segmentation lisible, avec deux références X2 Plus distinctes, plutôt que d’une hypersegmentation fondée sur une multiplication d’étiquettes sans différence technique.

Le débat sur l’“inférence sur PC” gagne à être recadré. Copilot+ repose sur des fonctions locales ciblées, souvent liées à l’image, à l’audio, à la traduction, et à des modèles optimisés pour NPU via les interfaces Windows. Ce périmètre progresse, mais il ne recouvre pas les usages les plus coûteux en calcul et en mémoire, comme la génération d’images lourdes, la vidéo, ou les modèles très volumineux. Le X2 Plus illustre cette réalité. Le NPU suffit à cocher la case Copilot+, mais la capacité à soutenir des charges génératives ambitieuses dépend du budget mémoire, du débit, du processeur graphique, et de l’enveloppe thermique. La conséquence industrielle la plus probable reste un modèle hybride, avec du local pour la latence et la confidentialité sur des tâches bien délimitées, et du cloud pour les charges massives.

Pour Qualcomm, l’intérêt est manifeste : en gardant 80 TOPS sur le milieu de gamme, l’entreprise normalise l’IA “de base” sur PC Windows et déplace la concurrence sur l’efficacité énergétique, la compatibilité applicative, et la qualité des pilotes graphiques, tout en ouvrant un volume de marché plus large. Pour les DSI, l’arbitrage restera pragmatique. La valeur se mesure sur la durée de batterie, la stabilité des performances sur batterie, la compatibilité des applications x86, et la gouvernance des usages IA, bien plus que sur la promesse implicite d’une inférence universelle en local.

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