Anthropic lance une version spécialisée de Claude pour la santé, quelques jours après l’annonce de ChatGPT Health par OpenAI. Les deux fournisseurs de modèles linguistiques ciblent un segment à fort volume et haute valeur ajoutée, où les requêtes médicales représentent déjà une part importante des usages des agents conversationnels.
La santé devient un terrain de conquête stratégique pour les fournisseurs de modèles linguistiques de nouvelle génération. En l’espace d’une semaine, OpenAI puis Anthropic ont annoncé des offres structurées pour répondre à la demande croissante d’assistance en matière médicale, de bien-être ou de recherche clinique. Ces annonces marquent un changement de cap, car au lieu de s’en tenir à des interfaces généralistes, les éditeurs misent désormais sur des environnements cloisonnés, des connecteurs métiers et une conformité renforcée.
Selon les données communiquées par OpenAI, plus de 230 millions de requêtes hebdomadaires en lien avec la santé sont déjà adressées à ChatGPT. Cette volumétrie justifie, selon l’entreprise, la création d’un espace dédié, capable de croiser les données personnelles (dossiers médicaux, résultats d’examen, historique d’activité physique) sans les utiliser pour réentraîner le modèle. Anthropic, de son côté, cible plus directement les professionnels du secteur, en intégrant Claude dans les flux de travail des assureurs, des établissements de soins et des chercheurs.
Automatisation des tâches administratives
Le nouveau service Claude for Healthcare permet d’automatiser des tâches comme la gestion des autorisations préalables, la coordination des soins ou l’analyse des prestations. Il s’appuie pour cela sur des connecteurs conformes à la norme HIPAA, capables d’interroger des bases de codification diagnostique (ICD-10), des bases de données de couverture ou des annuaires de prestataires. Claude peut ainsi générer des résumés, préremplir des formulaires ou assister un agent humain dans la préparation d’un dossier.
Anthropic insiste sur le fait que les données issues de ces interactions ne sont ni stockées ni utilisées pour affiner les modèles. L’entreprise souligne par ailleurs l’intégration avec Apple Health et Android Health Connect, afin d’étendre les usages aux données de bien-être et à la préparation des consultations. Cette capacité à traverser les registres administratifs et les données personnelles ouvre la voie à une nouvelle forme d’assistance, entre automatisation des tâches et contextualisation des interactions médicales. À l’inverse OpenAI a privilégié une approche par cloisonnement fonctionnel : le modèle utilisé reste unifié et n’intègre pas de connecteurs vers des bases métiers ou cliniques. L’objectif est de fournir une aide immédiate à la compréhension, à l’organisation et à la décision, sans impliquer une infrastructure métier complète.
Les sciences de la vie comme relais de croissance
Anthropic ne se limite pas à la sphère clinique. Son offre Claude for Life Sciences intègre des connecteurs vers PubMed, bioRxiv, Medidata ou ClinicalTrials.gov, avec des fonctions avancées d’assistance à la recherche. Parmi les usages ciblés figurent la génération de protocoles expérimentaux, l’analyse de données génomiques ou l’extraction de résultats d’études. Les fonctions appelées Agent Skills permettent de personnaliser le comportement du modèle selon le contexte scientifique ou réglementaire.
Ce positionnement vise les laboratoires, les équipes de R&D et les services réglementaires des entreprises biopharmaceutiques. Anthropic répond ainsi à une demande de plus en plus forte de productivité documentaire et d’aide à la navigation dans des corpus scientifiques, un marché en expansion rapide. Cette stratégie permet aussi de différencier l’offre Claude sur un marché où les grands modèles convergent souvent vers les mêmes cas d’usage grand public. Le choix des segments santé et sciences de la vie reflète une dynamique plus large dans l’industrie de l’IA : les fournisseurs de modèles misent désormais sur la spécialisation fonctionnelle. La santé combine plusieurs facteurs favorables à un démarrage rapide du marché : une densité de données importante, une demande forte de simplification des processus et des volumes d’interaction déjà très élevés. Le tout dans un cadre réglementaire qui impose des garanties strictes de sécurité et de traçabilité, propices à justifier des offres payantes ou segmentées.























