Une étude mondiale commandée par Rimini Street met en évidence une tension croissante chez les décideurs IT français. Sous la pression conjointe des coûts, de la pénurie de talents et des exigences de retour sur investissement, les DSI attendent davantage de l’IA et des systèmes d’entreprise, alors même que près de 40 % de leurs priorités restent absorbées par la conformité, l’optimisation budgétaire et les migrations cloud.

Les directions informatiques françaises évoluent désormais dans un environnement où chaque investissement technologique doit démontrer rapidement sa valeur. L’enquête mondiale, menée auprès de plus de 4 300 entreprises plusieurs secteurs, montre que les dirigeants subissent une pression accrue pour accélérer l’innovation par l’IA, tout en composant avec la hausse continue des coûts IT, la rareté des compétences et l’intensification des menaces cyber. Dans ce contexte, la promesse de valeur de l’IA reste sous surveillance, tandis que les responsables IT cherchent un équilibre fragile entre gains opérationnels immédiats et construction d’une trajectoire technologique soutenable.

Le rapport spécifique à la France et au Benelux souligne l’ampleur du blocage humain. Pas moins de 94 % des DSI, directeurs financiers, RSSI et dirigeants interrogés estiment que la pénurie de talents compromet directement leurs objectifs à long terme. Si l’automatisation et l’IA figurent en tête des priorités à cinq ans, la quasi-totalité des répondants pointent la progression des coûts d’abonnements ERP et la dépendance vis-à-vis des éditeurs comme des freins structurels à l’innovation. Cette contrainte de ressources s’ajoute à un empilement applicatif hérité qui continue de mobiliser une part significative des équipes.

L’ERP agentique, l’avenir des systèmes de gestion

Dans le détail, les DSI français attendent de leurs investissements technologiques un retour sur investissement moyen de 31 % sous un à deux ans, puis de 37 % sur un horizon de trois à cinq ans. Pourtant, près de 40 % des priorités IT à court terme restent concentrées sur la conformité réglementaire, l’optimisation des coûts et les projets de migration vers le cloud. À cela s’ajoute un poids opérationnel persistant, puisque 23 % du temps IT demeure consacré à la maintenance des ERP existants, réduisant mécaniquement la capacité d’expérimentation autour de nouveaux usages.

Deux tiers des décideurs de la région anticipent des transformations majeures autour des logiciels ERP. Selon l’étude, 33 % estiment que l’ERP agentique, fondé sur une prise de décision pilotée par l’IA, représente l’avenir des systèmes de gestion. Cette projection s’inscrit dans un climat de défiance vis-à-vis des modèles actuels, marqué par des coûts de maintenance élevés, une pression constante des éditeurs pour imposer des mises à niveau, et un manque de flexibilité perçu comme incompatible avec le financement de l’innovation.

En France et au Benelux, le manque de transparence des politiques tarifaires et la dépendance aux fournisseurs arrivent en tête des préoccupations, davantage que dans les autres régions du monde. Ces inquiétudes devancent même l’insuffisance de support local, qu’il s’agisse de la langue ou du fuseau horaire. Ce rapport de force économique alimente une remise en question progressive des trajectoires ERP traditionnelles, au profit de modèles plus modulaires, censés libérer des budgets pour l’IA, l’automatisation et l’exploitation des données.

Une généralisation de l’externalisation IT

L’étude met également en évidence une généralisation de l’externalisation. 99 % des répondants déclarent confier déjà une partie de leurs opérations IT à des prestataires, en particulier pour la cybersécurité et le support applicatif. Parallèlement, la gestion des risques devient un axe central de pilotage, portée par l’incertitude économique, les évolutions réglementaires et les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement.

Cette approche plus prudente se traduit par un recentrage des arbitrages autour du ROI, de la résilience et de la flexibilité budgétaire. « Alors que les pressions économiques et opérationnelles s’intensifient, les dirigeants adoptent une approche beaucoup plus rigoureuse des investissements technologiques. Les organisations recherchent des résultats mesurables, des cycles de retour sur investissement plus courts et une plus grande flexibilité dans l’allocation de leurs budgets », explique Michael Perica, directeur financier de Rimini Street. Le rapport observe ainsi un recul des grandes migrations ERP au profit d’initiatives ciblées sur l’IA et l’automatisation.

La collaboration entre DSI et directions financières recule

Dernier enseignement marquant, l’édition 2025 révèle un affaiblissement de la collaboration entre DSI et directions financières. Alors que le rapport mondial Censuswide 2024 faisait état d’un consensus chez 86 % des répondants sur le renforcement du tandem CFO-CIO, seuls 23 % des directeurs financiers déclarent aujourd’hui collaborer principalement avec les DSI. Symétriquement, 11 % seulement des DSI affirment travailler fréquemment avec leurs homologues finance.

Ce décrochage intervient à un moment critique, où l’alignement entre le pilotage budgétaire et la stratégie technologique conditionne la capacité des organisations à transformer les promesses de l’IA en résultats opérationnels tangibles. Pour les DSI français, l’enjeu n’est plus seulement d’adopter de nouvelles technologies, mais de reconstruire un cadre décisionnel commun avec la finance afin d’arbitrer, sous contrainte, entre modernisation des systèmes hérités et investissements dans les usages d’avenir.

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