Avec le lancement de Digital Showroom, l’intégration de MCP Server et un partenariat avec Stripe sur les paiements agentiques, Akeneo repositionne sa plateforme comme une infrastructure d’exécution pour le commerce piloté par l’IA. Derrière l’annonce produit, c’est la place même des marques dans les futurs parcours d’achat automatisés qui se joue.
Le commerce numérique vit un basculement radical, dans lequel . Après deux décennies de parcours client organisés autour de sites marchands, de moteurs de recherche et de comparateurs, l’arrivée des agents d’achat bouleverse l’équilibre. Les nouveaux assistants conversationnels, copilotes de navigation et agents personnels ne parcourent pas des pages web. Ils interrogent des sources structurées, comparent des attributs produits et déclenchent des transactions. Dans ce modèle, la vitrine disparaît au profit de la donnée. C’est dans ce contexte qu’Akeneo, spécialiste de la gestion de l’information produit, dévoile une nouvelle série de briques conçues pour rendre ses catalogues lisibles, exploitables et actionnables par des agents d’IA.
Cette annonce intervient alors que les grands acteurs du paiement, du cloud et de l’IA industrialisent les fondations du commerce agentique. Stripe a récemment présenté sa Agentic Commerce Suite pour permettre à des agents de rechercher, de sélectionner et de payer des produits sans intervention humaine. Les éditeurs de modèles, de leur côté, déploient des protocoles comme MCP afin de connecter leurs agents à des systèmes d’entreprise. Pour les marques, l’enjeu n’est plus seulement d’être visibles sur Google ou sur une place de marché, mais d’exister dans les requêtes, les raisonnements et les décisions d’algorithmes qui achètent pour le compte des utilisateurs.
Du PIM comme registre interne au PIM comme API
Historiquement, un PIM comme Akeneo servait avant tout à structurer et à diffuser les données produits vers les canaux de vente. Cette logique reposait sur un postulat simple. Les humains découvraient les produits via des interfaces, puis décidaient. L’arrivée des agents d’achat renverse cette architecture. Les modèles d’IA ne lisent pas des pages marketing, ils consomment des flux de données. La valeur du PIM ne se situe plus dans sa capacité à alimenter des catalogues, mais dans sa capacité à fournir une représentation exploitable du produit à des systèmes décisionnels automatisés.
En intégrant un MCP Server en natif, Akeneo cherche précisément à occuper cette position. Le serveur joue le rôle de couche de gouvernance et de contexte pour les agents d’IA. Il ne s’agit pas seulement de fournir des descriptions produits, mais d’y associer la conformité réglementaire, les contraintes de marque, les règles de distribution ou les spécificités locales. Dans un commerce piloté par des agents, une information erronée ou incomplète ne se corrige plus par un vendeur. Elle produit immédiatement une mauvaise recommandation ou une mauvaise transaction. La donnée devient donc un actif opérationnel, pas seulement informationnel.
Stripe et la disparition du tunnel d’achat humain
Le partenariat avec Stripe illustre une autre mutation majeure. Dans le commerce classique, le paiement est l’aboutissement d’un parcours conçu pour des utilisateurs humains, avec un panier, des écrans de validation et des formulaires. Dans le commerce agentique, le paiement devient une fonction programmable. Un agent identifie un produit, vérifie les contraintes, puis appelle une API de règlement. Stripe se positionne comme l’infrastructure de cette nouvelle couche transactionnelle, pendant qu’Akeneo fournit la couche de vérité produit.
Cette combinaison révèle une rupture stratégique. Le site marchand et le parcours client cessent d’être le centre du commerce. L’exécution de la transaction migre vers des services interopérables appelés par des agents. Pour les marques, cela signifie que la capacité à être achetées dépendra de leur intégration dans ces infrastructures, pas de leur ergonomie web.
Le Digital Showroom comme interface transitoire
Dans ce paysage en recomposition, le Digital Showroom lancé par Akeneo occupe une place particulière. Il sert encore aux équipes commerciales, aux partenaires et aux clients humains pour construire un discours produit, ajuster un positionnement ou préparer une négociation. Mais il apparaît surtout comme une couche de transition entre deux mondes. Celui du commerce piloté par des personnes et celui du commerce orchestré par des agents.
À mesure que les assistants d’achat se généraliseront, une part croissante de la découverte et de la recommandation se fera sans interface graphique. Le rôle du showroom ne disparaîtra pas, notamment en B2B, mais il cessera d’être le point d’entrée principal du produit. Le centre de gravité se déplace vers la donnée, les règles et les flux que consomment les agents.
Devenir la source de référence des agents
Au-delà des fonctionnalités, l’annonce d’Akeneo révèle l’ouverture d’une nouvelle bataille industrielle. Les plateformes de commerce, les PIM, les places de marché et les fournisseurs de paiement cherchent désormais à devenir la source de référence des agents d’achat. Les acteurs du commerce ne se battent plus seulement pour attirer l’acheteur final, mais pour devenir la source de référence des agents qui achètent pour lui. Demain, un agent personnel, intégré dans un système d’exploitation, un navigateur ou un assistant vocal, ira chercher des produits dans des catalogues structurés, certifiés et accessibles par API.
C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter la mise en garde de Romain Fouache, le directeur général d’Akeneo, lorsqu’il affirme que « dans cette nouvelle économie, vos données produits ne sont plus de simples descriptions, elles sont la première force de vente de votre marque ». Les plateformes capables de fournir des données fiables, complètes et gouvernées seront visibles. Les autres deviendront invisibles, même si leurs sites web sont bien conçus. Akeneo tente donc de déplacer son rôle dans la chaîne de valeur. Le PIM n’est plus un outil de back-office, mais un point d’ancrage stratégique du commerce agentique. La formule de Romain Fouache sur la “première force de vente” n’est pas une métaphore marketing, dans un monde où des algorithmes comparent, filtrent et choisissent.
En se repositionnant comme une plateforme d’exécution pilotée par l’IA, Akeneo tente de s’imposer comme un nœud central de cette nouvelle économie. La promesse est simple et radicale : si vos données produits ne sont pas accessibles et compréhensibles par les agents, votre marque cesse d’exister dans les décisions d’achat automatisées. Le commerce agentique ne remplace pas seulement l’interface. Il redéfinit qui a le pouvoir de vendre.























