Hasard du calendrier, une semaine avant l'annonce du rachat de eNovance par Red Hat, nous avons interviewé Raphaël Ferreira, CEO et co-fondateur d'eNovance, et Nick Barcet, VP Products de la start-up. L'objet de notre rencontre était d'évoquer OpenStack et le devenir d'eNovance... tout en ignorant que la société était en train de se vendre 70 millions d'euros à Red Hat !

 

Chef de file d'OpenStack en France, voire en Europe, présente à Paris, Montréal et Bengalore (Inde), la start-up affiche un réel succès, passant en deux ans de 25 à 120 personnes au service du déploiement des solutions de cloud, en particulier sur la plateforme OpenStack, l'automatisation des process de delivery et de mise à jour des clouds.

IT Social : OpenStack est encore aujourd'hui une association de multiples projets dont tous n'ont pas le même niveau de maturité. Qu'est-ce que vos clients viennent y chercher ?

Raphaël Ferreira : OpenStack réunit plus de 20 projets. Ceux qui sont au coeur de la plateforme, comme Swift, Nova, Cinder, Neutron, ne rencontrent pas trop de problèmes. Les grands comptes et les opérateurs cherchent l'aspect framework, et non pas une solution packagée sur étagère, afin d'en poursuivre le développement. Les très grands comptes cherchent à construire une infrastructure adaptée à leurs besoins, tandis que les plus petites entreprises recherchent plutôt un produit clé en main. Le témoignage d'AXA est à ce titre significatif, ils souhaitent faire évoluer leur infrastructure interne, et pour cela ils ont besoin d'une plateforme pour délivrer l'infrastructure cloud avec un modèle économique. C'est l'approche 'business driven infrastructure', dont les enjeux sont liées au business. Nous souhaitons aujourd'hui verticaliser notre approche afin de répondre aux usages au delà de l'expertise.

Les entreprises ont-elles dépassé le niveau du PoC (Proof of Concept) sur OpenStack ?

Nick Barcet : Une installation OpenStack n'est pas terminée au moment où le déploiement est achevé, la migration s'effectue dans la durée. Prenez l'exemple de Cloudwatt, qui entre en production à la fin de ce mois, et qui a déjà de nombreux clients. (…) Notre activité se situe beaucoup aux Etats-Unis, où le potentiel commercial est plus important qu'en Europe et où les entreprises ont déjà commencé à déployer OpenStack. Nous leur proposons notre savoir faire sur les infrastructures hyperscale.

Dans le même temps nous assistons à une multiplication des OpenStack, HP par exemple a récemment annoncé sa distribution Helion. Comment les clients peuvent-ils s'y retrouver ?

Raphaël Ferreira : Le client doit être vigilant de ne pas se faire enfermer sur la couche qui prend place au dessus, avec ses modèles propriétaires liés. La propriétarisation d'OpenStack repose sur des fondations communes, mais quels sont les critères techniques à retenir ? La version 'community foundation' représente le minimum requis qui équipe les offres open source et garantit une complète réversibilité de haut en bas. Nous travaillons avec Red Hat sur la version entreprise.

Nota : cette affirmation a pris depuis une tournure inattendue, puisque ce 18 juin nous avons appris par un communiqué que Red Hat a fait l'acquisition d'eNovance pour 50 millions d'euros en cash et 20 millions d'actions du géant de l'open source.

La tendance est au cloud hybride. Quelle est la place d'OpenStack dans cette évolution ?

Nick Barcet : Ce n'est pas vraiment une nouveauté pour eNovance, qui est une société d'infogérance. Nous déployons des offres privées qui s'appuient sur OpenStack et sur des clouds publics. Il faut cependant montrer de la prudence par rapport à la terminologie, car il y a encore beaucoup de choses qui ne sont pas possibles. Entre infrastructures publiques et privées, nous devons être les plus honnêtes possibles sur ce qui est possible et pas trop complexe. Le problème porte sur la complémentarité des plateformes. C'est pourquoi nous nous efforçons de pousser le cloud hybride de manière intelligente. Entre les applications et la variation des charges, beaucoup d'entreprises oublient la notion de granularité des données...

Quelles sont les tendances et où se situe la valeur d'eNovance ?

Raphaël Ferreira : Beaucoup d'organismes financiers et opérateurs télécoms au sens large s'intéressent à OpenStack. Pourquoi ? Parce que la finance a des besoins très importants, et qu'OpenStack permet de mieux gérer d'énormes infrastructures de serveurs. Idem pour les télécoms, auxquelles s'ajoute la nécessité de baisser les couts des équipements réseaux. C'est également pour cela que nous travaillons sur l'outil Horizon, qui est un ensemble d'outils de management et de monitoring.

Quel message souhaitez-vous porter au DSI ?

Nick Barcet : OpenStack n'est pas compliqué quand on s'appuie sur des produits OpenStack. OpenStack n'est pas un projet de virtualisation, c'est un projet de transformation des méthodes de développement et de gestion technique, avec des process dans la durée et la gestion du changement. Le DSI qui s'y intéresse doit savoir précisément quel est l'objectif souhaité.