Seuls 32 % des projets d'IA déployés par les entreprises européennes génèrent aujourd'hui un retour sur investissement positif, selon la quatrième édition du Wasabi Cloud Storage Index. L'étude rtévèle un paradoxe structurel : des budgets d'infrastructure IA en hausse continue, portés par une confiance dans les perspectives à douze mois, mais un ROI effectif encore largement minoritaire.
Ce décalage entre investissement et rentabilité effective n'est pas une anomalie conjoncturelle. Il traduit une phase de transition dans laquelle les organisations ont massivement engagé des dépenses d'infrastructure — stockage, calcul, gouvernance des données — sans que les charges de travail IA associées aient encore atteint le stade de l'exploitation industrielle à grande échelle. L'étude Wasabi fournit, pour la première fois dans cette série annuelle, une lecture détaillée des obstacles opérationnels qui retardent la rentabilisation, au premier rang desquels figurent non pas la puissance de calcul ni les modèles eux-mêmes, mais le stockage et la qualité des données.
Sur les 1 700 répondants de l'étude, seuls 32 % déclarent que leurs projets d'IA génèrent aujourd'hui un retour positif. Ce chiffre s'explique en grande partie par la maturité du déploiement : une fraction importante des organisations interrogées se situe encore en phase initiale, avec des charges de travail IA en cours de consolidation plutôt qu'en production stable. La projection à douze mois révèle néanmoins une inflexion attendue significative : 48 % des répondants anticipent un ROI positif d'ici là, soit une progression de 16 points. En France, la situation est légèrement plus avancée — 34 % constatent un ROI positif dès aujourd'hui — mais la projection à un an plafonne à 46 %, en dessous de la moyenne européenne.
Stockage objet et qualité des données, des freins
Andrew Smith, Director of Strategy & Market Intelligence chez Wasabi Technologies et ancien analyste IDC, a commenté les résultats en soulignant un renversement de dynamique par rapport au marché cloud traditionnel. Selon lui, dans un marché cloud standard, la très grande majorité des revenus provient des logiciels et du SaaS plutôt que des services d'infrastructure, mais les nouveaux usages liés à l'IA sont en train de rebattre les cartes, le stockage et les infrastructures cloud jouant un rôle central dans cette nouvelle vague. Ce constat se reflète directement dans la répartition des budgets : en Europe, 65 % des dépenses IA sont orientées vers les données, le stockage et la puissance de calcul, contre seulement 35 % vers les logiciels et solutions SaaS.
Lorsque les répondants identifient les principaux obstacles au déploiement de leurs projets IA, le stockage arrive en tête — coûts, accès, gestion — devant la qualité des données (nettoyage, préparation), et avant même la puissance de calcul. Ce classement surprend dans un contexte où le débat public sur l'IA se concentre majoritairement sur les GPU et la capacité de calcul. Il met en évidence une réalité opérationnelle différente : les pipelines d'IA butent d'abord sur la disponibilité et la fiabilité des données en amont, pas sur la capacité à les traiter.
En France, le principal défi identifié pour le stockage objet dédié à l'IA est plus spécifique : le manque d'automatisation à grande échelle pour l'étiquetage et l'indexation des métadonnées. Ce constat indique que les équipes IT françaises ont avancé dans leur déploiement au point de rencontrer des difficultés de passage à l'échelle, plutôt que des blocages d'adoption initiale. Parallèlement, l'architecture de stockage hybride — combinant infrastructure on-premise et cloud public — s'est imposée comme la norme de fait pour les charges de travail IA : 67 % des répondants européens y ont recours, et 57 % des répondants français. Le cloud public est principalement mobilisé à deux extrémités du pipeline : la collecte et l'agrégation des données en amont, la conservation et l'archivage des modèles en aval.
Les frais de stockage absorbent 50 % des budgets cloud
Pour la quatrième année consécutive, le Wasabi Cloud Storage Index mesure l'impact des frais annexes sur la facture de stockage cloud. Le constat reste stable et préoccupant : en Europe, 50 % des dépenses cloud des organisations sont absorbées par des frais — egress fees, frais d'API, frais de récupération — et non par la capacité de stockage effective. En France, cette proportion atteint 48 %. Dave Friend, fondateur et directeur général de Wasabi Technologies, a déclaré que ces résultats confirment le besoin d'un stockage cloud abordable, sécurisé et performant afin de maintenir les budgets en ligne avec les attentes.
Les dépassements budgétaires sont une conséquence directe de ces modèles tarifaires : en 2025, 45 % des répondants européens ont excédé leur budget de stockage cloud (44 % en France). Au total, 88 % des répondants invoquent au moins une cause liée aux frais pour justifier ces dépassements. La variable IA amplifie ce phénomène, les volumes de données générés par les pipelines d'apprentissage et d'inférence augmentant structurellement les coûts de transfert et d'accès aux données.
La sécurité des données cloud, angle mort persistant
L'étude documente enfin une exposition cyber significative dans le stockage cloud. Quarante-deux pour cent des répondants déclarent avoir subi une cyberattaque entraînant une perte d'accès à leurs données hébergées dans un cloud public. Plus structurel encore : 37 % estiment que leur fournisseur de cloud public ne propose pas les outils ou fonctionnalités nécessaires pour se prémunir efficacement contre les cyberattaques. Ce chiffre signale un écart de confiance entre les organisations et leurs hyperscalers sur le plan des capacités de protection natives, à l'heure où les données d'entraînement et les modèles IA constituent des actifs de plus en plus stratégiques.
Ces résultats dessinent, en creux, les conditions du passage à la rentabilité pour les projets IA en Europe : une maîtrise accrue des coûts d'infrastructure, une automatisation des pipelines de données en amont, et une sécurisation des environnements de stockage cloud. La progression attendue du ROI positif — de 32 % aujourd'hui à 48 % dans douze mois selon les répondants eux-mêmes — restera conditionnée à la résolution de ces trois variables opérationnelles avant de pouvoir s'appuyer sur les seuls mérites des modèles déployés.























