Une étude Osapiens contredit l'hypothèse d'un retrait massif dès lors que la contrainte réglementaire disparaît et signale une mutation structurelle : le reporting ESG s'intègre désormais aux processus de gestion des risques, d'allocation du capital et de dialogue avec les investisseurs. Un « paradoxe de la durabilité » émerge toutefois : une forte volonté de continuer, mais 85 % des répondants anticipent une réduction des ressources internes dédiées.

Une étude Osapiens,« Beyond Compliance : Sustainability Reporting After the Omnibus », menée auprès de 403 décideurs seniors européens dans des entreprises de plus de 1 000 salariés révèle que 90 % des organisations exemptées des obligations CSRD par le paquet Omnibus I de l'UE prévoient de maintenir ou d'étendre leur reporting de durabilité. Le paquet de simplification Omnibus I de l'Union européenne a réduit significativement le périmètre des entreprises formellement soumises aux exigences de reporting de la CSRD. Dans ce paquet, la Commission propose de relever les seuils d'application aux entreprises de plus de 1 000 salariés ET dépassant 50 millions d'euros de chiffre d'affaires. Résultat estimé, environ 80 % des entreprises initialement visées par la CSRD seraient exemptées, soit quelque 37 000 sociétés à l'échelle européenne.

Pour les organisations ainsi exemptées, la logique voudrait que l'effort de reporting diminue proportionnellement à la disparition de l'obligation. L'étude Osapiens , infirme ce raisonnement. Conduite entre décembre 2025 et janvier 2026 auprès de 403 décideurs seniors — directeurs du développement durable, directeurs financiers, directeurs informatiques, directeurs de la conformité et directeurs de la chaîne d'approvisionnement — dans quatre zones géographiques (France, DACH, Benelux, Royaume-Uni), l'étude révèle une persistance du reporting qui interpelle directement les DSI et les DAF impliqués dans la gouvernance des données extra-financières.

Sur les 403 répondants, 24 % représentent des entreprises désormais hors du périmètre obligatoire de la CSRD après l'Omnibus. C'est parmi ce sous-groupe que les résultats sont les plus significatifs : 90 % d'entre eux déclarent vouloir maintenir ou étendre leurs activités de reporting, et 86 % estiment disposer des capacités pour produire des rapports conformes aux normes CSRD sans y être contraints. Ces chiffres signalent une internalisation de la démarche qui dépasse la simple réponse réglementaire.

Le reporting ESG s'intègre aux décisions financières et opérationnelles

L'étude identifie quatre usages principaux des données de durabilité dans la prise de décision. La planification opérationnelle et l'allocation des ressources arrivent en tête, citées par 53 % des répondants. L'innovation et la conception de processus suivent à 48 %. La planification financière et les décisions d'investissement sont mentionnées par 38 % des participants, au même niveau que l'évaluation des risques liés à la chaîne d'approvisionnement. Par ailleurs, 90 % des répondants indiquent que le reporting de durabilité est déjà intégré, partiellement ou totalement, aux processus de reporting financier de leur organisation.

Pour le DSI, ces données traduisent une réalité opérationnelle : les flux de données extra-financières ne constituent plus un silo séparé géré par les équipes RSE, mais s'interconnectent aux systèmes ERP, aux outils de gestion des risques et aux plateformes de reporting financier. Cette convergence génère des exigences croissantes en matière d'interopérabilité, de qualité des données et d'automatisation. « Au cours des dernières années, la trajectoire réglementaire était largement unidirectionnelle : davantage d'exigences, davantage d'entreprises concernées. Le paquet Omnibus a changé cette dynamique. Cependant, nos données montrent que lorsque l'obligation disparaît, les entreprises ne font pas marche arrière », déclare Alberto Zamora, cofondateur et co-PDG d'Osapiens.

Réduction des ressources internes dédiées au reporting

L'étude met en évidence une tension structurelle que ses auteurs qualifient de « paradoxe de la durabilité ». D'un côté, 90 % des entreprises sorties du périmètre obligatoire affirment vouloir poursuivre leur reporting. De l'autre, 85 % estiment que la réduction de la pression réglementaire entraînera à terme une diminution des ressources internes allouées à cette activité. Les obstacles identifiés sont précis : contraintes budgétaires pour 43 % des répondants, fragmentation des systèmes de données pour 40,7 %, mauvaise intégration technologique pour 31 %, manque de clarté sur les responsabilités pour 29 %.

Ce paradoxe pointe directement vers un impératif d'automatisation. Près de 90 % des répondants déclarent d'ailleurs prévoir d'augmenter leurs investissements dans les outils et l'automatisation du reporting de durabilité au cours des 12 prochains mois. Pour les DSI, cela se traduit par des projets d'intégration entre plateformes de gestion des données ESG, systèmes financiers et outils de gouvernance des risques — dans un contexte où la fragmentation réglementaire s'accentue avec la coexistence de plusieurs référentiels volontaires, notamment le VSME, le CCF, le GRI et l'ISSB. « Les résultats indiquent une nette préférence pour la continuité du reporting parmi les grandes entreprises exemptées dans le cadre du paquet Omnibus I. Cette évolution place le reporting volontaire et les stratégies allant au-delà de la conformité au cœur de l'agenda futur de la durabilité », analyse Andreas Rasche, professeur à la Copenhagen Business School.

Le reporting volontaire devient une exigence de marché

Au-delà de la gouvernance interne, l'étude révèle un effet de diffusion par la chaîne de valeur. Les entreprises qui maintiennent un reporting structuré le font en partie pour répondre aux exigences de leurs clients, partenaires et investisseurs, qui conservent leurs propres obligations CSRD et répercutent leurs besoins de données sur leurs fournisseurs. Parmi les bénéfices perçus du reporting, 49 % des répondants citent une meilleure visibilité sur les risques climatiques, de la chaîne d'approvisionnement et opérationnels. La confiance accrue des investisseurs grâce à des informations vérifiables est mentionnée par 44 %, au même niveau que le respect des exigences des clients et partenaires en matière de reporting et d'audit.

Pour les organisations qui restent dans le périmètre CSRD — 76 % des répondants de l'étude restent par obligation— et pour celles qui choisissent d'y rester volontairement, la question est autant de savoir si le reporting de durabilité est stratégique, mais aussi comment le produire de façon fiable, automatisée et interopérable avec les systèmes financiers existants. L'étude Osapiens suggère que les organisations qui résoudront cette équation en premier disposeront d'un avantage compétitif mesurable dans l'accès aux financements et dans la gestion de leurs relations fournisseurs.

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