Accenture affirme que les entreprises alignant stratégie métier, stratégie IA et stratégie plateforme enregistrent en moyenne 2,2 fois plus de croissance et jusqu’à 37 % d’augmentation de rentabilité. Dans un rapport consacré à l’ère de l’IA agentique, le cabinet estime que 94 % des dirigeants interrogés considèrent que l’évolution des agents intelligents impose une refonte de leur stratégie plateforme.

Les plateformes d’entreprise structurent depuis vingt ans la finance, les ressources humaines, la relation client et la chaîne logistique. L’irruption d’agents capables de raisonner, planifier et exécuter des tâches au-delà de workflows prédéfinis introduit une contrainte nouvelle pour les directions informatiques. L’enjeu ne concerne plus uniquement l’intégration d’outils d’IA, mais l’architecture globale qui supporte ces interactions.

Le rapport repose sur une enquête menée auprès de 1 031 dirigeants dans 12 pays et 10 secteurs, complétée par 20 entretiens structurés avec des éditeurs et des entreprises clientes. Accenture précise avoir appliqué un modèle statistique de type ANCOVA, intégrant les données financières issues de S&P Capital IQ, afin d’isoler l’effet propre de l’alignement stratégique sur la croissance et la rentabilité. Cette précision méthodologique vise à distinguer corrélation déclarative et impact mesuré.

Des stratégies plateforme à revoir

Selon l’enquête, 94 % des répondants estiment que l’essor de l’IA agentique nécessite une évolution de leur stratégie plateforme, et 57 % évoquent une transformation majeure ou une refonte complète. Cette proportion signale un déplacement du centre de gravité décisionnel. Les plateformes ne sont plus perçues comme des socles stables, mais comme des environnements devant absorber des logiques d’orchestration multiagents.

Un dirigeant cité dans le rapport résume cette tension en déclarant que « les caractéristiques qui rendaient les plateformes précieuses sont celles que l’IA est désormais en train de dépasser ». Cette formulation traduit un constat opérationnel : des architectures conçues pour la stabilité transactionnelle doivent désormais gérer des interactions adaptatives en temps réel. Pour les DSI, cela implique de réévaluer la modularité, la qualité des interfaces applicatives et la capacité d’observabilité des flux.

L’IA native est préférée aux plateformes existantes

L’étude indique que 66 % des organisations développent principalement des capacités d’IA natives intégrées aux plateformes, tandis que 32 % construisent des agents agnostiques opérant au-dessus de plusieurs systèmes. Cette répartition révèle une coexistence de deux modèles. Le premier s’appuie sur les extensions proposées par les éditeurs, le second sur une couche d’orchestration transverse.

Cette dualité crée un enjeu d’intégration. 57 % des dirigeants citent l’intégration aux systèmes existants comme principal risque de déploiement de l’IA. L’architecture devient donc un facteur limitant. Sans normalisation des interfaces, sans gouvernance des données en temps réel et sans mécanismes d’explicabilité, l’agent ne peut opérer de manière fiable. Pour les RSSI, cette situation accroît la surface d’exposition et complexifie la traçabilité des décisions automatisées.

Beaucoup pilotent leurs investissements sans cadre unifié

Le rapport souligne que 18 % des entreprises déclarent un alignement complet entre stratégie métier, stratégie IA et stratégie plateforme. À l’inverse, plus de la moitié demeurent dans des pilotes isolés ou des cas d’usage fragmentés. 31 % disposent d’une stratégie plateforme formalisée et holistique, ce qui signifie que près de sept organisations sur dix pilotent encore leurs investissements sans cadre unifié.

Accenture relie ce constat à la performance financière. Les entreprises déclarant un alignement fort enregistrent en moyenne 2,2 fois plus de croissance que leurs pairs et jusqu’à 37 % d’augmentation de rentabilité. Le modèle statistique présenté vise à neutraliser les effets sectoriels et régionaux, ce qui renforce la portée de cette corrélation. Pour les directions générales, l’alignement devient un indicateur stratégique mesurable et non une simple recommandation organisationnelle.

Une redistribution mesurée des tâches par fonction

L’analyse des tâches, fondée sur les données O*NET et du Bureau of Labor Statistics, examine 332 activités intermédiaires et les classe selon leur nature répétitive, proactive ou décisionnelle. Cette granularité permet d’estimer la part de travail pouvant être confiée aux plateformes, aux agents ou aux humains. Les fonctions informatiques et de service client apparaissent comme les plus exposées à l’automatisation agentique, tandis que les fonctions juridiques conservent une dominante humaine.

Le rapport précise que 50 % des entreprises utilisent déjà des agents pour augmenter les activités de vente et de gestion de la relation client. En finance, 15 % déclarent ne constater aucun impact de l’IA à ce stade. Cette hétérogénéité s’explique par la sensibilité réglementaire et la criticité transactionnelle. Pour les DSI, le séquencement des déploiements doit donc tenir compte du potentiel de différenciation et du niveau de risque opérationnel.

La transformation ne consiste pas en un remplacement pur et simple des plateformes. Le rapport conclut que celles-ci conservent un rôle central en matière d’intégrité transactionnelle et de conformité. Les agents introduisent une couche d’adaptabilité et d’orchestration, tandis que les humains assurent supervision et arbitrage. La performance dépend de la cohérence entre ces trois dimensions. Les organisations capables d’architecturer cette articulation disposent d’un avantage compétitif mesurable ; les autres accumulent complexité et dette technique.

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