Les grandes entreprises consacrent en moyenne 5,7 % de leur chiffre d’affaires à l’informatique, soit 742 millions de dollars en 2024, et n’anticipent qu’une progression de 1,8 % en 2025. Derrière cette stabilité apparente se dessine un changement de doctrine budgétaire. La priorité bascule vers la productivité et la réduction des coûts, tandis que l’externalisation des ressources humaines est réévaluée. L’étude ISG Market Lens 2025 met en lumière une année de discipline financière où l’IT doit démontrer sa performance économique.
Les cycles d’investissement technologique évoluent rarement par rupture. Ils se contractent progressivement sous l’effet de la pression macroéconomique, de l’inflation salariale et des arbitrages internes. L’édition 2025 de l’étude « IT Budgets and Spending Study » publiée par ISG repose sur les réponses de 300 décideurs issus d’entreprises du G2000 en Amérique du Nord, en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Australie-Nouvelle-Zélande. Les répondants sont majoritairement des dirigeants de niveau C à 72 %, complétés par des responsables IT à 15 % et des responsables finance ou achats à 13 %. Ce périmètre confère au diagnostic une portée stratégique directe.
En 2024, les entreprises interrogées ont consacré en moyenne 742 millions de dollars à l’IT, soit 5,7 % de leur chiffre d’affaires. Cette enveloppe agrège les solutions, les services et les effectifs. ISG précise que les hausses de dépenses observées en 2024 ont été alimentées par l’augmentation des coûts du cloud, de la cybersécurité et par de nouveaux investissements liés à l’intelligence artificielle, dans un environnement marqué par une inflation et des coûts salariaux élevés. La projection 2025 limite la progression budgétaire à 1,8 %, ce qui traduit un encadrement financier plus strict.
L’IT, un investissement majeur
Le ratio de 5,7 % du chiffre d’affaires consacré à l’IT constitue un indicateur important pour les directions financières. Rapporté à un budget moyen de 742 millions de dollars, il positionne l’informatique comme un centre d’investissement majeur au sein des grandes organisations. La croissance attendue de 1,8 % en 2025, inférieure aux hausses observées sur certains postes comme le cloud ou la cybersécurité en 2024, impose une priorisation rigoureuse des projets. Chaque initiative doit désormais démontrer un impact mesurable sur les indicateurs opérationnels.
L’étude souligne que l’augmentation des coûts en 2024 a été « exacerbée par une période d’inflation plus élevée et de hausse des salaires ». Cette précision relie directement la dynamique budgétaire à un mécanisme macroéconomique identifié. En conséquence, la capacité d’absorption des nouvelles dépenses, notamment liées à l’intelligence artificielle, se trouve contrainte par des enveloppes globalement stabilisées. Pour les DSI, cela implique un arbitrage fin entre modernisation technologique et maîtrise des charges récurrentes.
Le facteur humain, premier levier d’ajustement budgétaire
La dimension humaine représente en moyenne 323 millions de dollars par organisation. ISG indique que près de la moitié de cette somme correspond à des ressources externalisées ou augmentées. Ce poids budgétaire place les décisions de sourcing au centre de la stratégie IT. La projection 2025 mentionne une volonté de restreindre ces dépenses externalisées, alors même que les entreprises cherchent à améliorer l’efficacité des processus et à encadrer plus strictement les dépenses discrétionnaires.
Les effectifs internes atteignent en moyenne 990 collaborateurs IT et mobilisent 27 % du budget global. La croissance attendue des équipes internes est estimée à 1,1 % en 2025. Cette progression limitée traduit une stabilisation des capacités internes plutôt qu’une expansion massive. Pour les DSI et les RSSI, cette contrainte renforce la nécessité d’optimiser la répartition des compétences critiques, notamment en architecture cloud, en gouvernance des données et en cybersécurité, sans augmentation significative des effectifs.
Productivité et maîtrise des coûts structurent les arbitrages
ISG classe l’amélioration de la productivité au premier rang des priorités d’investissement pour 2025, suivie par la réduction des coûts. L’expérience client arrive en troisième position, devant l’innovation et la transformation numérique. Ce classement établit un ordre explicite des arbitrages stratégiques. Les organisations identifient l’IT comme le domaine ayant l’impact le plus fort sur ces deux premières priorités, ce qui place les directions informatiques sous obligation de résultats chiffrés.
Ce repositionnement hiérarchique entraîne une évaluation plus stricte des projets. Les programmes doivent être corrélés à des gains opérationnels mesurables, qu’il s’agisse d’automatisation de processus, de rationalisation d’infrastructures ou de consolidation applicative. La transformation numérique, bien que toujours présente, se situe désormais derrière des objectifs directement liés à la performance économique. Cette évolution modifie la nature des dossiers présentés en comité d’investissement.
Sourcing sélectif et spécialisation accrue
Quarante-neuf pour cent des entreprises interrogées déclarent qu’elles augmenteront la fréquence d’engagement de fournisseurs plus petits pour des produits spécialisés. ISG précise toutefois que le nombre total de fournisseurs engagés restera globalement stable. Ce double mouvement traduit un ajustement qualitatif plutôt qu’une expansion du panel. Les grandes organisations souhaitent être plus stratégiques avec leurs principaux partenaires pour optimiser les coûts et conduire les programmes de transformation.
La recherche d’innovation passe, selon l’étude, par des acteurs de niche capables d’apporter des expertises ciblées. Ce mécanisme combine consolidation des partenariats majeurs et spécialisation des apports externes. Pour les entreprises, cette configuration implique une gouvernance contractuelle plus fine et une intégration technique maîtrisée afin d’éviter la fragmentation des architectures. Le sourcing devient un levier d’optimisation plutôt qu’un simple outil d’accès à des compétences externes.
La trajectoire décrite par ISG montre une informatique d’entreprise soumise à une discipline budgétaire accrue. Avec un budget moyen de 742 millions de dollars, une croissance limitée à 1,8 % et une stabilisation des effectifs autour de 990 collaborateurs, les marges de manœuvre reposent sur l’optimisation des processus et la sélectivité des partenariats. Les directions informatiques doivent articuler chaque dépense à un mécanisme d’amélioration mesurable de la productivité ou de réduction des coûts, sous le regard renforcé des directions financières.























